Sciences et croyances

Souvenirs confus ?


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Rens Van Der Sluijs
Vendredi 21 Mars 2014

Souvenirs confus ?

Réminiscences d'un paysage primordial ?
Þingvellir, Islande.
© Marinus Anthony Van Der Sluijs.


Thunderbolts, Rens Van Der Sluijs, 11 mars 2014


    De nombreuses cultures se souviennent d’une époque froide intenable, qu'elles associent à un âge mythique lointain de « création », alors que le soleil ne brillait pas encore et que le feu n’avait pas encore été conquis.


    Ces légendes, telles que les sagas des Vikings islandais, ne sont guère surprenantes aux plus hautes latitudes, mais présentent une énigme paléoclimatique ailleurs.


    Par exemple, les Cherokee (originaires des bords du fleuve Tennessee), qui devaient être assez habitués aux conditions climatiques extrêmes, affirmaient que le premier feu se cantonnait à un arbre spécial – sans doute un axe du monde (axis mundi) – à une époque de froid persistant :

    « Au début, il n'y avait pas de feu, et le monde était froid, jusqu'à ce que les Tonnerres (Ani'-Hyûñ'tikwalâ'ski), qui vivaient dans le Galûn'lati, envoient leur foudre et mettent le feu dans le fond d'un sycomore creux qui poussait sur une île. ... Cela se passait il y a longtemps. ... Il n'y avait toujours pas de feu, et le monde était froid ... »


    Par la suite, les êtres mythiques parvinrent à conquérir le feu. Pendant ce temps-là, aux latitudes tropicales, les Quiché Maya (Guatemala) racontaient que leurs premiers ancêtres étaient accablés par des événements des plus bizarres pour l'Amérique centrale :

    « Après le début d’une grande averse, le feu des tribus fut étouffé. Et la grêle tomba en abondance sur toutes les tribus, et leurs feux furent éteints par la grêle. Leurs feux ne reprirent pas. ... Et ainsi les tribus se retrouvèrent à nouveau dans le froid. Épaisseur de grêle blanche, sombre tempête et cristaux blancs. Le froid était considérable. Ils furent tout simplement désespérés. À cause du froid, toutes les tribus allaient cheminant, pliées en deux, à tâtons ... »


    Et la nation Bibbulmun (extrême sud-ouest de l'Australie) faisait allusion au « temps de la création » ou époque « ancestrale » (Demma Goomber), « l’époque glaciale Nyitting, d'il y a longtemps ». Comme son nom l'indique, les Bibbulmun se référaient à cette époque passée comme à un âge dominé par un froid sans précédent – et, par conséquent, par un mode de vie sauvage :

    « À cette époque lointaine, l’Australie n'était pas aussi chaude et agréable qu’elle l’est aujourd'hui. Il faisait froid et sombre, et de grands glaciers couvraient bon nombre de collines et vallées. ... "L’époque glacée (nyitting) d’il y a longtemps, très longtemps". De nos jours, dans un pays glacial, les feux sont nécessaires, mais il fut un temps où les Bibbulmun n'avaient pas de feux, et ils devaient manger leur viande crue et boire le sang des animaux qu'ils tuaient pour réchauffer leur corps. »


    Le thème d'une époque froide coïncide avec la notion d'« obscurité primordiale » rapportée universellement, qui aurait précédé la formation de l'environnement naturel actuel. Autre thématique associée : la Terre embryonnaire était trop boueuse et humide, conséquence inévitable de la supposée immersion originelle de la Terre dans les eaux primordiales. En outre, l’humidité du sol est souvent associée aux conséquences du déluge, à la première apparition de l'homme et du Soleil. Bien que les chercheurs semblent ne jamais avoir creusé, et encore moins considéré ces sujets, la littérature en regorge d'exemples. En voici une sélection.


