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Une Leçon De Maintien De Christophe Barbier


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Sébastien Fontenelle
Vendredi 13 Mai 2011

Une Leçon De Maintien De Christophe Barbier
Cette semaine, dans L’Express, le taulier, Christophe Barbier, fait au monde (qui n’avait d’autre hâte que de la lire) une leçon de maintien journalistique, sur le thème, d’accord, « toute vérité est bonne à dire », mais faut « pas » non plus la dire « n’importe comment », d’accord ?
(Un peu d’tenue, quoi, siouplaît.)
Par exemple, demande Christophe Barbier (à Christophe Barbier) : « Fallait-il publier la photo du cadavre d’Oussama Ben Laden ? »
Ou pas ?
« Oui, bien sûr », répond Christophe Barbier (à Christophe Barbier) : faut la publier.
Plus précisément : il convient de la « dévoiler », non pas « sur Internet ou à la télévision », mais bien plutôt « devant un collège international incontestable », constitué notamment de « Mikhaïl Gorbatchev, Nelson Mandela, Jimmy Carter » et « Lula ».
(Avec aussi, « bien sûr, des éminences du monde arabo-musulman », dont les noms semblent échapper à Christophe Barbier, un peu comme s’il avait de la difficulté à identifier des « éminences » en Arabomusulmanie, mais bon, doit quand même bien y en avoir deux ou trois, non ?)
Autre exemple : « Fallait-il publier le verbatim de la réunion tenue à la Fédération française de football sur la "diversité" dans les équipes ? »
Là encore : « Oui, bien sûr », fallait.
« Mais il était indispensable de demander leur commentaire aux responsables avant de "sortir le scoop" », assène Christophe Barbier, qui n’a pas du tout l’intention de se laisser piétiner l’éthique par la bande à Moustache.
De même : « Oui, bien sûr », il « fallait publier les enregistrements de Liliane Bettencourt et de son entourage, réalisés à leur insu ».
Mais.
A message to you, Edwy : « Il fallait » aussi « mettre à égalité le soupçon et l’explication, l’accusation et la présomption d’innocence ».
Car en effet : tu peux tout à fait narrer pour ton lectorat que Toto le salaud est le fils indigne d’une grande p***** des sables - mais pas sans lui demander d’abord son avis, à Toto.
Pas sans lui demander s’il a quelque chose à dire pour sa défense, ce fils de p*** .
Car en effet, rappelle Christophe Barbier : « Toute justification est bonne à entendre, même quand elle n’est pas facile à croire ».
Car en effet, rappelle Christophe Barbier : « Toute vérité est bonne à dire, mais pas n’importe comment ».
Puis de conclure que, dès lors : « Descartes est le meilleur directeur de la publication : le doute déontologique doit être permanent, et le discours de la méthode, cent fois ressassé avant d’écrire ».
On lit ça, on écrase une larme, tellement c’est beau.
Puis, juste après, on lit, dans le même numéro de L’Express, page 46, l’articulet où le même Christophe Barbier écrit, en guise d’introduction à un dossier tout en « indépendance, intransigeance et équanimité » détaillant sur dix pages l’aisance matérielle de Dominique Strauss-Kahn [1], que : « Les allusions perfides » à « l’aisance matérielle » de Dominique Strauss-Kahn, « qu’elles participent d’une cabale de droite ou d’un sabotage d’extrême gauche, flattent l’antisémitisme enfoui dans la société française. »
Je résume, pour si t’aurais pas bien compris : si tu t’appelles Christophe Barbier, et si tu fais faire par tes appliqué(e)s employé(e)s dix pages sur le « train de vie » de l’« extrêmement fortuné » DSK ?
Tu es quelque chose comme le parfait journaliste : indépendant, évidemment, et intransigeant, il va de soi, mais cependant, équanime.
Par contre, si tu n’es pas Christophe Barbier, et si nonobstant tu as le front d’évoquer toi aussi le « train de vie » de DSK (pour te demander par exemple s’il n’est pas trop importuné, dans son appartement de la place des Vosges, par la proximité des gueux) : cela relève tout à la fois du « sabotage d’extrême gauche » - un peu comme dans un vieux communiqué de la Kommandantur -, et d’une « flatterie de l’antisémitisme enfoui dans la société française » qui fait craindre que tu n’aies en toi, sous ton vernis progressiste, quelque chose d’Adolf Hitler.
Bon, je fais un rapide sondage auprès d’un échantillon de mes potes relativement représentatif de l’extrême gauche : dites, les ami(e)s, je demande, il vous a téléphoné, Christophe Barbier, avant de caqueter que vous étiez limite nazi(e)s ?
Réponse : 100 % des sondé(e)s jurent que, non, Christophe Barbier ne les a pas du tout appelé(e)s - fût-ce de la part de son préféré directeur de la publication, René Descartes -, et que nul « doute déontologique » ne l’a par conséquent retenu, avant qu’il ne lâche son seau de guano sur l’« extrême gauche ».
Itou, quand Christophe Barbier, qu’ulcère une grève des enseignant(e)s, brait part exemple que ces mauvais sujets « dénoncent les efforts qu’on leur demande mais nient les privilèges réels attachés à leur profession » [2], et qu’en somme ils sont bien à l’image de tous les branleurs frappés de « palu social » qui « cherchent leur avantage personnel et non l’intérêt général » - quand, pour le dire autrement, Christophe Barbier vomit sur les enseignant(e)s harassé(e)s, ressasse-t-il cent fois son discours de la méthode, avant d’écrire ?
Nenni, Henri : « Toute justification est bonne à entendre », d’accord, mais faut pas non plus que ça devienne trop contraignant.
Le « doute déontologique », d’accord, ça fait vachement bien dans un édito, mais si je dois aussi l’appliquer aux saboteurs d’extrême gauche et aux feignasses de l’Éducation nationale - souvent ce sont les mêmes -, comment que je vais faire, moi, pour briller en société ?


Notes

[1] Avec notamment (mais pas que) un état complet de ses possessions immobilières, et un encadré racontant « comment il paie ses impôts ».
[2] L’Express, 5 juin 2003.


Vendredi 13 Mai 2011


Commentaires

1.Posté par ROBER GIL le 13/05/2011 11:39 | Alerter
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il fait parti de l'elite et l'elite c'est ceci:
http://2ccr.unblog.fr/2011/03/21/parce-quils-le-valent-bien/

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