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Vers une paternité responsable?


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Le mensuel du Collectif Haïti de France

Article extrait du numéro 105, février - mars 2012

Le Collectif Haïti de France (CHF) est un réseau de 80 associations et 170 individus qui ont comme point commun d'être engagés dans des actions en faveur d'Haïti. Le CHF a 4 axes de travail : Informer, Animer un réseau d'acteurs franco-haïtiens, Soutenir la société civile haïtienne, Plaider en faveur des droits humains.


Mercredi 7 Mars 2012

Vers une paternité responsable?
Échanges avec Danièle Magloire, coordinatrice de Droits et Démocratie, militante féministe de très longue date, dirigeante de l’organisation féministe de défense des droits des femmes Enfofanm.

Quelle est la place des femmes dans la société haïtienne?

La société haïtienne s'est construite dans la logique du système esclavagiste colonial et du système patriarcal alors en cours dans les sociétés européennes, et le plus souvent aussi, dans les communautés africaines. Les femmes y étaient en position d'infériorité par les règles de succession et par l'incapacité juridique, comme les femmes l'étaient en France. Elles étaient en état d'infériorité par la charge du travail nourricier qui repose sur les seules femmes et la dépossession de tout héritage paternel comme l'étaient, le plus souvent, les femmes en Afrique. Quant au poids colonial, il pesait certes sur les hommes comme sur les femmes, mais, pour les femmes, s'ajoutait la domination des hommes, qu'ils soient colons ou esclaves.

La société haïtienne possède aujourd’hui de nombreuses caractéristiques d’une société matrifocale : les femmes ont plusieurs enfants de pères différents. La famille est organisée autour des femmes. Les femmes adultes vivent effectivement souvent ensemble, sur plusieurs générations. Elles sont souvent sans conjoint, la monoparentalité est très élevée en Haïti comme dans de nombreuses sociétés caribéennes. Ce phénomène est d'ailleurs étroitement lié à l'histoire de l'esclavage, à la domination.

Quelles sont les formes d'unions les plus communes en Haïti ?

Il en existe différentes, trois en somme.

Le mariage, qui représente la seule forme d'union à fondement légal, n'est pas du tout la plus répandue en Haïti. Le plaçage, réglementé par le droit coutumier, est la forme d'union la plus commune dans le pays. Ses caractéristiques reposent sur une union consensuelle où la femme porte le nom de son mari, sans que ce soit défini par des papiers, et où la cohabitation est permanente. Il ne s'agit nullement d'union forcée et ce n'est pas non plus l'union libre au sens occidental, c'est le mode d'union traditionnel populaire. Quel est le motif de ces unions ? En Haïti comme ailleurs, les raisons sont multiples et variées. L'amour et l'intérêt y ont leur part, mais, ajoute Carole Jacob, coordinatrice de la SOFA (Solidarite Famn Ayisyen), citant Serge Henry Vieux[1] : le patriarcat n'est pas absent dans la liberté de choix des femmes. En effet, si le consentement des deux est respecté, il apparait que la lettre de demande du prétendant porte toujours sa signature, celle de la fiancée ne figure pas nécessairement dans la lettre d'acceptation.

La troisième forme d'union présente en Haïti, le vivavèk, est une union consensuelle mais qui n'implique pas de cohabitation du couple.

En termes quantitatifs, sans que les données soient très précises, les spécialistes mentionnent que la forme la plus répandue est le plaçage, suivi du vivavèk et enfin le mariage ne représenterait que 12% des unions en Haïti.

 

Et les hommes dans tout ça ?

Les hommes sont en Haïti majoritairement polygames, même si la loi ne le reconnait pas ; ils sont généralement impliqués dans plusieurs unions. Les femmes, a contrario, sont dans une dynamique de monogamie en série. C'est la situation de fait. On peut dire qu'elle est acceptée socialement. Il n'y a pas de condamnation sociale de la polygamie. Au contraire, l'implication d'un homme dans des unions multiples est plutôt perçue comme une marque de virilité. Il reste que les femmes vivent généralement mal (au plan affectif et au niveau du non-respect des obligations) le fait que leur conjoint soit impliqué dans d'autres unions. De plus, la considération sociale liée à une situation matrimoniale n'implique pas nécessairement un respect pour la femme concernée.

Par ailleurs, comme le droit haïtien est toujours tributaire du code napoléonien, de nombreuses discriminations sont à noter : un homme marié ne peut pas reconnaître par exemple un enfant qu'il aurait eu d'une autre femme. Les hommes ne sont pas non plus tenus de reconnaître leur enfant et n'importe quel homme peut déclarer un enfant, l'officier d'état civil ne demande rien. L'inverse n'est pas vrai. Dans la pratique les femmes vont faire reconnaitre les enfants par un homme qu'elles connaissent, le père ou parfois le frère par exemple, ce qui crée de graves imbroglios, au moment des successions... mais dans un pays où la plupart des gens sont pauvres, il y a bien peu de biens à transmettre, remarque Danièle Magloire, sinon la situation serait explosive !

