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Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron et la défense du «mode de vie européen»


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Abdelhak Benelhadj
Dimanche 29 Septembre 2019

Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron et la défense du «mode de vie européen»
Début juin de cette année s’est réuni discrètement le très discret groupe « Bilderberg » dans un hôtel cossu de Montreux en Suisse. Rien à voir le vacarme que provoquent les rencontres de Davos. De Bilderberg tout le monde sait mais, à quelques entrefilets, les enfants d’Hermès font comme si de rien n’était.

Se comptent là tous ceux qui comptent. Ministres, chefs d’Etat, anciens et nouveaux, patrons de transnationales (banques, assurances, médias, industries...), représentants des prestigieuses universités qui occupent les premiers rangs du classement de Shanghai, présidents de Think tank à vocations plus ou moins obscures, institutions internationales...

Même les vieux dinosaures carnassiers en étaient : les souvenirs du Viêt-Nam et du Chili pendouillées à son poitrail, le vénérable H. Kissinger honorait de son ascendance chargée cette insolite assemblée, totalement informelle.

Rien que des pointures qui portent sur leurs épaules le destin d’un Occident cerné de barbares. Des absents : pas un Chinois, pas un Russe, pas un Arabe. Pas même un samouraï héritier de l’ère Meiji. A l’exception de deux ou trois kémalistes sortis de la naphtaline, reliques d’une chimérique identité européenne d’une Turquie erdoganienne toute en ambiguïté.

Ursula von der Leyen, encore à la tête du ministère de la défense de son pays (où elle n’a pas laissé que de bons souvenirs), était déjà prête à la sortie de cette réunion pour présider la Commission Européenne. Sans verser dans des délires complotistes, qui ne s’interrogerait sur la généalogie de sa nomination ?

A quelques heures de distance en ce mois de septembre, la future Présidente de la Commission Européenne et le président français ont tenu au mot près le même langage qu’on les soupçonnerait directement empruntés aux causeries du concile de Montreux.

« Nous devons être fiers de notre mode de vie européen (...) et nous devons chercher constamment à le préserver, à le protéger et à l'améliorer » a déclaré Ursula von der Leyen du haut de sa germanité et d’une tribune publiée dans plusieurs quotidiens. (1)

Lundi 16 septembre, devant quelque 200 députés et sénateurs de LREM, du Modem et partis alliés, ainsi que l’ensemble du gouvernement, le chef de l’Etat a pendant plus d’une heure, ouvert un chantier et un nouveau cap, prenant par surprise son auditoire.

Alors que la France est toujours agitée par une multitude de grèves, de manifestations, de controverses...

A chaque foule sa cause et ses processions : changement climatique, réforme des retraites, programmes scolaires, subventions agricoles, extension de la Procréation Médicalement Assistée (PMA)... le président français, en campagne permanente depuis son élection, sort de son chapeau le débat sur l’immigration au Parlement prévu fin septembre et occupera sûrement une place de choix dans toutes les campagnes à venir.

Il renoue avec une vieille tradition qui date des années 1930 et que F. Mitterrand a ressuscitée, profitant des dispositions d’une Constitution qu’il avait vouée aux gémonies, pour diviser ses adversaires et les empêcher de parvenir au pouvoir, notamment en acculant la droite à un rapprochement impossible avec un parti (le Front ou Rassemblement National) avec lequel il ne peut nouer d’alliance de second tour. À l’exception de pactes locaux entre « personnalités » aux contours idéologiques aléatoires ou à géométrie politique variable.

Si on veut se faire élire ou réélire, il n’y a pas de mauvaise manière, la méthode est historiquement éprouvée : taper fort sur ceux qui disposent des plus faibles « capacités de négociation ».

Les réprouvés de l’entre-deux guerres c’était les « ritals » (2) , les Juifs, les « Polacks », les Manouches... qui s’ajoutent aux flots historiques des immigrés indigènes qui recyclent les serfs en prolétaires que dévorent la mine et l’industrie lourde, « Ploucs », Auvergnats, Corses... auxquels, avant même la décolonisation, la décomposition des Empires, la guerre d’Algérie... succèdent les Maghrébins, les Africains, les Asiatiques... voire les « cousins » dépenaillés des ex-pays de l’Est (Roumains, Bulgares, Polonais, Baltes, Moldaves, Yougoslaves...) (3).

