Société

Théorème de Pasolini : Démonstration. (Fin)


Pasolini connaît les chamboulements sociétaux par lesquels passe une société en reflue matérialiste, passage obligé de l’ère post-industrielle qui s’annonce. Il nous décrit donc notre monde en devenir. Et certains prémices sont déjà là. Pas seulement la radicalisation des classes populaires mais aussi la débauche de ceux qui sont censés veiller sur la morale et pérenniser la vertu. La perdition enfin des tenants des valeurs refuges, comme l’ordre et autorité, incapables d’assumer leur fonction, vitale s’il en est pour une société.


Cide
Dimanche 14 Juillet 2019

Dans Théorème, Pasolini sait bien où il veut en venir. Il n’est pas cependant certain que nous, spectateurs, le saurons. Et pour nous aider dans ce complexe voyage dans l’inconnu, il a trouvé une idée de génie. A chaque fois en effet qu’un processus arrive à maturation, le Requiem de Mozart retentit violemment, alertant que, comme pour le prodige compositeur, une fin est annoncée.
Le choix est on ne peut plus révélateur, dans la mesure qu’il signifie qu’aussi bien l’action que son auteur sont finis.
Puis, tour à tour, la camera renoue avec les occupants de la demeure, échantillon assez représentatif somme toute de la société libérale en pleine croissance. La fille, symbole de la jeunesse et de l’avenir, sombre dans un état léthargique l’éloignant définitivement d’une réalité dont seul ses espoirs déçus lui raccrochent.
La mère, dépositaire naturelle de la vertu et la morale dans la société, sombre elle dans un vice liberticide auquel elle se donne sans mesure, à la folie et jusqu’à la perdition.

Puis vient enfin le père, la force et l’assurance, symbole de l’ordre et l’État, qui lui perd la raison et entame une traversée de désert sans fin.

Or Pasolini connaît bien par sa propre expérience tous les chamboulements sociétaux par lesquels passe une société en reflue matérialiste, passage obligé de l’ère post-industrielle qui s’annonce.
De ce fait, il nous décrit notre monde en devenir. Et certains prémices sont déjà là. Pas seulement la radicalisation des classes populaires dont l’apothéose est ce penchant mystico-religieux suicidaire que la servante Emilia a entrepris. Mais aussi la débauche consumériste de ceux justement qui sont censés veiller sur la morale et pérenniser la vertu. La boucle sera enfin bouclée quand les tenants des valeurs refuges, comme l’autorité et l’ordre, se perdent eux mêmes et deviennent incapables d’assumer leur fonction, vitale s’il en est pour une société.

Conclusion : Pasolni dont la prétention prophétique n’est plus à prouver, a vu juste et son chef d’œuvre n’a pas pris une ride sur un demi siècle. il nous a annoncé pour cause les atermoiements socio-politiques par lesquels nos sommes inexorablement condamnés à subir. Et ce, dans une somme claire et exhaustive dont seuls les intellectuels marxistes de son époque en avaient le secret.

Ces intellectuels qui, bien que totalisants par moment, savaient aussi voir la place de l’un et l’interconnexion qui le régie avec le groupe. Du grand art, en somme.


Dimanche 14 Juillet 2019


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