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Tunisie - Entretien avec Moncef Marzouki, président du parti du Congrès pour la République


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Docteur en médecine, professeur à l'Université de Sousse, président de la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (dissoute par la dictature), fondateur du Comité national pour la défense des prisonniers d'opinion (organisation déclarée illégale), candidat à l'élection présidentielle de 1994 (mais peu après emprisonné), Moncef Marzouki a été de tous les combats pour l'établissement de la démocratie dans son pays. Contraint à un exil de plusieurs années, il est aujourd'hui de retour en Tunisie, à la tête d'un parti politique jusqu'alors interdit, le Congrès pour la République.


Pierre PICCININ
Vendredi 25 Mars 2011

par Pierre PICCININ, à Sousse, le 20 février 2011

Tunisie - Entretien avec Moncef Marzouki, président du parti du Congrès pour la République
par Pierre PICCININ, à Sousse, le 20 février 2011

Le Cas de la "révolution" tunisienne apparaît très simple, vu d'Europe et
sous la plume de la plupart des commentateurs. Pourtant, si l'on se montre plus
attentif, il pose question, par bien des aspects.  

Ainsi, nombre d'observateurs décrivent les événements qui se déroulent en
Tunisie, depuis la fin du mois de décembre 2010, depuis le suicide par le feu
du jeune Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, comme une révolution qui a réussi à
mettre à bas un régime dictatorial corrompu.  

Quelques-uns, en revanche, considèrent que, à ce stade, la "révolution"
est un échec : après avoir tenté, mais sans succès, d'imposer un
gouvernement quasiment entièrement composé des caciques du RCD (le
Rassemblement constitutionnel démocratique, parti du président Ben Ali), le
premier ministre Ghannouchi s'est d'abord maintenu au pouvoir.  

Quant au "nouveau" gouvernement, finalement "remanié" sous la pression
populaire, il ne comprend certes plus aucune des grandes figures du RCD, mais
presque tous ceux qui y siègent sont des diplomates, fonctionnaires ou
financiers qui ont fidèlement servi l'ancien régime.  

Et le récent commentaire du nouveau ministre des affaires étrangères, Ahmed
Ounaës, ne trompe pas, lorsque, en représentation auprès de la Commission
européenne, ce dernier a affirmé que le renversement de la dictature n'avait
rien à voir avec une révolution et que les années Ben Ali avaient été
positives sur le plan économique, en permettant à la Tunisie de passer du
socialisme au libéralisme.  

Quel est votre sentiment, aujourd'hui, et quelle est votre analyse de la
situation, un peu plus de deux semaines après que le calme soit revenu à
Tunis?  

- C'est la question de fond. On y réfléchit tous. Mais je tiens à vous
rappeler que ça ne fait qu'un mois à peine que la dictature est tombée. Un
jugement, maintenant, je pense que c'est beaucoup trop rapide...  

Je me place dans la perspective historique. Je suis quelqu'un qui a beaucoup
lu l'histoire des révolutions et j'en retiens quelques conclusions qui sont
toutes malheureusement assez négatives. Premièrement, ce ne sont pas les gens
qui ont fait la révolution qui en profitent. Deuxièmement, après la
révolution, il y a toujours une contre-révolution. Troisièmement, il y a
souvent un retour en arrière. Rappelez-vous, en France, après la révolution :
ils ont eu la Terreur, la venue de Bonaparte, puis la Restauration, etc. Il a
fallu presqu'un siècle pour que la révolution aboutisse.  

Souvent, une révolution se fait et, immédiatement, il y a un blocage; mais
une résurgence apparaît plusieurs années après. Beaucoup de révolutions
finissent par être récupérées, dans la confusion; les lendemains
déchantent... C'est comme une loi générale.  

Quand on constate cela, ça pousse au pessimisme; et, en même temps, ça
pousse à l'optimisme : même si, aujourd'hui, la révolution a l'air de
s'enliser, quelque chose de fondamental, d'extraordinaire, s'est passé, dans
les coeurs, dans les têtes. Elle a eu lieu. Personne ne peu effacer son impact
psychologique. Au contraire, elle va germer encore plus, dans les coeurs et les
esprits, et repartir de plus belle, quand on a l'impression qu'elle s'est
perdue dans les méandres du désordre.  

Donc, ma vision est à la fois historique : on sait très bien ce qui s'est
passé; on n'est pas différents des autres peuples; il se peut
qu'effectivement, ce qui nous attend, c'est l'étiolement, l'essoufflement,
le retour du bénalisme ou d'une forme de bénalisme, la récupération, la
déception, la désillusion.  

Et, en même temps, dans cette perspective historique, je sais que quelque
chose de fondamental a eu lieu et, cette chose fondamentale, personne ne pourra
l'effacer, une chose qui habite les coeurs et les esprits et qui aura des
résurgences très rapidement.  

Aussi, en tant qu'acteur politique, je me dis que c'est de bonne guerre : Ben
Ali est parti, mais la dictature est restée. L'appareil sécuritaire est
resté; l'ensemble de l'appareil politique est resté. Les habitudes sont
restées; les comportements sont restés. Tout cela ne va pas disparaître du
jour au lendemain. Il reste donc un énorme travail, à la fois pédagogique, de
coercition s'il le faut, de batailles dures pour, justement, liquider tout cet
héritage.  

Alors, la question, c'est : quel est aujourd'hui le rapport de forces? Est-ce
que c'est la contre-révolution qui va l'emporter ou est-ce que la révolution
va encore aller de l'avant?  


Lire la suite : http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com


Vendredi 25 Mars 2011


Commentaires

1.Posté par nabs le 25/03/2011 15:57 | Alerter
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analyse tres realiste de la situation..!

2.Posté par benaissa le 26/03/2011 01:17 | Alerter
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un grand respect a monsieur marzouki!

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