Extraits :

« Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet (de l’immigration) en face », « En prétendant être humaniste on est parfois trop laxiste »
« Passer le sujet sous silence, c’est prendre le risque que d’autres s’en emparent. » « Je ne veux pas laisser ce sujet au Front National »
« Ceux qui arrivent là, Albanais et Géorgiens, n’ont rien à faire là parce que leurs pays ne sont pas en guerre »,
« Je crois en notre droit d’asile mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. Si nous ne le regardons pas en face, nous le subirons. »

On retrouve alors les échos de son discours dans sa lettre aux Français de janvier dernier.

« On est chez nous !»

« Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités.
« Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités.
« Chez nous, l'éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l'effort partagé par tous. » (...)
« Comment ne pas éprouver la fierté d'être Français ? »

A l’évidence, la solidarité ça ne se partage pas. Seulement « chez nous » et « pour nous ». A cette litanie présidentielle répondent les scansions des processions frontistes bardées du bon droit de l’autochtone. On se croirait revenu chez Mussolini au début des années 1920.

Finie « l'éthique de l'hospitalité » chère à son maître ouvertement revendiqué Paul Ricœur (4).

Il est déjà arrivé par le passé aux socialistes en campagne, fragilisés par les résultats de leur politique, de faire des incursions calculées sur ce terrain, avec des mots et des circonvolutions très proches de ceux de Emmanuel Macron.

Lorsque F. Hollande avait esquissé, puis rapidement retiré, le projet sur la binationalité, la communication institutionnelle empruntait à cette lexicologie, avec les mêmes arguments : priver le Front National de l’exclusivité du sujet et de l’angle d’attaque.

L’équation est claire, répétée sur tous les tons : Immigration = Islamisme = « terrorisme » = « Insécurité culturelle » = « démographie galopante » = « Grand Remplacement » = « pillage des caisses sociales », « insécurité sociale »...

En une curieuse posture aristocratique éclairée, qui sonne comme une paradoxale autocritique, il inflige un blâme aux bobos si faciles à chapitrer. On ne sort jamais indemne d’une fréquentation intime et assidue des jésuites.

« La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec cela: ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. La gauche n’a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies. Les classes populaires ont donc migré vers l’extrême droite. On est comme les trois petits singes: on ne veut pas regarder ». La chanson éponyme de Brel (1962) n’aurait pu trouver meilleur interprète.

A la issue de cette réunion à huis clos, des députés de la majorité ont fait provision des termes de langage qu’ils ont ânonnés très disciplinés à tous les micros qui se tendaient vers eux.

Réfugiées dans une sourde ambivalence, les âmes troublées sorties du conclave ont prestement rasé les murs, se demandant peut-être si la « marche », le « sens des responsabilités », le « pragmatisme », le « en-même-temps »... est compatible avec la station droite.

L’intervention de Macron a suscité deux grandes catégories de réactions opposées :

1.- La dérivée seconde de l’« original et la copie ».

Certains l’accusent de crédibiliser et de légitimer les thèses du Rassemblement National et l’équation ci-dessus. Tous ceux qui se seraient fourvoyés dans cette voie en reprenant ses thèmes ont renforcé le FN au lieu de l’affaiblir.

- Une quinzaine de parlementaires de la Majorité (sur plus de 300 et 577 en tout) signent une pétition : « Ne soyons pas dupes, ce débat sur les migrants économiques est souvent instrumentalisé par ceux qui veulent accentuer le sentiment de rejet lié à l’étranger et à l’islam ».
- Delphine Bagarry (députée des Alpes-de-Haute-Provence) tient des propos sacrilèges : « J’avais l’impression d’écouter non pas l’homme de la campagne présidentielle mais un responsable du Front national», s’indigne-t-elle, se disant «choquée» par le discours présidentiel.
Sans faire injure à la sincérité de certains ces braves députés, il est à parier que leurs jacqueries auront le même sort que celui des « frondeurs » socialistes qui commençaient par protester, promettaient de rompre et finissaient par approuver et voter... ou aller aux champs les jours de scrutin (5).

