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Tourmentes Egyptiennes …


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Dr Zouhair LAHNA
Mercredi 5 Juin 2013

Tourmentes Egyptiennes …
Il est très difficile d’expliquer à des personnes qui sont descendus dans la rue et braver leurs peurs qu’ils n’ont pas fait de révolution. De leur expliquer, même preuves à l’appui, qu’ils étaient des acteurs d’un scénario écrit à l’avance. Qu’ils ont été pris dans une succession d’événements. Et qu’on fait la gouvernance dite islamiste light des frères musulmans de l’Egypte et son échec annoncé ne sont que les actes d’une pièce de théâtre écrite à l’avance. Pour accepter cela, il faudrait avoir le recul et la distance nécessaires vis-à-vis des événements et de la marche du monde.
Et si on accepte l’esprit d’une révolution. Il est difficile de faire passer à des frères musulmans convaincus de la justesse de leur cause, de leur victoire et de la destinée divine qui leur a octroyé les rênes de l’Egypte, que les mots d’ordre secrétés par Saint Facebook n’étaient pas «La ilaha ila Allah… Il n’y a de Divinité que Celle d’Allah» mais : Dignité, Démocratie et  Justice sociale. Qui sont au fait des mots d’ordre plutôt illuminatifs et francs-maçons. Bien évidemment, personne ne peut s’opposer à la dignité humaine, à la justice et la consultation populaire. Et si ces principes sont inscrites à longueur de versets dans le Coran, il n’a pas été réclamé d’appliquer de bons principes en s’adossant sur le Livre Saint des musulmans, mais d’appliquer des principes de la cité vertueuse qui renvoie à Platon et Aristote, pas à Ibn Taymiya ni même à Averroès.

Le tour de force qui a été joué lors de ces soulèvements populaires est double. Le premier c’est qu’il n’y a pas besoin de religion pour atteindre des beaux objectifs, il faudra juste suivre la voie des occidentaux et des idées dites des lumières - D’ailleurs les soulèvements en Egypte, rappellent étrangement la révolution française ou plus de proche de nous, un certain mai 68 -, et le deuxième c’est de «sacraliser» la démocratie et ses corollaires de liberté des marchés et des mœurs. N’a-t-elle pas servi à l’arrivée de «l’Islam politique» au pouvoir après des années d’oppression ?
L’erreur d’analyse, le souhait de procéder par étapes et la précipitation auront raison de toutes les bonnes intentions des frères musulmans. Ces derniers comme tous les mouvements dits islamistes de ce qu’on appelle le monde arabe et musulman ont construit avec le temps une conviction très forte de leurs idéaux inspirés bien évidemment de l’Islam. Le début est spirituel et petit à petit la branche politique a grossi de façon incongrue pour engloutir le tronc. Le realpolitik et les compromis finiront malheureusement par faire tomber l’édifice.
L’Egypte a connu son premier choc lors de la compagne de Napoléon qui s’est attaqué à l’école Al Azhar et perverti une partie de l’élite ébahie par la supériorité martiale et intellectuelle des envahisseurs français. En échange, Napoléon est revenu avec  un «cadeau» : un obélisque avec ses facettes triangulaires et sa pointe vers le ciel pour trôner dans une des plus belles places de Paris.

Lors de mon récent séjour au Caire, mon hôtel se trouvait boulevard Ramsès face au pont 6 octobre, souvent bloqué par les manifestants et non loin de la place désormais célèbre du Tahrir (Libération). Les frères musulmans ont appelé à une manifestation devant le palais de justice afin de faire pression pour un changement du code de la justice. J’avais du mal à comprendre une telle manifestation puisqu’un président qui a pu changer la direction de l’armée, ne pouvait pas intervenir afin d’assainir le fonctionnement des juges par d’autres voies que les manifestations de rue. Je suis alors parti voir les manifestants et essayer de discuter avec quelques uns d’entre eux afin d’en savoir un peu plus et essayer de comprendre la démarche.
J’ai compris que cette manifestation est organisée afin de faire pression sur une justice «indépendante» mais «noyautée» et qui fonctionne selon un système féodal et inéquitable. Soit, mais est-ce la manière ? Les militants suivent le mot d’ordre et n’en démordent pas du bien-fondé de leurs actions. Parler de manipulation ou de possibilité d’échec sinon nuire à l’image et aux enseignements de l’Islam, c’est de passer pour un hérétique.