    Le géographe grec Pausanias (de 110 à 180) semble avoir admis que « c'est grâce au réchauffement de la Terre ancienne, à l’époque où elle était toujours humide et saturée d’eau, que le Soleil a fait les premiers hommes ». Le Yorùbá (Nigéria) déclara que « le monde n’avait rien, sauf de la boue, et était tout à fait inapte à la vie à la suite de l'inondation » :

    « ... Au début, le monde était un lieu désert, marécageux et aquatique. Au-dessus, était le ciel où Ol-orun, le propriétaire du ciel, vivait avec d'autres divinités. Les dieux descendaient parfois pour jouer dans les terrains marécageux ... Mais il n'y avait encore aucun homme, car il n'y avait pas de sol solide. »


    Les Zuñi (Nouveau-Mexique) se souvenaient d’un âge mythique, « à l’époque où la Terre était molle ». Selon les Keres (Santa Ana et Santo Domingo, au Nouveau-Mexique) : « Le monde était encore humide et mou jusqu'à ce que le Soleil, le père des dieux jumeaux de la guerre, l’assèche et le rende habitable ». Les Diné (région de Four Corners, à la frontière de quatre États : Colorado, Nouveau-Mexique, Arizona et Utah) étaient d’accords : « Au début, la Terre recouverte d'eau était un lieu humide et désagréable ... » Selon une tradition des Arikara (Dakota), la descente des premiers peuples échoua sur Terre, à cause de l'humidité des sols après le déluge : ils furent déposés brutalement sur la Terre, et comme le sol était encore humide avec l'eau qui la recouvrait, ils sombrèrent tous dans le sol mou. Selon les Quiché Maya, la surface de la Terre ne fut asséchée qu’après le levé du premier Soleil, qui était ardemment chaud :

    « Et puis la surface de la Terre fut séchée par le Soleil. En se laissant voir, le Soleil était comme un personnage. Sa face étant ardente, il assécha donc la surface de la Terre. Avant le levé du Soleil, elle était détrempée, et sa surface était boueuse avant que le Soleil se lève. »


    Les Barkindji (ouest de la Nouvelle Galles du Sud, Australie) ont conservé la croyance selon laquelle « Les roches étaient molles ». Les Kogi (Colombie) disaient : « À l'aube, l'univers était toujours « mou », « humide comme l'argile » ... Et les Nivaklé (Paraguay et nord-ouest de l’Argentine) racontaient que le sol des origines « était encore mou, comme de la cire, collante » ... Le sol était toujours mou ; l'eau venait juste d’être tarie, et le Soleil n'était pas encore sorti. ... Après deux jours, le Soleil sortit. ... Le sol devint de plus en plus ferme, parce que le Soleil était sorti. Le premier jour de la sortie du Soleil, il commença à s’assécher peu à peu, mais comme le Soleil brillait de plus en plus, le sol devint plus dur chaque jour. ... Quand la Terre fut changée, le Soleil sortit, après deux jours et commença à sécher la Terre ».


    Plutôt que le souvenir largement répandu des cultures à l’époque sombre, froide et détrempée de la Terre, il faudrait trouver une explication élégante impliquant la fin des conditions glaciaires, au moment où l’immense chape de glace de la Terre commença à fondre en de nombreux endroits, bien que les températures demeurassent basses et la lumière du Soleil faible. Bien entendu, il faut rajouter l’observation selon laquelle, dans le langage mythique, « terre » et « peuples » ne sont pas toujours à prendre au sens littéral ; dans certains cas, la « Terre » nouvellement créé et ses habitants semblent faire allusion à une structure complexe séparée vue dans le ciel, sans doute constituée de plasma. Bien que confuses, ces eaux font partie intégrante de la même trame mythique que la documentation citée ci-dessus et ne sont pas nécessairement contradictoires.


    Quoi qu'il en soit, un lien avec la fin du « dernier âge glaciaire » ferait remonter ces mythes à il y a 10.000 à 15.000 ans pour certains. Cette fourchette d'âge semble bien plus raisonnable que la dernière opinion de Michael Witzel, indianiste de Harvard, pour qui les mythes de la création du monde datent d’environ 40.000 à 100.000 ans. Certes, les âges d'une ancienneté aussi stupéfiante sont bien moins probables. Quand comprendrons-nous les signes indéniables montrant que la création des mythes est récente ?



Original : www.thunderbolts.info/wp/2014/03/11/muddy-memories-2/
Traduction copyleft de Pétrus Lombard



Vendredi 21 Mars 2014


Commentaires

1.Posté par nazir777 le 21/03/2014 09:38 (depuis mobile) | Alerter
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C''EST bien domage! qu''a se jour il ne se trouve plus personne pour nous parler de notre passer ; du développement passer de notre humanité et de la terre; l''ère (Polaire),(l''yper-boréhènne),(la lemurie),(l''atlantide)...

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