- « Macron fait du Sarkozy, c’est triste » ironise le très médiatique écologiste Yannick Jadot qui compte les coups et compute ses marges.
« L’insécurité culturelle » qui trouble E. Macron et U. von der Leyen n’est pas tombée du ciel. Renaud Camus a balisé le terrain en 2010 avec son « Grand Remplacement » (Chez l’auteur, édition 2017, 441 p.). Mais c’est Laurent Bouvet, un universitaire de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, qui lancé la formule et fait des émules, mais au prix d’un détournement. Dans son dernier ouvrage, « L’insécurité culturelle » (Fayard, 2015, 192 p.), il avertit que refuser de parler d'«insécurité culturelle» constitue un déni de réalité.

Pour certains intellectuels, parler d’«insécurité culturelle» revient à nourrir les peurs identitaires et, in fine, à faire le lit du FN. « Ceux qui me reprochent de participer à la lepénisation des esprits devraient plutôt s’interroger sur leurs pratiques et sur leur efficacité ! » leur répond Laurent Bouvet qui propose une approche globale de l’insécurité que subissent les Français, fragilisés depuis des décennies aussi bien sur les plans économiques, institutionnelles que culturelles et, cela pas seulement en référence aux immigrés exploités politiquement par toute sorte de partis, dont le Front National.

2.- Une tradition inoxydable, le soutien des « godillots »

- Brigitte Bourguignon, élue du Pas-de-Calais, salue un « discours de vérité nécessaire ».

- Porte-parole du parti macroniste, Aurore Bergé, elle, ratisse large et prône la « fermeté » mais avec « humanisme ».

- « C’est le déni qui nourrit le FN » argumente Hubert Védrine ancien ministre des Affaires Etrangères sous L. Jospin (6). Les « pragmatiques » approuvent le discours du président qui invite à « regarder la réalité en face », et s’opposent à « l’angélisme » des utopistes.
Cette opposition, distrayante, sert à occuper l’espace politique et médiatique des intellectuels et des experts en chambre.

On a du mal à reconnaître le candidat Macron qui déclarait dans son interview à l’hebdomadaire protestant Réforme, le 2 mars 2017 : «Contrairement à ce que certains disent, nous ne sommes pas confrontés à une vague d’immigration. (…) Le sujet de l’immigration ne devrait pas inquiéter la population française. (…) L’immigration fait partie du monde dans lequel nous vivons. (…) De surcroît, l’immigration se révèle être une chance d’un point de vue économique, culturel, social».

En vérité, E. Macron est le représentant d’une classe politique ordinaire nombreuse. Elle ne se soucie que du pouvoir qu’elle investit et qu’elle n’entend ne céder à aucun prix et à personne. Avec cette différence que, dans un espace pauvre en personnalités d’envergure, E. Macron administre avec maestria rhétorique la contradiction béante entre ses déclarations et les axes principaux de sa politique. Virevoltant d’un sujet à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une contradiction à l’autre, l’acrobate assène avec vivacité et talent des promesses qui n’engagent comme d’habitude que ceux qui l’écoutent.

Avant lui, F. Mitterrand, le cynique « florentin », a usé des mêmes tours de passe-passe et ne s’est guère préoccupé des âmes sensibles encombrées de problèmes de conscience. Titiller le « Landerneau » politicien en favorisant objectivement le Front National lui permettait de paralyser sa droite en la mettant au défi de céder à la tentation extrémiste, limite qu’elle était hors d’état de franchir.

E. Macron continue une œuvre ancienne et s’applique d’achever la décomposition d’un paysage politique français issu de la fin de la dernière guerre : quadridimensionnel au premier tour de scrutin et binaire au second.

Son but : se débarrasser de tous les candidats à sa gauche et à sa droite pour ne plus avoir en face de lui en 2022 qu’une seule candidate, Marine Le Pen, qu’il s’estime très facile à battre parce qu’elle a plus d’électeurs contre elle que pour elle, même si son électorat est celui, plus que tous les autres, le plus stable et le plus fidèle.