Dans l’après-midi, des jeunes gens cagoulés et armés de pierres se sont approchés du rassemblement afin de jeter des pierres sur les manifestants. Selon la presse, il y a eu une cinquantaine de blessés. Ce qui m’a étonné c’est le retard de l’arrivée des forces de l’ordre et ensuite leur façon très douce de faire. Ils ont juste marqué une barrière humaine entre les deux camps et utilisé des bombes lacrymogènes. Les va-et-vient a duré jusque tard dans la nuit. Les jeunes gens qui sont arrivés de la place Tahrir ou d’ailleurs n’étaient pas venus pour faire une contre-manifestation mais pour en découdre. Les motifs peuvent être idéologiques ou financières. Peut-être les deux. En tout cas les frères musulmans auront des grandes épreuves à passer et ils ne sont qu’au début.
Bien évidemment, quand on ne s’est pas préparé à l’échec et que la forte conviction que cette victoire par suffrage universel est divine. Sorte de premier pas vers la restauration du Califat. Il devient très difficile de débattre et d’essayer de faire réfléchir.

Se tromper est humain. Mais dans le cas des Frères Musulmans en Egypte et de tous les mouvements dits islamistes, le tribut à payer sera immense. La population colonisée depuis un siècle et qui subit les affres de consumérisme de la mondialisation reliera inconsciemment l’échec des islamistes en politique à un échec de l’Islam pour la gestion de la chose publique. Les laïques qui ont des exemples de «réussite» en Occident seront en avant-poste pour rappeler au peuple que la place de ce qui lui reste de la religion musulmane devrait rester à la maison et dans les mosquées, preuves offertes par les islamistes lights à l’appui.

Quand le président Morsi a été élu avec juste 52% des voix, il devait comprendre avec tous les cadres de la confrérie que ce n’est pas encore le temps de gouverner. Si bien évidemment la pensée des frères musulmans est la gouvernance par l’Islam. N’avoir que six millions de voix exprimés au premier tour n’est pas suffisant pour gouverner sans troubles et plus accepter un certain nombre de restrictions prescrites par l’Islam, en premier lieu la prohibition de l’usure.

Quand on connait un peu l’histoire de Prophète de l’Islam (PSL) on sait qu’il n’a pas gouverné à la Mecque parce qu’il était minoritaire. On lui a offert la royauté et l’argent afin de laisser tomber la religion et il a bien évidemment refusé. Il n’a gouverné qu’à Médine parce que sa profession de foi a été admise et les principales tribus acceptaient sa gouvernance. C’est pour cela que les attaques répétitives et les trahisons des hypocrites et des tribus juives de Médine n’ont pas porté de préjudice à l’installation et le développement de l’Islam. L’adhésion des croyants à corpus musulman était sans faille. Par conséquent, leur loyauté était totale.

Les temps modernes ont amené avec eux un développement qui n’est pas du tout accidentel, accompagné par une pensée philosophique athée, il fait douter de tout et comme les chrétiens ont fini par diviniser Jésus (PSL) parce qu’il a marché sur l’eau, guérissait les lépreux et ressuscitait les morts, Dajjal continue son travail d’athéisme en glorifiant les découvertes et en faisant miroiter aux humains que le bonheur terrestre est une finalité en soi. Ces derniers manquant de patience et bonne guidance finissent par succomber. Souvent par étapes, dont le passage doux est la sécularisation et son corolaire politique : la démocratie

Mon voyage en Egypte m’a laissé un goût amer. J’ai vu une Fitna (corruption et sédition) qui se met en place. Les laïques minoritaires mais soutenus par les ONG et les administrations occidentales d’un côté et les frères musulmans de l’autre. Ils devraient savoir que le pouvoir sans moyens matériels et sans adhésion populaire à l’idée forte qu’est l’Islam n’est qu’un cadeau empoisonné. Hélas, il est très difficile ne serait-ce que d’inviter à la réflexion des frères qui ont cru à la révolution.


