Mort de George Floyd : "La discrimination est une réalité dans la police française", assure un sociologue  03/06/2020

Mort de George Floyd : "La discrimination est une réalité dans la police française", assure un sociologue






















Spécialiste de la police, Sebastian Roché voit des points communs dans la façon dont les forces de l’ordre françaises et américaines traitent les minorités ethniques. Une situation sur laquelle les autorités se voilent la face, selon lui.

Depuis une semaine et la mort de George Floyd, un Afro-Américain décédé lors d’une interpellation par la police, les manifestations et émeutes se multiplient aux États-Unis pour dénoncer les violences policières et un racisme présumé. En France, ce fait divers fait écho à l’affaire Adama Traoré, victime, selon ses proches, des gendarmes lors d’une interpellation en 2016.

La situation en France et aux États-Unis est-elle comparable ? Selon le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, ex-enseignant à l’École nationale supérieure de la police (1993–2019) et auteur de “De la police en démocratie” (Grasset), des similitudes devraient conduire les autorités françaises à prendre le problème au sérieux.

Sebastian Roché. Il y a des points de comparaison. Le point comparable, c’est la réalité de la discrimination policière. Il faudrait que le gouvernement, maintenant, le reconnaisse. La discrimination policière sur une base ethnique est une réalité en France.

Sur quels éléments vous fondez-vous pour affirmer ça ?

Je suis assez catégorique car depuis plus de dix ans, un nombre important de travaux, menés par différents organismes, l’a montré. Il y a l’étude de l’Institut national des études démographiques (Ined) sur la fréquence des contrôles d’identité, celle du CNRS, à Paris, sur les contrôles dans les gares. Avec Dietrich Oberwittler, nous avons réalisé une étude franco-allemande sur les contacts entre les jeunes et la police, en comparant les deux pays. À partir de 2011, l’Agence européenne pour les droits fondamentaux a fait une étude, à l’échelle de l’Europe, répétée en 2017. Et le Défenseur des droits français a également publié une étude sur la discrimination. Dans toutes ces études, au bout du compte, on a trouvé qu’il y a systématiquement une surreprésentation des minorités parmi les gens contrôlés.

De quelle manière s’opère la discrimination que vous évoquez ?

Cette discrimination lors des contrôles d’identité s’opère à plusieurs niveaux. Il y a d’abord la sélection du suspect : qui on va contrôler ou ne pas contrôler ? Deuxièmement, c’est la façon dont on va gérer le contrôle, par exemple le manque de respect, le fait de tutoyer ou de se moquer. Ensuite, il y a l’usage de la force durant le contrôle. Enfin, il y a l’issue du contrôle : amende, transfert au poste de police ou placement en détention provisoire.

Selon vous, peut-on parler de racisme dans la police française ?

En tout cas, on peut dire que la discrimination est une réalité dans la police française. Nous, chercheurs, l’avons vérifié dans plusieurs études spécifiques. C’est un phénomène qui est répandu dans les rangs des forces de police donc ce n’est pas le problème de certains agents, dans certaines unités. C’est beaucoup plus systémique. Si les policiers réfutent ces travaux, qu’ils présentent ceux qu’ils ont faits prouvant le contraire.

Comment expliquez-vous cet état de fait ?

C’est un problème de définition des objectifs du travail. Si on demande aux BAC (Brigades anticriminalité, NDLR) de patrouiller en particulier dans certains secteurs, alors on a une orientation du travail des policiers qui fait qu’ils vont trouver quelque chose dans ce secteur-là. Si on leur dit de contrôler les violences conjugales dans les zones favorisées, ils vont aussi trouver plus d’auteurs. C’est l’enjeu de l’orientation de la police. Ensuite, il y a le problème de la régulation : comment se fait-il que l’encadrement accepte ces pratiques discriminatoires ? Le ministre de l’Intérieur, le préfet de police de Paris, les couvre en disant qu’elles n’existent pas…

Christophe Castaner a déclaré, au sujet de la police : "Nous combattons le racisme avec force et nous le faisons sur tous les fronts chaque fois que c’est nécessaire". L’action des autorités est-elle à la hauteur de l’enjeu ?

Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’action ! Quels sont les rapports qu’a demandés le ministère de l’Intérieur permettant d’établir qu’il n’y a pas de discrimination ? Aucune étude n’a été demandée… Le ministère de l’Intérieur ne cherche pas à connaître le problème, malheureusement. Leur position est une négation du problème. L’idée est de ne produire aucun document qui pourrait être gênant pour la police. Le coût, c’est la méconnaissance de la réalité.

Peut-on établir un parallèle entre la technique utilisée par le policier américain sur George Floyd et le plaquage ventral, mis en cause dans l’affaire Adama Traoré ?

Avec les trois gendarmes qui se sont assis sur le ventre d’Adama Traoré, on a un cas qui est assez proche de celui de George Floyd… Dans les deux cas, ce sont des comportements qui ne sont pas autorisés par le règlement. On n’apprend pas aux policiers à faire ça. Toutefois, quand on regarde le comportement de l’agent, on regarde le bout de la chaîne. Ce qui explique la discrimination dans la police, c’est la conception du travail policier et son contrôle. Ensuite, il y a le comportement des agents mais ce comportement, ce n’est pas la cause, plutôt la conséquence.

https://www.sudouest.fr/2020/06/03/mort-de-george-floyd-la-discrimination-est-une-realite-dans-la-police-francaise-assure-un-sociologue-7535293-10407.php

Commentaires

1.Posté par oh-daz le 03/06/2020 22:45 | Alerter
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Avec ma gueule de métèque.... les forces de "" l'ordre "" m'ont toujours regardé d'un sale oeil et c'est pas prêt de changer.

2.Posté par Hama Guise le 04/06/2020 20:37 | Alerter
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Attiser la haine inutilement ne sert pas l'intérêt des français.
Au lieu de mettre en avant une soi disant discrimination policière, ce sociologue devrait commencer par dire la vérité et pointer le rôle de la République Française Présidence, cette entreprise déclarée depuis 1947, comme on peut parfaitement le vérifier sur le site : Société.com
En allant sur cet autre site : Conseil de l'Europe Bureau des Traités
Détails du Traité n°177
Protocole n°12 à la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et Libertés fondamentales
Le Protocole n°12 interdit de manière générale toute forme de discrimination
Ouverture du Traité : 04/11/2000 Entrée en vigueur : 01/04/2005 10 ratifications
En regardant les pays signataires, à ce jour la France n'a ni signé ni ratifié, elle pratique donc la discrimination.
La police étant aux ordres de cette entreprise, elle fait donc pareil.
Ce qui est étonnant, c'est qu'une police payée avec l'argent du peuple obéisse à une entreprise privée, pour s'en prendre à la main qui le nourrit ?
Une réponse ?

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