Mitterrand s’est défait du PC, après N. Sarkozy, Macron achève le gaullisme. Il projette de confiner ce qui reste de la gauche à un extrême et le Rassemblement à un autre, avec lui aux commandes d’un centre hypertrophié, cet « empire du milieu » apolitique et imaginaire à partir duquel nombre de satrapes ont rêvé de gouverner les nations. En un mot, rétablir les combinazione de la IVème République, avec tous les avantages que lui confère la Vème. Edgar Faure et Jean Lecanuet auraient applaudi l’artiste.

Qui se soucie des régimes parlementaires ingérables qui méconnaissent celui que les Français s’appliquent à déconstruire : l’Italie, l’Espagne, la Belgique, Israël (dans un autre registre), la Grande Bretagne face au Brexit... où la « démocratie représentative » se donne en spectacle continu.

Mercredi 16 septembre, le président LR du Sénat Gérard Larcher réplique en biaisant : « C'est un vrai sujet: on ne peut pas traiter la question migratoire sans traiter du codéveloppement dans un certain nombre de pays, de la question européenne face au droit d'asile, et sans traiter de l'intégration » (...) Le ronron habituel qui parcourt tous les rangs de l’Assemblée alors que tous ces honorables parlementaires savent pertinemment que les intérêts des grands groupes français investis dans ces pays sont incompatibles, avec leur sécurité, leur prospérité et la préservation de leur environnement.

Tous savent que ces intrusions prédatrices produiront sans cesse des flux intarissables de réfugiés qu’aucun « mur » ne saurait endiguer. Le pire est qu’ils savent ne se donner aucun moyen pour mettre un terme à ce pillage qui dure depuis 1492.

C’est pourquoi réellement seul le préoccupe le « sentiment binaire qu’il n’y a qu'un débat qu’entre Emmanuel Macron et Mme Le Pen » (...) « car une démocratie binaire ça peut se finir très mal », et la place qu’il entend occuper avec son parti (LR) dans ce débat.

Quand le président du Sénat s’interroge « comment on fait communauté nationale en venant d'horizons différents », il reprend à son compte une vieille confusion flatteuse pour l’idée qu’il se fait de son pays : tous les citoyens du monde, en particulier les plus miséreux d’entre eux, ne désireraient venir en France que pour devenir français.

Il est victime là d’une méprise qu’il partage avec beaucoup de ses concitoyens, illusion entretenue savamment par des mouvements politiques qui abusent de la crédulité de leurs concitoyens, cherchant à contenir leurs revendications en reprenant une antienne : « Bien des hommes sur Terre veulent venir en France pour profiter des bienfaits dont vous devriez vous réjouir et vous contenter ».

Beaucoup de migrants ne veulent pas venir en France, où ils se savent indésirables (bien des médias passent le plus clair de leur temps à le leur faire savoir (7)), mais ne peuvent faire autrement que de transiter par la France pour accéder à d’autres pays, notamment la Grande Bretagne où, à tort, ils s’imaginent mieux reçus (8).

Au reste, beaucoup d’étrangers (et pas seulement des Africains et des Maghrébins (9) ), certes peu nombreux, s’ils apprécient de vivre et de travailler en France -parce que la « France éternelle » ne se résume pas à un emploi, à un gouvernement, à une assemblée et à une poignée de forcenés incultes qui doutent de ce qu’ils sont-, ne désirent pas devenir français.

L’« insécurité culturelle » est ce qui sépare la vitalité de la sclérose.

Les changements technologiques et écologiques avec leurs implications juridiques incontournables vont davantage transformer la France et l’Europe, plus que ne sauraient le faire les vagues migratoires.

Sans remonter à la « pilule » ou à la légalisation de l’IVG, libertés à l’évidence irréversibles, la PMA et sa suite logique la GPA (bien que s’en défendent les politiques aux affaires), la filiation et procréation jetées en pâture aux marché, au grand dam de tous ceux qui tiennent aux « racines chrétiennes » du « vieux continent »..., vont profondément modifier les règles de la sociabilité et l’image que les Français ont d’eux-mêmes, de la paternité, de la maternité, des représentations qu’ils se font de la « famille », très éloignée de celle de la « Sagrada familia » ou de celle de Napoléon Bonaparte, soucieux de contrôle social et politique d’une nation alors résolument jacobine, au centre géostratégique d’un continent cernée d’« ennemis héréditaires ».

