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nous sombrons, USA en tête, comme le Titanic


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Philippe Grasset
Samedi 25 Mai 2013

nous sombrons, USA en tête, comme le Titanic

L’allégorie du Titanic

Il existe aujourd’hui, en un flot constant qui ne cesse d’enfler, une prolifération d’écrits, de spéculations, de prévisions, et désormais comme on va le voir d’allégories et de paraboles sur l’effondrement du Système sous toutes les formes et par tous les biais possibles. (Que ce soit les formes de crises de divers domaines, ou les biais des puissances et des entités géopolitiques qui en seraient affectées.) C’est justement cet aspect assez nouveau de l’allégorie qui nous a intéressé dans un long commentaire sur la situation financière et monétaire des USA par rapport à leur situation générationnelle, de Jim Quinn, sur son site The Burning Platform* le 21 mai 2013, repris sur ZeroHedge.com le 22 mai 2013.
 
Le titre est évocateur, bien entendu : «Et l'orchestre continuait de jouer...» Il couronne une très longue analyse des USA, avec en arrière-plan, la situation budgétaire, monétaire et financière de cette puissance et les catastrophes qu’elle recèle. Mais cet arrière-plan, – puisqu’il s’agit de cela, – sert surtout à une analyse critique et polémique de type démographique, sur les différentes générations de la population US, leurs places, les situations qu’elles affrontent, les responsabilités des unes et des autres, des unes par rapport aux autres, etc., avec l’ultime génération (Milennial, ou génération du millénaire, dont l'auteur situe la naissance en 1982), arrivant “aux affaires” actuellement et qui, selon Quinn, serait directement placée devant la catastrophe (Millenial Crisis). La dernière partie du texte est de cette forme qui nous intéresse, une allégorie de la situation des USA restituée par la fin du Titanic (sous le titre : «Notre pays est entré dans une période de crise»). Le titre sur l’orchestre qui continue à jouer se comprend alors aisément.
 
«On peut ou non réussir à se frayer un chemin à travers les icebergs visibles et les icebergs plus dangereux qui affleurent la surface. Les points communs entre la route que prend notre pays et le premier voyage du Titanic sont étrangement évocateurs.
 
»Les propriétaires du transatlantique (Wall Street, politiciens de Washington et copains capitalistes) sont aussi arrogants qu'irresponsables. Ils affirment que le navire est insubmersible et de fait ils ne l'ont équipé que de la moitié des embarcations de sauvetage nécessaires pour contenir les passagers en cas de naufrage afin d'augmenter leurs profits. Le capitaine (Ben Bernanke) a la charge du plus grand transatlantique (les Etats-Unis) de l'histoire. Le premier voyage à travers l'Océan Atlantique réunit l'élite de la classe dirigeante financière (financiers et banquiers) à bord; elle occupe les luxueuses cabines du pont supérieur. Mais les ponts inférieurs sont pleins de jeunes paysans (génération du millénaire) qui sont méprisés et tournés en ridicule par les occupants du pont supérieur. Un premier voyage devrait toujours faire l'objet de précautions particulières. Un bon capitaine ne doit pas prendre de risques inutiles.
 
»Notre capitaine (Ben Bernanke) veut marquer l'histoire. Il se considère comme un expert capable de naviguer dans des eaux dangereuses (Grande Dépression) parce qu'il a étudié les eaux dangereuses à sa prestigieuse école. Peu importe qu'il n'ait en fait jamais commandé un navire dans le monde réel. Il donne en avant toutes (réduit les intérêt à 0% en jetant de grandes quantités de monnaie fiduciaire dans les chaudières). A la moitié du voyage, on lui remet un télégramme qui le met en garde contre les icebergs (catastrophe financière possible). S'il ralentit le navire, il ne battra pas le record de vitesse et ne recevra pas les félicitations d'un public en transes. Il ignore la mise en garde et continue à toutes vitesses sa route vers son destin (déshonneur éternel).
 
»Au milieu de la nuit, des gens sur le pont (Ron Paul, John Hussman, Zero Hedge) crient iceberg! Le grand bateau (Etats-Unis) a heurté un énorme iceberg (dette et crise de la monnaie). Au début on croit que tout va s'arranger. Le capitaine et l'équipage disent aux passagers que tout est sous contrôle et que tout ce qu'il fallait a été fait pour sauver le navire. Mais sous la ligne de flottaison le grand navire (Etats-Unis) prend l'eau (niveaux toxiques de dette, incapacité de payer les prestations sociales promises, déficits de trois mille milliards de dollars, corruption politique et financière). La salle des machines (Réserve Fédérale) travaille avec acharnement pour empêcher le naufrage (Quantitative easing sans fin). Le capitaine est certain que le compartimentage du bateau le sauvera. Un des dessinateurs du bateau (David Stockman) déclare tristement que le bateau va sûrement sombrer. Le capitaine ordonne à l'orchestre (CNBC, Fox, MSNBC, CNN) de faire oublier aux passagers leur funeste destin avec de la musique douce. Les propriétaires du bateau (Wall Street, politiciens de Washington et copains capitalistes) ne sont pas inquiets. ils ont touché leurs salaires avant la traversée et très bien assuré le navire. Ils pensent toucher le pactole quand le bateau coulera. La dernière fois ça a marché.
 
