Manifestant éborgné en 2016 : un CRS renvoyé aux assises, les syndicats de police montent au créneau  22/05/2019

Manifestant éborgné en 2016 : un CRS renvoyé aux assises, les syndicats de police montent au créneau
























Militant engagé dans les manifestations contre la loi Travail sous la présidence de François Hollande, Laurent Théron avait perdu un œil en 2016 après un tir de grenade de la police. Son affaire va être portée aux assises. Le monde policier réagit.

Un policier appartenant aux Compagnies républicaines de sécurité doit être jugé prochainement devant une cour d'assises. Il est poursuivi pour avoir blessé le manifestant Laurent Théron lors d'un rassemblement contre la loi Travail le 15 septembre 2016. Le militant SUD de 48 ans avait perdu l'usage œil droit à la suite d'un tir de grenade de désencerclement (GMD).

Le 20 mai, deux juges d'instruction parisiens ont décidé d'aller au-delà de la demande du parquet qui souhaitait voir le fonctionnaire de police de 50 ans comparaître en correctionnel et ce dernier sera donc présenté à un jury populaire pour «violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par personne dépositaire de l'autorité publique.»

L'avocat Laurent-Franck Liénard qui représente ce brigadier-chef des CRS a d'ores-et-déjà annoncé son intention de faire appel de cette décision et au micro de BFMTV, il a assuré qu'il s'agissait d'un «terrible choc» pour le policier qui était «évidemment effondré» en apprenant cette nouvelle. L'avocat spécialisé dans la défense des policiers, qui a également représenté Alexandre Benalla, a précisé : «Il n'a jamais entendu blesser quelqu'un, faire du mal à quiconque. Se retrouver traduit devant une cour d'assises comme un criminel c'est terrible pour lui, c'est contraire à tous ses principes, à toutes ses valeurs.»

Si le tir a été qualifié d'«injustifié» et serait intervenu «hors de tout cadre légal» selon l'accusation, ce «terrible choc» ressenti par l'accusé pourrait également avoir des répercussions au sein des forces de sécurité françaises et en particulier dans les relations qu'elles entretiennent avec le gouvernement.
Une affaire qui revient à un moment difficile pour Castaner

En effet, comme RT France le rappelait le 22 mars, les syndicats majoritaires de la police ont entamé un long cycle de négociations, notamment salariales, avec le ministère de l'Intérieur le 20 décembre 2018 au plus fort de la crise sociale des Gilets jaunes. Plusieurs rendez-vous devaient s'ensuivre au cours de l'année entre les syndicats et le duo de Beauvau formé par Christophe Castaner et Laurent Nunez, mais pour le moment seule une augmentation de 40 euros brut a été validée pour les fonctionnaires de la police nationale et les rendez-vous suivants ne semblent plus à l'ordre du jour.

Le nouvel épisode de cette affaire judiciaire, qui vient se rappeler au bon souvenir des policiers de terrain plus de deux ans après les faits, tombe assez mal pour Christophe Castaner déjà fragilisé à son poste de ministre de l'Intérieur, à un moment où, malgré des signes d'essoufflement du mouvement des Gilets jaunes, il a besoin d'une relation sereine avec les forces de sécurité qu'il dirige et avec leurs représentants professionnels.

En l'occurrence, ces derniers commencent à s'emparer du sujet. Le secrétaire général de Unité-SGP Police, Yves Lefebvre, a fait savoir à l'AFP qu'il saisissait «immédiatement la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur» et estimait que «cette décision ne pourra[it] que raviver le feu qui brûlait déjà entre le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur». Par ailleurs, le syndicaliste a dénoncé la décision des juges d'instruction : «Alors que les policiers doivent faire face à des agressions de plus en plus violentes [...], comment ces juges peuvent-ils prendre une telle décision ?»

Yves Lefebvre réitère également sa demande «de création d’une juridiction spécialisée dans l’usage des armes par les forces de l’ordre.»
Le maintien de l'ordre sous Castaner produira-t-il les mêmes effets ?

Joint par RT France, le porte-parole de l'Union des policiers nationaux indépendants, Jean-Pierre Colombies, n'approuve pas l'idée d'Yves Lefebvre et il le fait savoir sans détour : «Les propos de ce responsable syndical démontrent clairement le total manque de culture judiciaire de ces représentants majoritaires. C'est du grand n'importe quoi et c'est très grave ce qu'il dit ! Sa proposition d'un droit exceptionnel pour les policiers, c'est la rupture même du pacte républicain et ce serait anti-démocratique.»

"Ce ministre a fait sauter toute la préfecture de police de Paris pour se couvrir, vous croyez qu'il va aller défendre des pauvres flicards aux assises ?"https://francais.rt.com/france/62300-manifestant-eborgne-2016-crs-renvoye-assises-syndicats-police-creneau

L'associatif juge aussi que les syndicats de police n'ont pas rempli leur rôle au bon moment : «Les syndicalistes n'ont pas suffisamment informé leurs adhérents. Ils n'ont pas rappelé aux policiers que leur responsabilité individuelle pénale pouvait être engagée en cas de faute. Et après les manifestations des Gilets jaunes, il y aura des dizaines d'autres cas similaires. Les flics seront comptables de leurs actes et pas Christophe Castaner, qui devrait pourtant assumer ses instructions de fermeté. Mais à la limite, les collègues auraient dû y réfléchir avant et faire preuve de discernement lorsqu'ils ont été confrontés à des ordres débiles. Ce ministre a fait sauter toute la préfecture de police de Paris pour se couvrir, vous croyez qu'il va aller défendre des pauvres flicards aux assises ? A titre personnel, je l'ai assez dit sur tous les plateaux où j'ai été invité : l'autorité suprême peut bien donner le feu vert aux policiers d'agir comme certains ont agi, mais l'autorité judiciaire, elle, fait son travail, elle ouvre des procédures et lorsqu'on arrive aux assises, ce sont les jurés qui décideront, là on ne maîtrise plus rien, et le policier risque plus de dix ans de prison ferme.»

"Au moment du lancer de la GMD, à 16h53, Alexandre M. [le policier accusé] et sa compagnie n’étaient ni assaillis, ni encerclés"

Après sa blessure à l’œil, le militant Laurent Théron avait témoigné en ces termes : «J'ai entendu une forte détonation et, au même moment, mon œil m'a fait extrêmement mal.» Il avait ensuite porté plainte et l'inspection générale de la police (IGPN) avait été saisie de l'enquête.

Selon l'ordonnance émise par l'instruction et dont une partie a fuité dans les médias, «au moment du lancer de la GMD, à 16h53, Alexandre M. [le policier accusé] et sa compagnie n’étaient ni assaillis, ni encerclés, ni même réellement pris à partie, étant séparés de plusieurs mètres de manifestants épars». Le site d'information policière Actu17 précise que le CRS «se trouvait à 14 mètres de Laurent Théron au moment où il a lancé cette grenade.» Un lancer jugé «disproportionné» par les juges. Le policier se voit reprocher d'avoir «agi de sa propre initiative, sans recevoir d'ordre». Par ailleurs, il n'était pas habilité à se servir de cette grenade, contenant 18 galets de caoutchouc projetés à 125 m/s, qu'il aurait jetée en cloche et non au ras du sol comme l'exige son emploi.


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