Chaos dans la capitale bolivienne, après le «coup d'Etat» dénoncé par Evo Morales  11/11/2019

Chaos dans la capitale bolivienne, après le «coup d'Etat» dénoncé par Evo Morales
























Des scènes de violence ont éclaté à La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne, à la suite de la démission du président Evo Morales, lâché par l'armée et la police. Des manifestants ont notamment envahi l'ambassade vénézuélienne.

Scènes de violence et de chaos, dans la nuit du 10 au 11 novembre, après l'annonce de la démission du président bolivien Evo Morales, qui a dénoncé un «coup d'Etat».

L'AFP, citant la presse bolivienne, rapporte que de nombreux autobus et des domiciles de personnalités avaient été incendiés, dans la capitale La Paz et dans une ville à proximité de celle-ci, à El Alto. Le service municipal de transport public de La Paz a ainsi annoncé dans la nuit que des dizaines de manifestants étaient «entrés dans [leurs] installations et [étaient] en train d'incendier les autobus». Les médias ont montré que 15 véhicules étaient en flammes dans le centre d'entretien des autobus.



De plus, l'AFP rapporte que plusieurs dizaines de personnes semaient la peur au cours de la nuit dans le quartier aisé d'Achumani, dans le sud de La Paz.

Au milieu de la nuit, des patrouilles de l'armée ont commencé à parcourir les rues de La Paz et d'El Alto, selon l'agence. En revanche, les policiers, dont de nombreuses unités s'étaient mutinées ces derniers jours contre le président Morales, n'effectuaient pas de patrouilles, sans que leur absence actuelle ne soit expliquée par leur commandement.
Attaque des domiciles d'Evo Morales et d'anciens ministres

L'ex-président, dont la presse ignore sa localisation à ce jour, a dénoncé l'attaque de son domicile, dans la nuit du 10 au 11 novembre : «Des groupes violents ont attaqué mon domicile. Les putschistes détruisent l'Etat de droit.»



Un ancien ministre, Juan Ramon Quintana, a également déclaré à la télévision que son domicile avait été pillé par des inconnus, qui auraient emporté tous ses documents.

De même, le président de l'Assemblée nationale bolivienne, Victor Borda, a démissionné le 10 novembre après l'incendie de son domicile par des manifestants, tandis que César Navarro, ministre des Mines démissionnaire, a déclaré que son frère avait été pris en otage à son domicile de Potosi (sud-ouest).

En outre, Waldo Albarracin, recteur de l'université d'Etat de La Paz et dirigeant d'un collectif de citoyens qui a œuvré aux demandes de démission d'Evo Morales, a déclaré que sa maison avait été incendiée et détruite par «une foule» de membres du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales.



L'ambassade vénézuélienne occupée par des manifestants cagoulés

Egalement dans la capitale, le siège de l'ambassade du Venezuela a été occupé par des manifestants. L'ambassadrice vénézuélienne Crisbeylee Gonzalez a déclaré à l'agence de presse bolivienne ABI : «Equipés de dynamite, des manifestants cagoulés avec des boucliers ont pris l'ambassade du Venezuela en Bolivie. Nous allons bien et sommes à l'abri, mais ils veulent faire un massacre. Aidez-nous à dénoncer cette barbarie».

Le 11 novembre, le président vénézuélien Nicolas Maduro avait condamné «catégoriquement le coup d'Etat survenu contre le frère président Evo Morales» – de même que le chef d'Etat cubain, Miguel Diaz-Canel, qui a évoqué un «coup d'Etat violent et lâche de la droite contre la démocratie en Bolivie».
Evo Morales dénonce un «coup d'Etat civil-politique-militaire»

Dénonçant un «coup d'Etat civil-politique-militaire» avec le concours de groupes violents, Evo Morales a présenté sa démission ce 10 novembre. Le leader socialiste, dont la réélection est contestée par l'opposition, avait d'abord proposé, en vain, de nouvelles élections pour sortir de la crise et lever les doutes. Mais, lâché par l'armée et la police, il a finalement exposé les raisons de son départ lors d'une allocution télévisée : «J'ai décidé de démissionner de mon poste pour que [les opposants] Carlos Mesa et Luis Camacho cessent de maltraiter et de porter atteinte à des milliers de frères.» Rappelant ses responsabilités en tant que «président indigène et président de tous les Boliviens», il a ajouté : «J'ai l'obligation de rechercher la paix et cela me fait très mal que nous nous affrontions, entre Boliviens.»

L'opposition ne reconnaît pas les résultats de l'élection présidentielle du 20 octobre, qu'Evo Morales a remportée dès le premier tour.

«Demain, la Bolivie sera un nouveau pays»

Du côté de l'opposition, qui ne reconnaît pas les résultats de l'élection présidentielle du 20 octobre donnant Evo Morales vainqueur dès le premier tour, Carlos Mesa, arrivé second lors du scrutin, s'est réjoui : «Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays.»

