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Sarkozy, Royal, Bayrou: la campagne vue de Moscou


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La lutte électorale prend de l'ampleur en France. Selon les sondages de l'Institut Ipsos, Nicolas Sarkozy (29,5%), président de l'UMP au pouvoir, et la candidate socialiste Ségolène Royal (25,5%) restent favoris. François Bayrou, leader des centristes (20,5%) s'est soudain rapproché d'eux ces dernières semaines. Les chances de Jean-Marie Le Pen (Front national) sont considérées comme insignifiantes (12,5%). Il convient d'analyser les élections en France dans le contexte des prochains changements dans d'autres pays et de se demander comment cela influera sur les rapports entre les Etats européens et la Russie.


Olga Soukhova
Vendredi 30 Mars 2007

Par Olga Soukhova, commentatrice du site rian.ru



L'absence de leader évident retient l'attention dans cette campagne électorale. Bien entendu, les positions de Nicolas Sarkozy sont les plus fortes, mais son succès est mis en doute par la montée vertigineuse de la popularité de François Bayrou. Ségolène Royal, dont les positions se sont un peu affaiblies depuis son investiture officielle, reste tout de même une concurrente assez forte pour l'ex-ministre de l'Intérieur. Bref, dans tous les cas de figure, l'écart sera minimal. La même situation a été observée ces derniers temps lors des élections dans plusieurs grands pays européens: en Allemagne, en Italie et en Suède, le gagnant l'a emporté en recueillant une majorité insignifiante très serrée.

Comme l'explique Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue "La Russie dans la politique globale", Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se disputent les voix des centristes. En outre, le candidat de l'UMP essaie de s'attirer les faveurs de l'électorat d'extrême-droite, et la représentante du parti socialiste tente de flirter avec l'extrême-gauche. Ce double jeu est inévitable, estime Iouri Roubinski, directeur du Centre d'études françaises de l'Institut de l'Europe de l'Académie des sciences de Russie: "Il est vrai, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont tous les deux un profil inhabituel - elle est une femme, il est le fils d'un immigré n'ayant pas une seule goutte de sang français, mais ils n'ont pas de distinctions radicales". Leurs programmes sont traditionnels: les réformes sociales, la protection de l'ordre public, etc. C'est pourquoi ils cherchent à séduire un certain électorat: Nicolas Sarkozy, celui de Le Pen, Ségolène Royal, les communistes et les trotskistes. Et cela les affaiblit".

Cet affaiblissement se manifeste dans l'accroissement de la cote de popularité de François Bayrou qui, selon les sondages, a réussi à pratiquement doubler son électorat ces deux derniers mois. Bayrou est le résultat de la déception suscitée chez les Français par la gauche et la droite. Mais le centre n'est pas une force indépendante, estime l'expert, par conséquent, il est prématuré de prédire une victoire du leader centriste au second tour (à condition bien sûr qu'il y participe). "Sarkozy n'est pas Le Pen et, d'ailleurs, une bonne partie de la gauche n'est pas prête à voter Bayrou uniquement pour lui barrer la route. En 2002, Jacques Chirac a recueilli 82% grâce à la participation de Le Pen au second tour. Mais Nicolas Sarkozy ne suscite pas autant de craintes", affirme Iouri Roubinski.

Comment les résultats des élections influeront-ils sur les rapports entre Paris et Moscou? "Jacques Chirac a réussi à maintenir les relations avec Moscou à un niveau élevé, malgré l'état d'esprit de ses concitoyens qui ont une attitude défavorable à l'égard de la Russie, souligne Alexandre Ignatov, un des présidents de l'Association des amis de la France. Un homme nouveau, quel qu'il soit, n'aura pas un tel prestige, un tel courage et une telle expérience pour faire ce qu'il juge nécessaire de la manière dont il l'entend. Le départ de Jacques Chirac, de même que celui de Gerhard Schröder, entraînera, sinon une détérioration, en tout cas un certain refroidissement dans les rapports avec Moscou".

Il est à noter qu'en Italie, après l'arrivée au pouvoir du centre-gauche avec à sa tête Romano Prodi et en Allemagne, après l'arrivée au pouvoir des partis de droite avec à leur tête Angela Merkel, une situation semblable s'est créée en ce qui concerne l'attitude à l'égard de la Russie: la coopération se développe comme par le passé, mais sans la chaleur politique d'antan. Iouri Roubinski se dit certain que le successeur de Jacques Chirac se comportera de la même façon: les relations ne subiront pas une crise, mais il n'y aura plus de "déclarations d'amour".

Qui plus est, M. Roubinski juge nécessaire de considérer le changement de politique étrangère de Berlin et Paris dans l'optique du changement de pouvoir en Grande-Bretagne où, en 2007 déjà, l'actuel ministre des Finances Gordon Brown succédera à Tony Blair au poste de premier ministre. "Les positions de Gordon Brown sont faibles aussi bien dans le pays qu'au sein du parti, c'est pourquoi on ne sait pas s'il pourra maintenir le statut européen de principal compagnon d'armes des Etats-Unis", poursuit le directeur du Centre d'études françaises. Mme Merkel a fait preuve de sagesse politique en "reprisant" les relations avec les Etats-Unis, il est peu probable que Nicolas Sarkozy ne profite pas du changement de pouvoir à Londres, estime Iouri Roubinski. D'autant plus que ce dernier a maintes fois manifesté sa tendance atlantiste, notamment au cours de ses nombreux voyages aux Etats-Unis.

En ce qui concerne la victoire éventuelle de Ségolène Royal, dans ce cas, il ne faut pas non plus s'attendre à une chaleur des contacts politiques, car la gauche critique traditionnellement la Russie pour la situation dans le domaine de la défense des droits de l'homme. Bref, les rapports russo-français connaîtront une certaine évolution, dont l'orientation sera claire après l'achèvement du cycle électoral, la présidentielle étant suivie par les élections législatives. Les experts sont unanimes à estimer que tout candidat qui l'emportera placera au premier plan l'édification européenne. Même une intensification possible des contacts avec les Etats-Unis doit être considérée dans le contexte de l'objectif de confirmer le leadership français dans l'UE. "Les Européens comprennent parfaitement que, avec des Etats-Unis pas forcément hostiles, mais tout de même malveillants, il sera très difficile de compter sur des succès en matière d'intégration européenne, car les Etats-Unis ont beaucoup de leviers pour mettre en échec une véritable unification politique de l'Europe", résume Fedor Loukianov.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 30 Mars 2007

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