Néolibéralisme et conséquences

Varoufakis a encore raison : « La Grèce n’allait jamais rembourser ses dettes »



Lundi 16 Mars 2015

Varoufakis a encore raison : « La Grèce n’allait jamais rembourser ses dettes »
Par Tim Vorstall. Article paru dans Forbes magazine, le 10 mars 2015 : Varoufakis Says Greece Was Never Going To Repay Its Debts; He's Right Too [traduction: OG-QuestionsCritiques].
 
Varoufakis a encore réussi à agacer beaucoup de Gens-Très-Sérieux en disant simplement la vérité. Le hic, c’est que ce qu’il dit est juste : la Grèce n’a jamais été en position de rembourser l’ensemble de ses dettes, et il n’est nul besoin d’être grand clerc pour s’apercevoir que tout ces accommodements partants du principe qu’elle les rembourserait étaient purement et simplement aberrants. Et pas seulement en tant qu’efforts pour dissimuler une vérité fâcheuse, mais aussi en ce qu’ils confinent à l’entêtement de tourner le dos à la réalité à un point que l’on pourrait qualifier de criminel. Bien entendu, s’est sur Varoufakis qu’on va tirer à boulets rouges ! Tout comme un époux connaît très bien la bonne réponse à la question que lui pose sa femme « Est-ce que cette robe me fait des grosses fesses ? » – mais parfois certaines robes font vraiment des grosses fesses – parfois certains débiteurs ne peuvent tout simplement pas rembourser leurs créanciers.
Ce que Varoufakis a vraiment dit se trouve dans un documentaire diffusé [le 10 mars] en Allemagne :
« Les gens clairvoyants à Bruxelles, Francfort et Berlin savaient très bien dès mai 2010 que la Grèce ne rembourserait jamais ses dettes. Mais ils ont fait comme si la Grèce n’était pas en faillite, comme si son problème était un simple manque de liquidités », explique Varoufakis dans ce documentaire.
Ce qui est la pure et simple vérité. Tout le monde savait pertinemment bien que ces dettes ne seraient jamais remboursées. En fait, soyons justes, tous ceux qui avaient réfléchi deux minutes à la question savaient pertinemment bien qu’elles ne seraient pas remboursées. C’est pourquoi les banques privées se plaignirent un peu mais acceptèrent une décote de 70% des titres grecs qu’elles détenaient. Personne ne fait preuve de plus de réalisme qu’un banquier lorsqu’il est question d’argent. Et faire preuve de réalisme en cette occasion consistait à bien comprendre qu’un remboursement total était impossible et qu’il fallait donc accepter un remboursement partiel. Ce que l’intégralité des détenteurs de créances privés a fait.
Mais les dirigeants politiques n’ont pas voulu accepter cet état de fait. Parce qu’alors il leur aurait fallu expliquer à leurs électeurs pourquoi ils (les contribuables allemands, néerlandais, français et les autres) devraient sortir de leurs poches l’argent que les contribuables grecs étaient incapables de payer. Et c’est pourquoi :
(à en croire la traduction allemande de ses propos) « Tels des banquiers corrompus de troisième classe qui ont octroyé, dans de telles circonstances, le plus gros prêt jamais accordé dans l’Histoire au pays se trouvant dans la pire situation de faillite, c’était un crime contre l’humanité », dit Varoufakis.
Dire qu’il s’agit là d’un crime contre l’humanité est peut-être exagérer un peu les choses, mais ce fut bien certainement une décision économique et politique extraordinairement inadéquate. La réponse aurait dû être, comme à chaque fois qu’un effondrement de dette souveraine s’est produit, de déclarer non-recouvrable une partie de la dette et de l’annuler, de faire quelques réformes au plan intérieur et de rembourser aux créanciers tout ce qu’on peut leur rembourser. Résister et exiger un remboursement total n’a aucun sens : il n’aura pas lieu et il ne se fera donc pas.
La vérité est que tous ces Gens-Très-Sérieux savaient cela aussi très bien. Il n’y a pas une seule personne parmi les divers négociateurs de la BCE, du FMI et de l’Union Européenne – la Troïka –, ni parmi les hommes politiques au sein des banques centrales nationales qui les appuient, qui ait jamais cru possible un seul instant le remboursement intégral de ces dettes. C’est pourquoi ils ont accepté d’allonger la durée de maturité des prêts qui avaient été accordés et d’en réduire les taux d’intérêt. Économiquement parlant, de faibles taux d’intérêt courant sur des décennies reviennent exactement à la même chose que de diminuer la quantité de dette devant être remboursée.
Le péché qu’a commis, ici, Varoufakis est juste d’avoir énoncé une vérité indéniable. Il faut pour cela du courage à un époux, mais il y a des moments où il faut bien avouer à sa femme qu’à 55 ans le pantalon moulant n’est pas forcément le choix vestimentaire le plus avisé pour une grand-mère. Et il en est de même avec les nations en faillite. La solution pour la Grèce, en 2010, aurait toujours dû être le défaut, une décote. Et si dévaluer la monnaie n’était pas possible, il fallait alors réduire la dette plus qu’on ne le fit. Tout ce qui a suivi depuis lors, y compris la mise au pilori de l’économie grecque, est le fruit de cette erreur originelle. Et tout comme un mari sincère, Varoufakis va se prendre une volée de bois mort pour n’avoir fait qu’énoncer la réalité à tout un chacun !

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-goulon/120315/varoufakis-encore-raison-la-grece-n-allait-jamais-rembourser-ses-dettes


Lundi 16 Mars 2015


Commentaires

1.Posté par Bolisson le 17/03/2015 16:24 | Alerter
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Les discours officiels sur la Grèce : Pourquoi ils sont faux ? Quelles leçons pour la France et l’Europe ? À mesure que les négociations vont se durcir entre la Grèce et la Troïka, la propagande va s’intensifier, alors voici un petit guide qui démonte toutes les inepties qu’on entend dire sur la Grèce.

voir : http://2ccr.unblog.fr/2015/03/16/grece-petit-guide-contre-les-bobards-mediatiques/

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