Proche et Moyen-Orient

Sérieuses inquiétudes pour la Turquie



Gilles Devers
Mercredi 13 Janvier 2016

Après le terrible attentat d’Ankara au cœur de la capitale et juste à côté des ministères, voici celui de Sultanahmet la très protégée zone touristique d’Istanbul, entre la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie, à quelques centaines de mètres du Grand Bazar. Terrible litanie : Istanbul, déjà, le 6 janvier 2015 ; Diyarbakir le 5 juin ; Suruç le 20 juillet ; Ankara le 10 octobre… La leçon est claire : les terroristes montrent qu’ils peuvent frapper là où ils veulent.

Ce soir, à Istanbul, l’inquiétude est pesante car la grande crainte est de voir deux guerres, celle avec les séparatistes kurdes et celle de Syrie, contaminer le pays. Autant la France est en guerre avec personne, si ce n’est avec les illusions de la politique de la peur, autant la question se pose désormais en Turquie. La catastrophe n’est pas pour demain, mais en revanche, les questions sont là. Elles sont lourdes, et le pouvoir politique doit répondre.

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Sur le plan intérieur, c’est plus que tendu. La question kurde est au cœur des enjeux politiques, et sans qu’il soit besoin ici de s’interroger sur les responsabilités, il suffit de faire le constat : c’est l’armée contre les groupes séparatistes armés. Dans le même temps, lors des législatives de cet été, pour tenter de briser le parti pro-kurde démocratique, le HDP, dont les bons résultats bloquaient le rêve de majorité des deux tiers pour l’AKP, ce que aurait permis la réforme de la constitution, Erdogan a fait le choix de la tension avec la communauté kurde. Actuellement, le HDP fait l’objet de procédures judiciaires peu convaincantes, alors que la Turquie a été condamnée hier par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions dans lesquelles  elle avait dissous un précédent parti pro-kurde, le DTP.

En politique étrangère, le constat fait par tous les observateurs est que la Turquie est désormais très isolée.

Ahmet Davutoglu, aujourd’hui premier ministre, avait, lorsqu’il était l’influent ministre des affaires étrangères, théorisé la politique du « zéro problème avec nos voisins ». Aujourd’hui, toutes ces relations sont carbonisées : Grèce, Irak, Iran, Egypte, Syrie… Et pour finir la Russie, avec l’attaque du chasseur.

De longue date, l’Europe a eu le grand tort de rejeter la Turquie, et donc de la projeter vers l’Orient. Il n’y a eu en Europe aucune considération pour un rapprochement avec la Turquie, qui pouvait alors être un atout pour la stabilité.

Au Moyen Orient, le seul appui turc est la sans scrupule Arabie saoudite, qui embarque la Turquie dans des choix impossibles après l’exécution du leader chiite, le 2 janvier. Privé de gaz par les Russes, Erdogan s’est engagé dans un rapprochement avec Israël… Et pour tenter de tourner la page d’un soutien large aux groupes armés de Daech ou proches de Daech, la Turquie – membre important de l’OTAN – a cet automne 2015 ouvert ses bases militaires à l’aviation des États-Unis. Est-ce une politique étrangère ?

Hier soir, peu d’informations circulaient sur la réalité de l’attentat d’Istanbul, si ce n’est pour reconnaître l’œuvre de Daech, d’où la crainte de la contamination avec la guerre de Syrie.

La Turquie et la Syrie sont très proches, avec 800 km de frontières, et surtout du fait de leur histoire, depuis des siècles, et de la proximité des populations. De plus, la Turquie accueille près de 2 millions de réfugiés dont de nombreux Syriens, sans doute un foyer pour des groupes activistes.

Lors des élections du mois de juin, le peuple turc s’est clairement exprimé pour consacrer la place d’un parti pro-kurde démocratique, déplorer une opposition de gauche divisée et abonnée à toutes les défaites électorales, laisser l’AKP en tête, mais sans majorité et après un sévère avertissement. C’est sur cette base qu’il faut construire, et le débat se focalise sur les instances dirigeantes de l’AKP : passer en force ou savoir trouver les compromis.  


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Mercredi 13 Janvier 2016


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