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Turquie : les masses populaires ne veulent pas, les milieux dirigeants n'ont pas les moyens ?


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Anatoli Aseev
Dimanche 23 Juin 2013

Turquie : les masses populaires ne veulent pas, les milieux dirigeants n'ont pas les moyens ?
En Turquie, il est venu le temps pour les interprétations de la situation dans le pays. Il est clair pour tout le monde, que la vie n’a pas repris son cours et que désormais rien ne sera comme avant.

Par ailleurs, le Premier ministre Erdoğan autour duquel s’est articulé le mouvement contestataire, déclare ces jours-ci : « Nous allons libérer la place Taksim et le parc Gesi des occupants. » Il semble être fier du fait que la police a opprimé les manifestations de « maraudeurs », de « groupes extrémistes et marginaux ».

Entre temps, un regard décalé perçoit cette situation différemment. Encouragé par la réussite des réformes économiques et par l’absolutisation du pouvoir, M. Erdoğan a négligé le fait que 50% des suffrages aux élections ne signifient pas l’amour de tout le peuple turc. L’autre moitié de l’électorat s’est avérée beaucoup moins amicale qu’il ne le croyait. Même si les millions ne se sont pas soulevés, portés par la vague contestataire, les centaines de milliers de citoyens actifs, déterminant généralement le climat politique d’un pays, ont pris part aux manifestations. Les habitants de la quasi-totalité des grandes villes ont protesté. Les inscriptions « Erdoğan, démissionne ! », « Taksim, résiste » ont apparu même sur les rochers dans un col inaccessible de la chaîne pontique.

Première conclusion : le cap fixé et même les qualités personnelles du chef du gouvernement et du parti au pouvoir ne conviennent pas à une partie considérable de la société. Outre cela, ce mécontentement a su trouvé une réalisation plus que tangible.

Deuxième conclusion : les classes moyennes turques ont levé leurs têtes pour montrer que leurs principes sont en divergence avec la conjoncture politique actuelle dans le pays. La plupart de ceux qui ont scandé dans les rues et ont occupé les places d’une dizaine de grandes villes, suivaient de près les réseaux sociaux, faisant parti de la nouvelle génération instruite et fortunée qui ne partage pas l’idéologie des islamistes, ni celle des nationalistes turcs, ni celle des séparatistes kurdes, ni celle des kémalistes – seuls groupements politiques présentés au Parlement turc.

Les sondages parmi les « occupants » de la place Taksim ont démontré que les trois quarts des opposants votent pour le Parti Républicain du peuple (CHP), ayant été fondé par le père de la nation, Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Depuis lors, les principes à la base de ce parti, dont la laïcité comme alternative à l’islamisme, n’ont jamais été remis en question. Le Parti populaire et républicain répond aujourd’hui plus que tous les autres aux attentes des activistes de la société civile. La place Taksim a servi de cadre pour exprimer les idées relevant du libéralisme européen. Les leaders des protestations n’étant pas nommés, la pays dispose des hommes politiques capables de monter sur cette vague. Ainsi, l’ancien membre du CHP, aujourd’hui chef indépendant d’une municipalité d’Istanbul, M. Mustafa Sarıgül, a de plus en plus de chances de se mettre à la tête du nouveau mouvement de gauche.

Les événements récents ont démontré que la seule force, en mesure de pousser l’état turc vers le « sultanat sharia » est la police qui, selon le Premier ministre, a passé l’examen de la démocratie avec succès mais nécessite le renforcement ultérieur. Le monde entier observait en direct la passation de cet examen.

Dernière remarque : le clivage au sein des élites au pouvoir est devenu de plus en plus sensible. Ce processus peut être imprévisible. Les méthodes autoritaires auxquelles s’y est fait le Premier ministre, rétorquant toute critique et ne cédant jamais à ces rivaux politiques, commencent à inquiéter les figures éminentes de son entourage. Tandis que le chef d’Etat réitère les mêmes slogans, ils se permettent de se contraire aux déclarations du dirigeant. Ce sont le vice-Premier ministre, M. Bülent Arınç et Beşir Atalay et même le Président turc, M. Abdullah Gül.

Le Premier ministre affirme qu’il ne reconnaîtra aucune motion du Parlement européen qui critique les actions des autorités turques vis-à-vis des opposants. Le Président exprime ses regrets que l’image du pays aux yeux des étrangers se détériore. Le Premier prône que le troisième pont du Bosphore porte le nom du sultan, ayant exécuté des dizaines de milliers d’alévis. Le Président propose le nom d’un des idéologues de l’alévisme turc pour baptiser le pont. Le Premier ne reconnaît pas la violence de la police lorsque le Président s’excuse de cette oppression violente devant la société. Ceci dit, Erdoğan appelle à attendre la décision de la cour quant au destin du parc Gesi, à l’origine des émeutes. Les ouvriers de la municipalité plantent 100 arbres, 2000 rosiers et 202000 fleures selon la saison, rien ne témoignent des plans de fermer le parc. Dans ses discours, le dirigeant turc met en relief de nombreux cas de violation des valeurs islamiques, mais n’apporte pas de preuves. N’est-ce pas une campagne de désinformation en cours ? Une campagne de dénigrement lancé par le Premier ministre ?

Les masses populaires ont démontré clairement ce qu’elles ne voulaient plus, et même dans les élites certains ne pouvaient plus continuer. Avec la figure d’Erdoğan c’est plus difficile. On attend de lui au moins le changement d’image. Il est tellement habitué à son image d’un leader déterminé et ferme qui ne se trompe jamais et qui brave toute alternative politique, qu’il n’est plus de nature à changer quoi que ce soit.

Il est sûrement tôt d’enterrer Erdoğan en tant que personnage politique. Mais les questions entrent en ligne de compte : qui sera à la tête du Parti pour la justice et le développement aux élections ? Et quel sera le visage de ce parti ?



http://french.ruvr.ru/2013_06_22/Turquie-les-masses-populaires-ne-veulent-pas-les-milieux-dirigeants-nont-pas-les-moyens-4166/


Dimanche 23 Juin 2013


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