Une loi antidiscrimination qui inquiète la police berlinoise  06/06/2020

Une loi antidiscrimination qui inquiète la police berlinoise





























Les habitants de Berlin pourront désormais plus facilement se défendre en cas de discriminations de la part des forces de l’ordre. Les syndicats de police protestent.

La municipalité de Berlin a adopté une loi antidiscrimination, une première en Allemagne qui suscite l'inquiétude des syndicats de policiers, en pleine mobilisation aux Etats-Unis après la mort de George Floyd.
Sexe, origine ou religion

La capitale allemande pourrait ainsi devenir «précurseur» en Allemagne en matière de lutte contre les discriminations, s'est félicité son initiateur, l'élu écologiste Dirk Berhrendt, saluant l'aboutissement de «plus de dix années» de débats.

Cette loi, inédite dans le pays, a été adoptée jeudi soir par le Sénat de la capitale allemande, à majorité de gauche. Conservateurs de la CDU et extrême droite ont voté contre.

Les 3,8 millions d'habitants de Berlin ne pourront désormais plus faire l'objet de discrimination de la part d'agents publics fondée sur le sexe, l'origine ethnique, la religion, les convictions politiques, le handicap, l'âge, l'identité sexuelle ou encore le statut social.

Une disposition irrite particulièrement les opposants à cette nouvelle loi: en cas d'accusation de discrimination, les policiers devront désormais prouver qu'ils ne se sont pas rendus coupables de tels agissements. Jusqu'à présent, c'était à la victime présumée de démontrer qu'elle avait été discriminée.

Et si la discrimination est reconnue par la justice, la victime aura droit à une indemnisation de 300 à 1000 euros, voire plus pour les cas les plus graves.
Actions de groupe

Autre nouveauté: des collectifs et associations pourront eux-mêmes intenter des actions au nom d'éventuelles victimes. «Même une vidéo sur internet pourrait désormais déclencher un procès sans l'intervention de la personne concernée», redoute l'Union des policiers du Land (GdP).

Le nouvel arsenal antidiscrimination ne concerne pas en revanche les employeurs privés.

La loi prévoit un large éventail de situations, de l'aveugle refusé dans un lieu public avec son chien parce qu'il est interdit aux animaux, aux «blagues misogynes» que pourraient lancer des fonctionnaires en présence d'un tiers, en passant par d'éventuels contrôle de police au faciès.

Si des personnes de couleur dénoncent le fait qu'elles seraient plus souvent contrôlées par la police, «ça ne va pas et elles peuvent alors se défendre», a expliqué M. Behrendt à Radio Berlin-Brandebourg.

Droite, libéraux et extrême droite ont immédiatement dénoncé une loi qui «poignarde les fonctionnaires dans le dos», selon les termes du chef de file de la CDU dans la capitale, Burkard Dregger.

Les syndicats de policiers sont particulièrement virulents, accusant la nouvelle loi de jeter la suspicion sur l'ensemble des fonctionnaires de police et d'inverser la charge de la preuve en exigeant d'un suspect éventuel de prouver son innocence.

Ils redoutent d'être visés par des accusations après chaque intervention, notamment lorsqu'ils s'en prennent aux clans criminels d'origine libanaise qui contrôlent une partie des trafics à Berlin.

Peu influent dans la capitale allemande, le parti d'extrême droite AfD a obtenu que le vote de la loi soit nominal. «Tous les officiers de police de Berlin doivent voir quels élus» ont voté pour, a expliqué son chef de file, Frank-Christian Hansel.

Ces mesures inquiètent aussi dans d'autres régions allemandes, qui redoutent qu'elles ne fassent tache d'huile.

«L'Allemagne n'est pas les États-Unis. Nous n'avons pas de problème de racisme dans la police ici», a réagi Thomas Blenke, délégué à l'Intérieur au sein de la CDU de Bade-Wurtemberg.

Les porte-parole de la CDU et de la formation conservatrice bavaroise CSU pour la politique intérieure au niveau fédéral ont même exigé, par mesure de rétorsion, qu'aucun policier d'autres Länder ne soit envoyé en renfort à Berlin, comme cela se pratique régulièrement entre régions allemandes.

Cette menace a été répercutée par le syndicat de policiers de la région de Rhénanie du nord-Westphalie, la plus peuplée d'Allemagne, qui craint des poursuites en cas d'interventions menées dans la capitale.

https://www.20min.ch/fr/story/une-loi-antidiscrimination-qui-inquiete-la-police-berlinoise-416441336889

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