De même que les Français ne se reconnaîtraient pas dans les moeurs de la France du XIIIème ou du XVème siècle, ils ne se reconnaîtront pas davantage dans celles de leurs petits enfants et des générations suivantes, dans un monde profondément bouleversé par l’innovation technologique, par les migrations diverses induites par les dégradations mes milieux naturels, les guerres, les désastres socio-économiques et les multiformes chaos engendrés par une économie dérégulée, soumise à la prédation mondialisée d’une oligarchie financière autiste.
C’est du haut de cette évolution, intrinsèquement imprévisible, qu’il conviendrait de contempler le sort qui sera celui des échelles de valeurs que les politiques opportunistes adjurent leurs électeurs de conserver quoi qu’il en coûte.

Les vertus d'une altérité assumée.

Que les Français prennent garde. Comme autrefois, la France n’a le choix qu’entre deux chemins : l’enfermement mortel, barricadée derrière des certitudes fragiles et éphémères, ou l’audace de demeurer la même tout en différences, considérant l’« insécurité culturelle » non comme une dégradation, une altération ou une menace, mais au contraire comme constitutive du génie français. Toute son histoire en témoigne.

Ce dilemme est vrai pour la France. Il est vrai aussi pour toute nation respectueuse d’elle-même, moins attachée à l’être intrinsèquement provisoire, qu’au devenir.

C’est à cela qu’un chef d’Etat à la hauteur de sa charge devrait préparer ses concitoyens.

A méditer : « Il y a en France une campagne d’hostilité à l’égard des immigrés, un vieux fond raciste remontant à notre long passé colonial et entremêlant abusivement une « laïcité » invoquée et une « islamophobie » contraire à la laïcité elle-même. Pour l’extrême droite et une partie de la droite, l’immigré – même en situation légale – n’est pas considéré comme légitime… Nos parents nous ont raconté les années trente, quand les fascistes français défilaient à Paris en criant « la France aux Français »… avant que Pétain ne livre la France aux nazis ! » (Le Point, J. 19/09/2019)

Ce que Pierre Joxe insinue, c’est que les dindons de la farce visés par cette xénophobie, ce sont la France et les Français. Les étrangers ne sont qu’un prétexte.

Après la décennie Chadli, les 20 ans de Bouteflika. « Eté comme hiver, c’est toujours l’hiver »

L’Algérie de Chadli se glorifiait d’avoir accédé à la « démocratie », celle des urnes dans lesquelles les prestidigitateurs ont déposé ce qui restait de l’équité, de la justice et de l’Etat de droit. Les généraux ont succédé aux colonels. Cette ère étoilée a commencé par une surconsommation de ce que l’Algérie a renoncé à produire et a fini par une tragédie et des centaines de milliers de victimes. Un contre-choc pétrolier, un Himalaya de dettes, des « plans d’ajustement structurels » et un fleuve de sang qu’on ne peut imputer à autrui.

Hormis le premier, les mandats de A. Bouteflika baignaient dans les sirupeuses douceurs de la hausse du prix des hydrocarbures qui rappelait celles provoquées par la chute du Shah et de la guerre Iran-Irak après 1979. A l’ombre de ce bonheur climatologique, le régime Bouteflika a achevé l’oeuvre de Chadli : la destruction de l’Etat et des moyens qu’ils s’était donnés.

Et dans le même mouvement, plus de 10% de la communauté nationale expatriée sur les autres rives d’une « Mare nostrum » hostile et infranchissable, ont été oubliés.

Depuis, l’Etat n’est plus en charge d’hommes et de femmes livrés désormais à leur « liberté ». Ambassades et consulats voués à d’autres missions ont été affranchis de ce « fardeau » importun hérité de la guerre de libération nationale. Oubliées les promesses de 1995 de L. Zeroual que A. Bouteflika ne s’est pas tenu d’honorer : plus de secrétariat d’Etat, plus de projet de Conseil National de la Communauté algérienne à l’étranger.

