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Tunisie: A propos de la loyauté d’un nouveau gouvernement


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M. Ahmed Friaa, qui avait fait le 17 janvier quelques commentaires après l’énoncé par M. Mohamed Ghannouchi de la composition du nouveau gouvernement provisoire avait fait une remarque qui semble à priori sonner juste. Il dit quelque chose comme : «On ne peut d’un seul coup gommer la présence du RCD dans le paysage politique tunisien. Il est vrai que le RCD comporte des personnes qui ont dévié et qui ont cherché dans leur adhésion au Parti à satisfaire leurs propres intérêts égoïstes et opportunistes, mais il y existe aussi des personnes propres et honnêtes qui se sont voués entièrement dans un sens noble et patriotique aux idéaux républicains… ».


Par Hatem Karoui
Mardi 18 Janvier 2011

Tunisie: A propos de la loyauté d’un nouveau gouvernement
Jusqu’à là, rien de faux, mais ce qui semble plus discutable, c’est
d’une part que dans un gouvernement –même provisoire- on ne saurait confier
après cette révolution qui a conduit à des sacrifices courageux et
héroïques de la part de la population les postes de souveraineté (Intérieur
et Défense) au RCD au sein de cette nouvelle équipe, et d’autre part, une
deuxième condition s’impose, c’est que les ministres qui appartiennent au
RCD au sein du gouvernement doivent être propres et surtout ne pas avoir été
mouillés dans « les affaires » avec les clans Trabelsi et Ben Ali.
Certes, dans un souci de regarder dans l’avenir, on pourrait prévoir plus
tard une loi d’amnistie, mais pas au profit de ceux qui se seraient gravement
compromis dans la prévarication et dans des scandales financiers visant à
dépouiller le peuple tunisien de ses avoirs. Il est à cet égard inimaginable
que l’on puisse à ce moment très grave de l’histoire des Tunisiens,
confier des postes par lesquels ces derniers leur confient aveuglement leur
avenir avec le risque d’être une nouvelle fois grugés et trompés.
Il n’est pas seulement reproché aux ministres qu’ils soient technocrates
ou non d’avoir à l’occasion à leur passage aux gouvernements successifs de
M. Ben Ali, contribué au détournement de l’argent du peuple, mais aussi
d’avoir courtisé par leurs écrits et leurs livres le dictateur en essayant
de tromper le citoyen tunisien et de lui faire croire que leur leader était un
génie. Cette manipulation mentale leur interdit aussi de prétendre à la
direction du peuple à des postes aussi élevés car leur fiabilité n’est
plus de mise et ils ne sont plus dignes de confiance. Il en est de même des
thuriféraires de Ben Ali dans la presse à ordre et d’ailleurs on remarque
que les vieux reflexes ont du mal à s’estomper comme si on espérait ou on
craignait que l’ancien régime réapparaisse par un coup de baguette magique.
Et par conséquent ce qu’il faudrait réellement aujourd’hui après le 14
janvier, c’est une véritable révolution culturelle.
En un mot, ce qui est requis d’un ministre c’est bien sûr la compétence,
mais celle-ci ne suffit pas, il faut aussi l’intégrité morale. Il faut que
celui qui se positionne pour avoir l’honneur de représenter l’héroïque
peuple tunisien puisse dormir sur ses deux oreilles quand il va au lit et ne pas
être hanté par son passé. D’ailleurs le citoyen tunisien n’a pas
lui-même à tout vérifier sur le passé des ministres avant leur nomination.
Ils doivent eux-mêmes justifier spontanément et tout de suite après la prise
de leurs fonctions des rumeurs qui font état de leur collusion avec
l’entourage mafieux de la famille régnante. Certains niveaux d’implication
sont plus graves que d’autres mais tous les niveaux sont répréhensibles.
Voici ce qui est dit par exemple à propos du ministre de la défense nationale
(et quel poste !) (voir :
http://revolutiontunisie.wordpress.com/2010/09/21/tunisie-leila-trabelsi-et-ses-soeurs)
: « Jalila la sœur de Leila Trabelsi habite à Carthage depuis que
l’ex-ministre des domaines de l’Etat Ridha Grira lui a offert une somptueuse
villa, délaissée par ses propriétaires étrangers, pour la « bagatelle » de
… 8000 dinars ». Le ministre auprès du Premier ministre, chargé du
Développement administratif n’est pas en reste. Zouheir Mdhaffer, avec ses
ressources idéologiques pour justifier l’injustifiable était appelé «
l’homme du Palais ». Il a en effet contribué à permettre largement à
poursuivre le calvaire du citoyen tunisien par cette dictature de 23 ans qui a
permis tous les pillages….Et ceci apparait comme un crime bien plus odieux
qu’un crime ordinaire.
M. Friaa peut se positionner dans ce nouvel échiquier comme un homme intègre
et propre a peut-être l’avantage d’avoir été réinjecté depuis peu dans
l’équation, mais ce qu’il vient de dire dans son discours m’a fait froid
au dos : Il disait quelque chose comme : « Les véritables coupables dans les
tueries, ce n’était pas les policiers qui avaient tiré, mais ceux qui
avaient donné les ordres ! ». Cette affirmation ne résiste pas à l’analyse
: Un snipper qui vise à la tête avec un fusil à rayons infrarouges un
manifestant désarmé, qui n’avait fait que gesticuler ou crier n’est en
aucun cas innocent. Même le droit pénal préconise de ne pas obéir à un
ordre d’un supérieur hiérarchique qui parait injuste au subordonné ! Et
cela vaut pour le policier, pour le soldat ou encore pour le ministre qui obéit
au président. A ce moment on peut toujours dire non, démissionner ou refuser
de tirer et prendre ses responsabilités en tant qu’être humain ménageant la
vie de son prochain sans être accusé d’être un lâche.
Enfin selon Friaa, 3000 millions de DT ont été peut-être perdus par la
Tunisie à l’occasion de cette crise, mais combien de millions de dinars
auraient été encore perdus par le peuple su le ménage des Trabelsi/ Ben Ali
avait continué ? Pour arrêter une telle hémorragie il fallait un tel
sacrifice. Personne sinon le peuple ne pouvait le faire et au-delà des pertes
des milliards des sacrifices humains ont été nécessaires au premier rand
desquels figurait celui déclencheur de Mohamed Bouazizi.
Et la casse ? Qui est responsable de la casse ? Ce mouvement était
délibérément organisé par la milice. Si quelques égarés ont pillé les
magasins, c’est la milice qui « a fini » le travail pour bruler les locaux.
Comme des charognards, ils attendaient le bon moment pour accomplir leur
besogne.  
Il s’agit maintenant de panser nos plaies, enterrer et faire le deuil de nos
morts et faire en sorte que plus jamais le peuple tunisien ne soit berné de la
sorte. Et pour ceux qui vont dorénavant nous diriger soit à titre provisoire
ou définitif, il s’agit pour eux de se positionner dans une attitude de
rupture et de ne conserver avec instigateurs et les exécuteurs d’un tel plan
diabolique aucun lien en pardonnant peut-être les délits bénins mais en
étant impitoyables envers les véritables criminels.

HK


Mardi 18 Janvier 2011


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