Conflits et guerres actuelles

Turcs contre Kurdes – Nouvelle guerre par procuration


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Lundi 21 Mai 2018 - 22:23 On vous l’avait bien dit, pourtant ;



Tom Luongo
Samedi 27 Janvier 2018

Un magnifique Panzer turc


    Plus je lis les manchettes, plus je prie le ciel pour que nos armes nucléaires aient été enlevées de la base aérienne turque d'Incerlik. Quoi qu'il arrive, notre politique en Syrie s'est muée en stratégie zombie, consistant à invoquer « Assad doit partir ». [NdT : Tout au long de cet article, les nous, nos et notre employés par l’auteur, se rapportent aux États-Unis.]


    Au diable la quantité de shoots que la coalition favorable à Assad nous tire dans la tête, plus nous en encaissons, plus nous adaptons nos tactiques afin de pouvoir insister.


    C'est embarrassant, vraiment. D’habitude, quand sur le terrain les choses tournent mal, proclamant victoire, nous ramassons juste nos cliques et nos claques. Mais, dans l’affaire syrienne, pour laquelle les préparatifs de l’invasion furent entamés il y a quinze ans, nous ne laisserons tout simplement pas tomber.


    La Syrie devait être le couronnement de la doctrine Brzezinski & Wolfowitz, qui consiste à semer le chaos en Asie centrale, à isoler l'Iran de la Russie et les deux de la Chine.


    Une Syrie atomisée ou accommodante serait le coin qui mettrait une Turquie docile aux frontières sud de la Russie.


    En créant un tremplin pour déstabiliser davantage l’Arménie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Irak, l'influence régionale de l'Iran aurait été repoussée à l’intérieur de ses frontières.


    En même temps, nous aurions coupé l'Iran du monde grâce à des sanctions économiques, non seulement contre l’Iran, mais aussi contre quiconque oserait faire du business avec.


    À partir de là, tout le continent aurait pu être maintenu à l'âge des ténèbres. Les ténébreux auraient mené des guerres tribales intestines pendant encore deux générations, tandis que la diplomatie de la canonnière dollar aurait éternisé les conflits en vendant des armes et de la schnouff à tous les belligérants.


    C'était un chouette projet pour aspirant empereur de l’univers. Seulement, il n'y a juste eu comme un hic.


Le hic du non


    Poutine a dit non. L'Iran a dit non. Et il n'y avait pas moyen de les empêcher de dire non assez fort, jusqu’à mettre en œuvre leurs avantages logistiques contre nous. Ils ont dévoilé ainsi la duplicité de notre « lutte contre ISIS ».


    Nous étions derrière tout ce binz, mais c'était nos chargés de mission qui devaient porter le chapeau.


    Et ne voilà-t-il pas que la Turquie est entrée dans la danse. Le Président Erdogan était d’abord parfaitement disposé à suivre le plan, jusqu'à ce qu'il devienne évident que nous ne pourrions pas conclure l'accord en Syrie.


    Quand le soutien aérien russe et le soutien au sol des Iraniens et du Hezbollah ont inversé le cours de la guerre, a été révélée la complicité d’Erdogan dans le trafic de pétrole de l'État islamique, qui servait à financer « le califat ».


    Erdogan a vu le signe avant-coureur. Il allait être le pigeon.


    Commençant par se désengager de nos plans, il a conclu des accords avec Poutine : gazoduc Turkstream, nucléaire civil et armements antiaériens. Il a fait cesser la libre circulation des terroristes entre Idleb et Alep, et autour de l'enclave kurde d'Afrine.


    Sans Erdogan, la ville d’Alep n'aurait jamais été libérée. La guerre serait devenue bourbier.


    L'été dernier, une fois que la tendance s’est avérée être immuable, après la lecture par Trump pour chacun dans le monde arabe (Israël aussi), de la loi sur le financement du terrorisme émeutier, les Saoudiens ont essayé de faire du Qatar le bouc émissaire.


    Dans la guerre en Syrie, la plus grande erreur de calcul fut la tentative de coup d’État ratée contre Erdogan. Nous étions aussi derrière ce coup-là. Poutine ayant sauvé la vie d'Erdogan, les bases de la situation actuelle furent posées.


    L'an dernier, l'intrusion militaire turque dans le nord de la Syrie n’a suscité aucune protestation de l'Iran, de la Russie et du Hezbollah. Seuls les Syriens ont rouspété. Ils le devaient pour des raisons juridiques [ou pour faire diversion, NdT].


    Sauf qu’en dépit de la rhétorique bifide d'Erdogan, les opérations turques étaient à fond dans leur propre intérêt, tout en se conformant aux objectifs russes, objectifs visant à garantir l'intégrité territoriale de la Syrie. Et pour nos officiers d’état-major aux manettes des opérations, incroyablement myopes et désormais carrément incompétents, il n’y avait rien à voir ou à déduire de la tournure que prenaient les choses.


    Le secrétaire à la Défense James Mattis, n’entrave toujours que couic quant à la Turquie et aux Kurdes syriens. Afin de faire pression sur l'Iran, Mattis veut encore utiliser les trolls machiavéliques d’ISIS pour vendre une abrogation bien marquée de la souveraineté syrienne et la colonisation étasunienne du territoire sous contrôle kurde.


    D’après RT :

    Exhortant la Turquie à faire preuve de retenue, il a déclaré que le retour tranquille des réfugiés avait déjà été interrompu, et que cela pourrait être vu comme une opportunité par Al-Qaïda et l'État islamique.