Dans les rues de La Paz, des citoyens sont sortis pour célébrer l'annonce.



Dans la ville, plus modeste, de Cochabamba, fief d'Evo Morales, les rassemblements de soutien au président contrastaient.



En dehors de ces rassemblements pacifiques, des incidents ont été signalés peu après la démission d'Evo Morales, comme des affrontements, des saccages, pillages et autres incendies, notamment à La Paz.

Tandis que l'incertitude politique demeure à la tête du pays, de premières arrestations ont été annoncées par le chef de la police, Vladimir Yuri Calderon. La présidente du Tribunal électoral, Maria Eugenia Choque, et son vice-président Antonio Costas ont en effet été emmenés par des soldats cagoulés en vue d'être entendus sur de présumées irrégularités commises durant le scrutin d'octobre.

Un mandat d'arrêt «illégal» a même été émis contre le président démissionnaire, selon l'intéressé. Si le commandant de la police, Vladimir Yuri Calderon, a démenti l'existence d'un tel mandat d'arrêt, l'un des principaux opposants à Evo Morales, Luis Fernando Camacho, a confirmé son existence.
Incendies, prise d'otages et affrontements

Depuis la victoire contestée d'Evo Morales à la présidentielle du 20 octobre, les incidents se sont multipliés en Bolivie. Dans les deux camps, trois morts et 383 blessées sont à déplorer.

Les épisodes particulièrement violents causés par certains groupes de manifestants aux méthodes criminelles se sont également multipliés, poussant certains membres du gouvernement à annoncer leur départ le 10 novembre avant l'annonce d'Evo Morales.

Le ministre des Mines, César Navarro, a ainsi renoncé à son poste, disant vouloir «préserver [sa] famille» après l'incendie de sa maison par des manifestants, à Potosi, et l'agression de son neveu.

D'autre maisons ont été incendiées par des groupes de manifestants ces derniers jours, comme celles de Esther Morales, sœur du président, ou encore du gouverneur de la ville de Oruro, Victor Hugo Vasquez. La maison du ministre Juan Ramón Quintana a elle aussi été saccagée, de même que de nombreux bâtiments publics.

Parmi les autres méthodes employées par certains groupes de l'opposition : l'humiliation publique. Le maire de Vinto, Patricia Arce (qui appartient au même parti qu'Evo Morales), a ainsi été sortie de force de son bureau par des manifestants aux visages dissimulés, qui ont ensuite mis le feu au bâtiment, le 7 novembre. Ils ont alors enlevé l'édile, l'ont aspergée de peinture, lui ont coupé les cheveux et l'ont forcée à marcher pieds nus sur des kilomètres. Elle a finalement pu être secourue par les forces de l'ordre, en état de choc.
«La lutte ne s'arrête pas ici»

Originaire d'un milieu pauvre et d'une ville de mineurs, Evo Morales, ancien berger de lamas, a commencé par gravir les échelons syndicaux, avant de remporter l'élection présidentielle de décembre 2005 en tant que leader du Mouvement vers le socialisme (MAS). Il a été réélu trois fois, puis a perdu en 2016 de justesse un référendum constitutionnel visant à l'autoriser à briguer un quatrième mandat. Plus haute autorité juridique du pays, le Tribunal constitutionnel le lui permet finalement.

Critique de la politique étrangère américaine sur la scène internationale, Evo Morales a défendu des politiques sociales qui se sont notamment traduites par un net recul de la pauvreté et de l’analphabétisme dans son pays.

Soutien affiché des classes populaires et des populations indigènes dont il est issu, il a notamment mis en œuvre la nationalisation de secteurs clés de l'économie. L'ancien vice-président démissionnaire, Alvaro Garica a d'ailleurs rappelé, lors de son annonce le 10 novembre, ses principaux faits d'armes : «Nous sommes le gouvernement qui a nationalisé les hydrocarbures, le gouvernement qui a sorti plus de 3 millions de citoyens de la pauvreté.»

Lors de son allocution, Evo Morales a pour sa part promis : «Je voudrais dire, frères et sœurs : la lutte ne s'arrête pas ici.»

Le président élu argentin, Alberto Fernandez, a dénoncé un «coup d'Etat» en Bolivie.

«En Bolivie a eu lieu un coup d'Etat produit par l'action conjointe de civils violents, du personnel policier qui s'est démobilisé et de la passivité de l'armée. C'est un coup perpétré contre le président [Evo Morales], qui avait convoqué un nouveau processus électoral», a écrit le chef d'Etat, un péroniste de centre-gauche qui entrera dans ses fonctions de président le 10 décembre.





https://francais.rt.com/international/67782-incendies-attaque-domiciles-chaos-bolivie-apres-coup-etat-denonce-par-evo-morales
https://francais.rt.com/international/67771-coup-etat-prise-otages-incendies-que-se-passe-t-il-en-bolivie
https://francais.rt.com/international/67775-bolivie-demission-evo-morales-en-continu

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