Les bricolages provisoires ont laissé place au vide. Aux opportunistes et aux courants d’air dans une Algérie toute entière livrée, pieds et poings liés à un informel triomphant (d’une économie, d’une société à un président informel) et aux apprentis sorciers qui jouent de concert aujourd’hui sur tous les tableaux, côté rue et côté jardin.

« La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s'attendre à un résultat différent. » - Albert Einstein.


NOTES

(1) La « Protection du mode de vie européen » (une sorte de ministère de l’ « identité » continentale) a été élevée à la hauteur d’une vice-présidence confiée au commissaire grec Margaritis Schinas, chargé dans sa lettre de mission de l'éducation, de l'intégration, de la migration, de l'asile et de la sécurité. La polémique qui a entouré cette initiative n’a que peu de rapport avec notre propos. La nouvelle commission doit prendre ses fonctions le 1er novembre.

(2) Je recommande, parmi d’autres, deux films à diffusion relativement confidentielle :
- Un italien de Franco Brusati (1974) : « Pain et chocolat » avec Nino Manfredi.
- Un américain de Giuliano Montaldo (1971) : « Sacome et Vanzetti ».

(3) Les Allemands de l’Est après la « chute du Mur », ont été traités de tous les noms « d’oiseau », en particulier de « singes », par leurs « frères » de l’« Ouest », car ils s’étaient jeté sans modération sur les étals de bananes, fruits dont ils avaient été privés avant les illusions de la réunification.

(4) Qui l’aborde il est vrai dans un autre contexte, à l’interférence généalogique entre l’hospitalité et l’hospitalier.

(5) Le peuple algérien possède une longue expérience de ces « beni oui-oui », toutes Assemblées confondues, qui votent à main levée des lois qu’ils n’ont pas lues, à l’écriture desquelles ils n’ont pas contribué, qu’ils ne comprennent pas toujours et qui se soucient comme d’une guigne de ce qu’elles impliquent. Mais ils ne sont pas les derniers à pétitionner pour une augmentation de leurs revenus. En septembre 2008, l’ordonnance 08-03 fait tripler leurs indemnités, avec effet rétroactif à partir de janvier, passant de l’indice 5.438 à l’indice 15.505.

(6) L’esprit public, France Culture ? dimanche 22 septembre 2019, 11h-12h

(7) La Ville de Paris avait annoncé le 12 juillet vouloir remettre une médaille honorifique aux deux capitaines allemandes Sea Watch 3, Carola Rackete et Pia Klemp, pour leur action de sauvetage de migrants en Méditerranée. Mais Pia Klemp annonce mardi dans un communiqué refuser la décoration que la maire socialiste de la capitale, Anne Hidalgo, souhaitait lui remettre.
« Madame Hidalgo, vous voulez me décorer pour mon action solidaire en mer Méditerranée (...). Simultanément, votre police vole les couvertures de gens contraints de vivre dans la rue, pendant que vous réprimez des manifestations et criminalisez des personnes qui défendent les droits des migrants et des demandeurs d'asile », dénonce-t-elle. « Vous voulez me donner une médaille pour des actions que vous combattez à l'intérieur de vos propres remparts. Je suis sûre que vous ne serez pas surprise de me voir refuser votre médaille Grand Vermeil », ajoute la capitaine du Sea Watch 3. (AFP, mardi 20/08/2019 à 21:22)

(8) Les problèmes migratoires du Royaume Uni concernent les flux venus des pays de l’est, notamment des Pays Baltes, de Pologne qui accueille à son tour des migrants issus des ex-PECO, d’Ukraine en particulier.

(9) Deux exemples parmi une multitude. Antonio Banderas habite depuis des décennies aux Etats-Unis où il a réussi sa carrière d’acteurs, avait épousé une Américaine. Mais il n’a jamais cessé de n’être qu’espagnol. Omar Sharif (né Michel Dimitri Chalhoub), ancien époux de Faten Hamama (dont il a partagé la vie près de 20 ans), aurait pu avoir plusieurs nationalités. Jusqu’à sa mort, il est resté fidèle à l’Egypte, sa seule patrie où il est mort en 2015.


Abdelhak Benelhadj, Le Quotidien d’Oran, J. 26 septembre 2019



Samedi 28 Septembre 2019


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