    « Cela pourrait être exploité par ISIS et Al-Qaïda, nous ne les surveillons évidemment pas en ce moment. Et il y a manifestement le risque d'exacerber la crise humanitaire que traverse la plus grande partie de la Syrie, » a dit Mattis.


    Dans le même temps, avec l’air complètement hors du coup syrien, le secrétaire d'État Rex Tillerson a fait marche arrière en ce qui concerne le projet de monter ISIS 2.0, une « force de sécurité frontalière » comptant 30 000 terroristes dans la région située à l'est de l'Euphrate, où les Kurdes des forces démocratiques syriennes (FDS) devaient se tenir en regardant les militaires de Mattis escorter la sortie des combattants de l’État islamique de Raqqa et de Deir Ezzor, pour qu’ils servent plus tard à combattre le gouvernement d’Assad.


    Avec des amis de ce tonneau-là, pourquoi Erdogan montrerait-il une quelconque retenue ?


Le courroux d'Erdo-Khan


    Les plus grands disent que les Russes ayant retiré tous leurs moyens militaires avant la manœuvre turque là-bas, il s’agit dès cet instant d’une guerre par procuration à part entière.


    En fait, quand il en aura fini à Afrine, Erdogan se mettra en mouvement vers l'est pour entamer le balayage des forces US/SDF dans toutes les régions longeant la frontière turco-syrienne.


    Et du potentiellement moche pour nous va en sortir. L’OTAN, notre allié, attaque déjà notre armée par procuration, juste au moment où nos commandants ne peuvent que protester à voix basse.


    Pourquoi ? Parce qu’en faire plus serait admettre qu'il y a plus de 2000 soldats en Syrie. Il faudrait admettre que nous construisons plus d'une douzaine de bases à travers le pays. Nous violons le droit international, mais notre population n’en sait pas la mesure.


    Notez aussi que le Président Trump ne moufte pas à propos de la Turquie. Tous les sbires de l'État profond sont Pence, qui est en Israël, Tillerson, qui garde toujours le script « Assad doit partir », et Mattis, qui est très pris par ses attributions diplomatiques.


    Que va-t-il se passer quand l'armée turque avancera sur Manbij ou traversera l'Euphrate ?


    Rappelez-vous, l'armée arabe syrienne tient toujours deux grandes villes au cœur du territoire contrôlé par les FDS. Les États-Unis n'osent pas l’attaquer en représailles à l'avancée turque vers l'Est.


    De plus, je n’entends aucun cri à ce propos de la part des suspects habituels à l'ONU. Le Royaume-Uni est venu soutenir la Turquie [? « The U.K. came out in support of Turkey ». Peut-être « Le Royaume-Uni a révélé son homosexualité en soutien à la Turquie » ? NdT]


    À un moment donné, chacun agit en fonction de son propre intérêt. Et pour Erdogan, le fait que son armée se batte par procuration pour la Russie contre l'armée qui se bat par procuration pour nous, est le summum de l'instinct de survie.


La guerre par procuration de la Russie


    Pendant ce temps, la Russie fait savoir à tout le monde que l’attaque de drones sur la base aérienne de Lattaquié, était un événement ponctuel. Un autre article récent de RT, indique que des armements antiaériens S-400 sont livrés à la fois à la base aérienne attaquée et à la base navale de Tartous, où est stationnée la marine russe.


    Ne soyez pas surpris si les S-400 partent à Damas dans un proche avenir. Ce serait une provocation pour Israël, mais il faut qu’ils sachent un jour qu'agresser perpétuellement le gouvernement Assad devra cesser.


    Et bien que la Russie ne puisse et ne doive pas intervenir directement contre les bombardements israéliens, faire don à la Syrie de l’outillage qu’il lui faut pour se défendre, ça elle peut le faire.


    Ces S-400 constituent une déclaration claire des Russes. Ils ne toléreront plus de harcèlement à des fins politiques. Ils resteront en Syrie. L’attaque de drones avait pour but de mettre en garde Poutine. C'était aussi un complot piètrement conçu, visant à affaiblir son soutien politique en Russie pendant la saison électorale.


    Poutine sait que l’État profond ne cessera d’essayer de s’extirper du piège qu’il lui a tendu en Syrie. Il sait jusqu'où il est prêt à aller pour vaincre. Aucune intrigue n'est trop désespérée et si elle déclenche une autre guerre sur le sol syrien, qu’il en soit ainsi.


    Mais tout ce qu'il réussira à faire, c'est éroder la position de négociateur qu’il nous reste en Syrie. Il y a désormais le choix entre la retraite ordonnée et la déroute sortie des mains de notre allié l'OTAN, qui ne s'arrêtera pas avant d’éliminer la menace que présentent les Kurdes à l'intégrité de la Turquie.


    Et avec tout ça, ce sera la fin ignominieuse du rêve de Zbigniew Brzezinski, le rêve d’assujettir l’Asie.


Gold, Goats ‘n Guns, Tom Luongo, 24 janvier 2018

Original : tomluongo.me/2018/01/24/turkey-vs-the-kurds-the-new-syrian-proxy-war/
Traduction Petrus Lombard




Samedi 27 Janvier 2018


Commentaires

1.Posté par Agadir le 27/01/2018 22:10 | Alerter
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Les USA, ses alliés arabes, la Turquie ont voulu diviser la Syrie en créant et soutenant le groupe terroriste Daech, en utilisant le prétexte sunnite-chiite pour le compte de régime sioniste. Ils ont échoué dans cette mission.
Maintenant les sionistes utilisent la carte de la Turquie contre les Kurdes aussi pour diviser la Syrie. C'est à dire sunnite contre sunnite, mais ils vont échouer encore une fois dans ce projet qui est la partition de la Syrie.

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