 

Ces inégalités hommes - femmes sont-elles institutionnalisées ?

Oui. Pour citer un de mes articles[2] « On observe des caractéristiques propres à une société patriarcale en Haïti, à savoir : l’institutionnalisation des inégalités entre les statuts masculins et féminins, institutionnalisation des idéologies qui entretiennent ces inégalités, la stratification supérieure masculine, les contraintes exercées contre les femmes (…). Pour nier les inégalités prévalant entre les sexes, on se réfère souvent à la présence importante des Haïtiennes dans l’espace public et à leur taux élevé d’activités économique (…). Selon les données disponibles, les femmes comptent actuellement pour 47.7% des personnes actives à l’échelle nationale ; un taux supérieur à celui enregistré en Amérique du Nord et dans les Caraïbes. Mais il n’est guère tenu compte du fait que les femmes haïtiennes n’ont généralement pas accès aux ressources et aux bénéfices [pour s’en servir et les contrôler]. Et, quand bien même – intelligence et conscience y obligent- l’injustice des inégalités entre les sexes est admise, on la taxe souvent de « nécessaire » ; nécessaire pour le bien-être de la famille, de la société et pour celui de l’espèce humaine. ».

Au passage, il peut être regrettable de constater que certaines organisations internationales ont très peu pris en compte les situations familiales haïtiennes et les inégalités hommes-femmes dans les messages qu'elles diffusent. Il n’y a pas de programme d'éducation sexuelle. Les organisations participent alors au renforcement de l'irresponsabilité paternelle en ne s'adressant qu'aux femmes pour ce qui est de la santé familiale.

 

A ce moment de nos échanges, nous pouvons penser que c'est l'énergie même des femmes et leurs responsabilités qui les ont conduites à se réunir en associations et à s'organiser pour faire peu à peu entendre leurs voix. A trouver dans l'échange une formation et une conscience politique. Car nombreuses en effet, et actives sont en Haïti, les organisations de femmes.

 

Nous avons entendu parler d’un projet de loi sur la paternité responsable et la filiation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La bataille pour cette loi est basée sur la revendication suivante : tout individu a droit à l'identité, et aussi sur le constat suivant : la paternité est complètement défaillante en Haïti. Le souci des organisations de femmes qui ont porté ce projet de loi, est que tout enfant puisse avoir droit à une filiation, donc à une identité reconnue, quelles que soient les conditions de sa naissance. La majorité des enfants étant issus d'unions consensuelles, sans mariage, si le père ne le déclare pas, l'enfant est dit " né de père inconnu", c'est le cas de la majorité des actes de naissance en Haïti. S'il nait d'un homme marié mais d'une autre femme que son épouse, il est adultérin, donc sans légitimité -comme ce fut le cas longtemps le cas en droit français -.

Dans tous ces cas, l'enfant est sans filiation paternelle et à la charge de sa mère (plus de 40% des femmes sont chefs de famille monoparentale). La nouvelle loi voudrait établir les modalités de recherche et de reconnaissance de la paternité (test ADN). Elle veut établir l'obligation pour le père d'assurer les charges matérielles et éducationnelles de son enfant.

Cette loi a été adoptée en 2009 par la Chambre Basse (des Députés/ées) mais elle n'a pas encore été votée par le Sénat. Etant donné le faible nombre de femmes au Parlement haïtien, quatre, il est assez corsé d’y faire entendre notre argumentaire, conclut Danièle Magloire.

[1]« Le plaçage droit coutumier et famille en Haïti », p.85-86

[2] Danièle Magloire «  La violence à l’égard des femmes : Une violence constante des droits de la personne. » Revue haïtiano-caraïbéenne Chemins Critiques, vol V, n°2, Octobre 2004


Mercredi 7 Mars 2012


Commentaires

1.Posté par joszik le 08/03/2012 07:51 | Alerter
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Ce mensuel est une escroquerie supplémentaire. A quoi cela sert de parler du droit humain dans ce pays quand il est ainsi bafoué par des envahisseur, n'est-ce pas la seule direction que l'on vous autorise à prendre?

2.Posté par Lily Deatinoble le 21/03/2015 01:27 (depuis mobile) | Alerter
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Moi je pense que cette loi sur la paternité responsable est une carte blanche qu''on donnera aux hommes,c''est légaliser leur connerie puisse que maintenant ils vont pouvoir continuer àengrosser partout où ils vont pourvu qu''ils reconnaissent l''enfant.

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