Mercredi 5 Juin 2013


Commentaires

1.Posté par Asçotta WellCaball le 20/07/2013 22:13 | Alerter
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Appâté par le titre, j’ai lu le texte « Tourmentes Égyptiennes », publié
par Alter Info le mercredi 5 juin.
Quelques maladresses ont détérioré légèrement sa forme et son fond
qui me parait quelque peu confus et manqué de substance claire et
précise. Je me suis donc concentré sur ce fond, 4 pages et 1 335
mots qui ont nourri mes réflexions avec bonheur.
Les mots « Dignité, Démocratie et Justice sociale. » et tout de suite
après «Qui sont au fait des mots d’ordre plutôt illuminatifs et francsmaçons.
», m’avaient donné l’impression que ces quatre nobles mots
sont aussi farfelus (Voire aussi péjoratifs) que le sont «illuminatif et
francs- maçons.»
L’affirmation «Bien évidemment, personne ne peut s’opposer…» où
Dignité est remplacée par dignité humaine ; justice sociale par justice
et DÉMOCRATIE par consultation populaire, et «…principes […]
inscrits à longueur de versets dans le Coran», me laissent sur
l’impression que ces principes ne sont défendables par un musulman
que parce que le Coran (Selon une compréhension qui en vaut une
autre) en parle en utilisant des mots presque identiques mais jamais
les mêmes. Or ces principes me semblent UNIVERSELS.
L’analyse me parait avoir été faite avec un certain parti-pris et
quelques aprioris certains.
La suite ? On se soucie de la population qui subit […] et qui «reliera
inconsciemment l’échec des islamistes en politique à un échec de
l’Islam pour la gestion de la chose publique.»
L’échec «de l’islam [et de l’Islam] pour la gestion de la chose
publique» relève de l’évidence et, pour le cas de l’Égypte, cela date,
comme vous le rappelez, de la Campagne d’Égypte au plus tard !...
D’autant que la population subit «les affres du consumérisme et de la
mondialisation» : Une autre preuve de l’échec total de l’islam et de
l’Islam dans la gestion de l’État et de la société !
Je pourrais conclure avec vos mots : la lecture de ce texte «m’a
laissé un goût amer.»
Les frères musulmans contre les laïcs minoritaires mais soutenus par
l’occident d’où risque de LA GRANDE ANARCHIE ou fitna !
«Le pouvoir sans moyens matériels et sans adhésion populaire à
l’idée forte qu’est l’Islam n’est qu’un cadeau empoisonné» !
Alors qu’on vient de lire que les laïcs ne sont qu’une minorité, on
apprend que les frères musulmans ne reçoivent «qu’un cadeau
empoisonné» puisqu’ils sont « sans adhésion populaire à l’idée forte
qu’est l’islam» et sans moyens matériels !
Si l’islam, avec ou sans majuscule, s’il pouvait ne serait-ce
qu’atténuer la gravité de notre mal séculaire, nous ne serions pas en
train d’en discuter ici.
Notre mal séculaire est que nous n’avons JAMAIS SU bâtir des États
avec « check & balance ».
Pour analyser les PROBLÈMES évidents que connaissent l’Égypte
en particulier et le monde musulman en général depuis la nuit des
temps (Averroès est mort en 1198 ; Ibn Taymiyya en 1328 !), il faut
laisser de côté les francs maçons, les conséquences du colonialisme
ancien ou moderne et autre sionisme et impérialisme.
Il faut chercher les causes de la décadence arabe au Moyen-Orient,
décadence qui commença au plus tard avec la première chute de
Baghdâd en janvier 1258 aux mains du petit-fils de Gengis Khan.
Il faut chercher les causes de la décadence musulmane en
Andalousie et en Afrique du Nord, décadence qui commença au plus
tard avec la chute de Grenade en 1492.
Il faut chercher les causes de la décadence musulmane ottomane,
décadence qui commença avec la grande défaite navale de Lépante
en 1571.
Je nous épargne les aussi gravissimes et séculaires problèmes du
monde musulman chi’ite !...Et pour rester avec le sunnite, je peux
continuer ainsi jusqu’à la création de l’État sioniste en mai 1948, la
défaite historique de juin 1967 et…ce que nous vivons en ce début
de la deuxième décennie du premier siècle du troisième millénaire :
Maroc (Mon urgent et, dans l’immédiat, unique PROBLÈME !) Libye,
Égypte, Syrie et ce n’est pas fini !...
À trop vouloir éviter la fitna que nous connaissons depuis ’Uthmann
Ibnou ’Affane et la Bataille du Chameau, et au lieu de concevoir et
mettre en place un État avec « CHECK & BALANCE », nous avons
vécus dans la crainte d’Allah et du Jugement dernier au sein d’Étattribaux
au service de tribus et de leurs ‘ulémas, leurs foqahas et leurs
tolbas.
Cessons d’ânonner que l’islam est un modèle «pour la gestion de la
chose publique» ! Aucun de nos États musulmans n’a jamais reconnu
d’habeas corpus à ses sujets depuis 656.
Ayons le courage intellectuel, politique et moral de reconnaitre que
«l’échec de l’Islam pour la gestion de la chose publique» est une
réalité que notre misérable et honteuse situation d’aujourd’hui prouve
hors de tout doute raisonnable.
Votre respectueuse et toujours affectueuse Asçotta WellCaball.
(793 mots)

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