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Une bombe qui fait mouche sans viser personne



Le nouveau regain de tension dans les relations russo-géorgiennes n'a pas fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un ciel serein, les relations étant loin d'être au beau fixe depuis longtemps. Mais il a fait l'effet d'une bombe, d'une bombe qui n'a pas explosé à strictement parler. Au début du mois d'août, le missile tombé du ciel non loin du village de Tsiteloubani, à proximité de la zone du conflit osséto-géorgien, s'est profondément enfoncé sous terre avec la force de ses 640 kg, avant d'être démantelé par des experts géorgiens. Sans faire de victimes, hormis des politiciens de Moscou et de Tbilissi à bout de souffle, se disputant on ne sait quoi. D'où provenaient le missile et les avions ? Pour Tbilissi, la question ne se pose pas : du nord-est bien évidemment. Et qu'y a-t-il dans cette direction ? La Russie, comme on sait.


Mamouka Arechidze
Mercredi 29 Août 2007

Une bombe qui fait mouche sans viser personne


Mamouka Arechidze, directeur du Centre caucasien de recherches stratégiques (Tbilissi), membre du Conseil d'experts de RIA Novosti


Les militaires russes, qui se sont rendus à Tsiteloubani ont, pour leur part, rejeté toutes les accusations de la partie géorgienne. La situation a pris de plus en plus des allures de cafédomancie. Elle est devenue encore plus compliquée lorsque, selon Tbilissi, les forces aériennes russes ont encore survolé à deux reprises le territoire géorgien après l'incident de Tsiteloubani mais, cette fois, de l'autre côté, à partir de l'Abkhazie. Les militaires géorgiens auraient soi-disant réussi à abattre un des aéronefs non loin du village de Lata. Seulement, voilà, ils ne parviennent pas à le retrouver. Les montagnes sont hautes, il fait mauvais, en un mot, on n'y voit goutte. Par contre, la visibilité politique est tout à fait nette. Les militaires russes qualifient de nouvelle provocation les dernières déclarations de Tbilissi, selon lesquelles l'avion russe aurait violé l'espace aérien de la Géorgie et aurait été touché au-dessus de l'Abkhazie. Quand même, Moscou ne va pas marcher deux fois, non, trois fois de suite sur le même râteau� Pour Tbilissi, par contre, pourquoi la violation de son espace aérien ne pourrait-elle pas servir de prétexte pour tenter d'écarter Moscou du règlement des conflits en Ossétie du Sud et en Abkhazie ?

"Tbilissi ne réussira pas à exclure la Russie du "groupe des amis" du secrétaire général de l'ONU, en dépit de la requête officielle adressée par la Géorgie à Ban Ki-moon", devait déclarer Vitali Tchourkine, représentant permanent de la Russie aux Nations Unies. Toute tentative pour régler les conflits dans les "points chauds" sans la participation de la Russie est vouée à l'échec, estimait-il. Le ministère russe des Affaires étrangères a exposé sa version des faits par la voix de son vice-ministre Grigori Karassine : derrière l'incident du missile tombé à Tsiteloubani se cachent des forces désireuses de semer la zizanie entre Moscou et Tbilissi. Tout ce que l'on fait "mousser" autour de l'incident du 6 août "profite à ceux qui sont hostiles à des relations normales, efficaces, entre la Russie et la Géorgie". La Russie, a déclaré Grigori Karassine, n'a aucun intérêt au maintien d'une situation "de nervosité et d'instabilité" dans le Caucase.

La Fédération de Russie a, parallèlement, utilisé son droit de veto lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU et bloqué l'examen de la question relative à la violation de l'espace aérien et au bombardement de Tsiteloubani, en territoire géorgien. De son côté, l'Alliance atlantique (c'est sans nul doute à l'OTAN précisément que pensait Grigori Karassine quand il parlait des forces mauvaises) a profité elle aussi de la situation pour proposer d'intégrer la Géorgie à son système d'échange d'informations. Des pourparlers sur cette question sont en cours depuis 2003. Aujourd'hui, on est parvenu à une entente et la base technique est prête. Si bien qu'en plus de l'Albanie, de la Macédoine, de l'Ukraine et de la Finlande, ce programme commencera à fonctionner très prochainement en Géorgie également. Tbilissi estime que cela sera d'une grande importance pour la défense des frontières nationales. Si bien que la bataille des géants politiques - la Russie et les Etats-Unis - se poursuit sur le petit terrain de la Géorgie. A savoir seulement si la bombe explosera la prochaine fois?

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mercredi 29 Août 2007

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