»Pour éviter la panique générale, l'équipage (officiels gouvernementaux) a enfermé à double tour les pauvres paysans (génération du millénaire) dans les ponts inférieurs. Le capitaine et l'équipage ont l'intention de les laisser couler avec le bateau. Ils ont décidé de sacrifier aussi les femmes, les enfants et les seniors (classe moyenne). L'élite dirigeante financière (financiers et banquiers) s'entasse dans les embarcations de sauvetage en emportant tout ce qui est précieux sur le navire pour échapper au sort des paysans. Le capitaine (Ben Bernanke) n'a pas l'intention de sombrer avec le navire. Comme le lâche qu'il est, il saute dans le premier canot de sauvetage. Nous sommes embarqués dans un voyage maudit. Le grand transatlantique (Etats-Unis), blessé à mort, sombrera bientôt dans sa sépulture aquatique. Allons-nous laisser les propriétaires, le capitaine et l'équipage décider qui pourra monter dans les quelques canots de sauvetage ou allons-nous nous soulever et balancer ces irresponsables par dessus bord?
 
»Tout cela a été provoqué par l'abus de pouvoir de quelques malfaiteurs aidés de leurs hommes de main qui ont réussi à prendre le contrôle de toutes les institutions financières, politiques, économiques et sociales. L'ordre social actuel est un marécage puant et répugnant de parasites qui va être nettoyé pendant ce Fourth Turning**. La génération du millénaire arrive et elle sera le fer de lance de la révolution qui s'annonce. Avec chaque jour qui passe, elle gagne en force, et le pouvoir du régime en place va décliner. En attendant, l'orchestre joue pendant que le navire sombre dans l'abîme.»
 
Ce qui nous intéresse et nous arrête dans ce texte, évidemment, c’est l’idée d’allégorie, et le développement qui en est fait, d’ailleurs assez justement interprété et mis en scène selon ce que nous savons de la fin du Titanic et de l’esprit qui habita cette aventure. De ce point de vue, cette allégorie du Titanic, qui vient si aisément à l’esprit lorsqu’on veut exprimer d’un mot ce qu’on ressent de la situation de la crise générale, a cette vertu supplémentaire de correspondre assez justement aux divers éléments caractéristiques de notre crise d’effondrement. L’aventure du Titanic est extrêmement illustrative, et tragiquement illustrative de la situation de la modernité, voire de la situation du Système lui-même selon notre jargon. En son temps et dans les circonstances qu’on sait, le cas du Titanic répond complètement aux thèmes de l’idéal de puissance, des systèmes du technologisme et de la communication, de l’hubris qui caractérise tous ces développements dans leurs extrémités nécessaires (c’est-à-dire, des extrémités qui sont ontologiquement liées à ces développements et à leur finalité, et non pas de simples “accidents” de ces développements). L’aventure du Titanic, la gigantisme et la puissance de la chose, l’assurance relevant du suprématisme de la puissance du technologisme contre les conditions de la nature, la certitude irréductible de type scientifique des “spécialistes” et concepteurs de la chose, le rôle de la communication dans la promotion de ce suprématisme arrogant tant au niveau des concepteurs qu’au niveau des utilisateurs, accessoirement mais d’une façon permanente les intérêts mercantiles qui lui sont liés, enfin le suprématisme psychologique de type anglo-saxon qui caractérise cette aventure, tout se trouve rassemblé pour parfaitement figurer le sort actuel du Système. (Ce suprématisme singulièrement anglo-saxon a été justement identifié, dans les années 1945-1950, sous la forme du “racisme anglo-saxon” par le philosophe de l’histoire Arnold Toynbee explorant l’ambition d’“occidentalisation” du monde par ces mêmes Anglo-Saxons, sortis vainqueurs de la guerre de 1945 et ayant repris le flambeau de l’idéal de puissance des mains du pangermanisme définitivement abattu. Il n’y a pas, pour notre époque accouchée par le déchaînement de la Matière, de plus parfaite opérationnalisation de l’hubris, dont on voit qu’il est fondamentalement un trait de la psychologie qui affecte tous les domaines de la pensée et du comportement, et nullement le moteur d’une action spécifique.)
 
Cette allégorie du Titanic est donc complètement justifiée et éclairante. Comme l’on sait, l’allégorie est une figure fondamentale de rhétorique, qui est “une autre manière de dire”, et plus précisément une manière de dire «une idée abstraite par du concret». Selon nous, le procédé de l’allégorie naît également d’une pression de la psychologie sur la pensée pour rendre un produit de cette pensée plus compréhensible, pour inciter cette pensée à être plus impérative et plus explicite d’elle-même, y compris dans ce qu’elle n’ose encore exprimer ; et cette pression de la psychologie à cause de l’urgence de la situation que doit expliciter cette pensée avec la psychologie très sensible à cette urgence. C’est en ce sens que nous ferons de ce cas de l’allégorie du Titanic, cas exemplaire de l’abondance actuelle d’une activité intellectuelle de plus en plus touchée par la perception de notre crise d’effondrement, un signe de plus que la psychologie incube effectivement cette idée de la crise d’effondrement, selon ce que nous en disions le 23 mai 2013.
 
Philippe Grasset, Dedefensa

Note:
* http://www.theburningplatform.com/?p=54125
** http://www.agri-convivial.com/t1342-the-fourth-turning-an-american-prophecy
 
Pour consulter l'original: http://www.dedefensa.org/article-l_all_gorie_du_titanic_24_05_2013.html
 
Traduction des parties en Anglais: Dominique Muselet


Samedi 25 Mai 2013


Commentaires

1.Posté par Sophia le 26/05/2013 22:18 | Alerter
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Beaucoup d'imagination vraie, d'humour, d'intelligence et de perspicacité dans cet article! Excellent...

(Et les constructeurs du Titanic n'avaient-ils pas claironné fièrement que "même Dieu ne pourrait couler ce navire" ? On connaît la suite...)

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