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UN NOUVEL EMPLOI POUR POUTINE


L'information selon laquelle la Communauté des Etats indépendants se trouve aujourd'hui dans une crise profonde n'est sûrement pas à ranger au nombre des grandes révélations. Les idées concrètes qui avaient été implantées initialement dans les fondements de cette structure par les créateurs de Belovej sont désormais épuisées. Il s'est avéré qu'il n'était pas simple d'édifier sur cette base un objet géopolitique moderne, identifiable et sérieux.


Rachad Rzakouliev
Mardi 13 Février 2007


Rachad Rzakouliev, directeur du Centre de sécurité politique près l'Institut des droits de l'homme (Azerbaïdjan), membre du Conseil d'experts de RIA Novosti
(Agence RIA Novosti)



Un objet géopolitique non identifiable

Naturellement, des phénomènes sérieux de crise s'observaient déjà précédemment. L'histoire de la CEI, et notamment celles de la dernière décennie, est émaillée de conflits politico-économiques interétatiques permanents. Les interview des chefs d'Etat des pays membres sur les perspectives de cette structure se sont caractérisées d'année en année par un scepticisme de plus en plus sombre. Les fonctionnaires de l'organisation, à bout de nerfs, ne cachaient pas leur désarroi quant à l'avenir de la CEI, ramenés qu'ils étaient au rôle d'employés du domaine des services géopolitiques rituels. La CEI était en train de s'éteindre lentement, mais sûrement.

La fin de l'année 2006 a marqué la crise la plus sérieuse depuis la création de la CEI. Les conflits qui ont éclaté dans la dernière période, en liaison avec l'énergie et son transport, entre des Etats jadis alliés, avec toutes les conséquences en découlant, transforment à jamais cette organisation en une sorte d'aire de raouts pour 11 Présidents se querellant et se réconciliant en permanence. Une aire représentant le sixième des terres émergées pour seulement 11 personnes.

Faisant preuve d'un entêtement digne d'un meilleur emploi, le Bureau central de la CEI continue de mettre en œuvre les divergences d'intérêts des élites politiques de l'ancienne URSS. Et ces élites divergent, à en juger par ce que nous voyons, profondément, déballant même parfois leurs querelles sur la place publique. Les héritiers de l'ancienne superpuissance, d'un espace géopolitique d'une puissance colossale, tirent chacun la couverture à soi.

Notons bien que tout cela se déroule sur le fond du danger croissant d'une intrusion de l'extérieur d'un "chaos contrôlé". Et la plupart des Etats de la CEI ont déjà été "nominés" parmi les "victimes potentielles de l'époque de repartage du monde".

On peut citer également les paramètres de cette nomination funeste – les pays multiculturels, multiconfessionnels et pluriethniques. Les pays dont la population a vécu dans un passé proche une période traumatisante de cataclysmes socio-économiques. Les pays ayant des traditions et des réflexes politico-idéologiques peu solides, perclus de complexes de déficience historique. Les pays ayant de riches ressources naturelles et une bonne géographie, et dont le système politique, pour dire les choses en douceur, "ne correspond pas" encore aux standards occidentaux de la démocratie.

Une telle situation de la CEI profite-t-elle aux nations, peuples et ethnies composant ces pays ? Je suis convaincu que non.

La menace de perte de sa souveraineté politique rappelle pour beaucoup les héros d'Halloween qui revivent. Et pour cette "fête de la vie" a lieu une parade de l'égoïsme national local des membres de la CEI. En lieu et place d'un large marché d'idées qui unissent, de projets stratégiques, de pensées collectives. Car la CEI, c'est un milieu interethnique d'abondance, capable de produire des modèles de comportements universels supranationaux et de nouveaux styles d'identité. Mais dans le même temps, dans l'espace de la CEI, pour les besoins de la conjoncture politique, s'élargit le processus de destruction des normes juridiques internationales. Le fait de ne pas savoir, ou de ne pas vouloir, examiner de manière juste les conflits entre les Etats membres a des incidences funestes sur le système immunitaire des nouveaux Etats indépendants. Il n'est pas étonnant que la logique même de l'existence de l'organisation de la Communauté des Etats indépendants soit mise en doute.

La CEI, mission d'une époque nouvelle

La crise systémique que connaît la CEI doit être examinée, de mon point de vue, non pas tant sur le plan de la problématique politico-organisationnelle qu'à travers le prisme du manque d'idées, de l'absence d'idéologie. Le concept de Communauté est privé d'âme, de soutien populaire.

Encore qu'aujourd'hui, avec tous les corridors de communications, les hommes soient devenus plus modernes et plus sages que les Etats. La pensée humaine va plus loin, est plus puissante que celle de certains Etats. Les gouvernements, prisonniers de leurs engagements, de leurs intérêts et de la machine bureaucratique ne peuvent, la plupart du temps, réagir de manière adéquate aux idées qui ont déjà pris corps et sont relayées par la société.

Il n'est pas fortuit qu'une majorité d'analystes et d'experts relèvent que si la CEI existe quand même, c'est avant tout en tant qu'espace humanitaire. Cette donnée, à elle seule, permet d'espérer que les dirigeants de l'opinion publique des Etats de la Communauté parviendront à édifier un nouveau modèle d'avenir commun. Je pense que l'heure arrive du sauvetage de la CEI grâce à l'attelage commun de l'intelligence collective inter-nationale et des larges couches de l'opinion des pays composant notre espace.

Les opinions des pays de la CEI sont conscientes que le format néosoviétique d'organisation est voué à l'échec. Cet archaïsme doit être remplacé par une nouvelle plateforme éthico-politique de coexistence pacifique et prospère des nations, des religions et des cultures. L'exigence existe d'une modernisation des instruments interétatiques, diplomatiques et politiques afin de régler les processus se déroulant tant dans la CEI que dans l'ensemble du sous-continent eurasien. De tels instruments n'existent pas à ce jour, et personne ne se préoccupe de les concevoir. Le niveau actuel de concurrence et de compétition entre les élites des pays de la CEI n'est en adéquation ni avec notre époque, ni avec la philosophie moderne. Travailler avec les élites nationales, tenter d'établir des axes d'une coexistence entre les civilisations dans l'espace postsoviétique constitue un objectif majeur.

Les opinions de nos pays sont bien conscientes que la Communauté des Etats indépendants a besoin d'un leader indépendant. Ce nouveau leader doit être une personne ayant l'expérience de son époque. Réaliser cette mission, en prenant la tête d'une pareille "internationale", n'est probablement aujourd'hui à la portée que d'une seule personne – le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, dont le mandat arrive bientôt à expiration.




Mardi 13 Février 2007

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