Proche et Moyen-Orient

Révolution islamique et Printemps arabe : le succès de l'une, le raté de l'autre .


Dans la même rubrique:
< >

Lundi 13 Août 2018 - 08:06 Les racines de la crise monétaire en Turquie


Tandis que Khomeiny fit passer devant le même peloton d’exécution tous les chefs supérieurs de l’armée du Shah (Photo), les Frères musulmans, eux, recherchaient des vertus révolutionnaires chez des généraux corrompus. Pourtant, pas un seul général de l’armée de Moubarek ne mérite pas la potence à défaut du peloton qui, lui, se mérite. On peut dire autant des anciens ministres de Ben Ali, en Tunisie, ou ceux d'Abdallah au Yémen.


Cide
Jeudi 30 Octobre 2014

Révolution islamique et Printemps arabe : le succès de l'une, le raté de l'autre .
Il est certes extrêmement difficile de spéculer sur les tournures que peuvent prendre ces chaotiques processus que sont les révolutions. Certes, aussi, le Printemps arabe est toujours au début de sa moisson. Et ses résultats, quoique mitigés par endroits, sont généralement positifs. Seulement, l'effet révolutionnaire n'est pas nouveau. Mieux, on a une multitude d'exemples qui sont tous à mêmes de nous éclairer davantage sur ce si mystérieux mécanisme.
D'abord, historiquement. Entre les deux phases de la révolution anglaise d'une part et la révolution française de l'autre, la différence est en effet parlante.
Le jusqu'au boutisme jacobin, aura au moins pour assurance, point de retour en arrière. Sur ce point on ne peut que lui en savoir gré. Tandis que les tergiversations anglaises n’avancèrent que pour mieux reculer.
Et bien que Cromwell décapita le roi Charles 1er, il n'est pas étonnant de voir aujourd’hui une monarchie britannique et une république en France.
Car le roi anglais ne fut que le fruit d'un arbre, resté en place. Sitôt le Lord Protecteur mort, un autre roi encore plus revanchard et plus haineux reprendra le relais de son défunt père.
C'est justement ce que les Jacobins comprirent et prirent à leur compte.
Il a fallu donc «  labourer profond », selon le mot-programme d'Adrien Duport. Désormais la seule tête du roi ne suffit plus, tout l'arbre dont il est le fruit doit-être abattu. Et, s'il le faut, la guillotine aidant, déraciné et replanté ailleurs. Sur ce point particulièrement, les révolutionnaires ne manquèrent pas de lucidité. Saint-Just, argumenta que, pour raison, Ceux qui font les révolutions à demi, ne font que creuser leurs tombeaux. La messe est donc dite. Cela étant rappelé, venons-en maintenant à un autre sujet de comparaison, actuel celui-là. Commençons par constater que le succès de Khomeiny et sa révolution islamique s'inscrivent bien dans l' intransigeance révolutionnaire jacobine. Bien que quelque peu opportuniste, la révolution islamique a su en effet canaliser toutes les forces progressistes hostiles au Shah et qui, pour certaines d’entre elles, luttaient depuis longtemps avec un cortège beaucoup plus conséquent de morts, prisonniers, torturés et martyres. Autant dire qu'elles avaient toutes une légitimité historique et une reconnaissance sociale dans l'opposition aux forces obscures qui hantent la Cour impériale, du moins autant que le mouvement religieux regroupé derrière l'imam.
Que fait-il qu'il s'est donc naturellement imposé comme une alternative crédible et convaincante ? Il est incontestable que sa fermeté frôlant souvent l’excès y fut pour beaucoup. Dans son esprit, comme dans ses actions, la partie adverse doit payer maintenant et lourdement s'il le faut. Plus de sang bleu. Plus de révérence. Deux concepts de domination souvent intériorisés par les dominés, s'ils ne sont pas carrément sacralisés. D’où son application d’une justice sommaire qui se réduit souvent aux exécutions massives de cadres et officiels du régime du Shah ou de personnes présentant des liens même ténus avec l’ancien régime. A l'instar de la terreur française, celle-ci n’épargna même pas les alliés d'hier. Un véritable nettoyage de personnes, de principes, de l'air et même de cette odeur pestilentielle que les régimes moribonds laissent souvent derrière eux. Autant dire qu'elle fut bien une révolution. Pour le Printemps arabe, les choses sont tout autres. En vérité, on ne se soustrait pas complètement à son éducation, notamment celle qui exhorte au respect aux aînés et surtout à la Clémence envers le « chef vaincu ». Nobles vertus moraux, certes, mais néfastes vices socio-politiques. Pas étrange donc que, de l’Égypte à la Tunisie en passant par le Yémen, aucune condamnation capitale n'eut été prononcée ou exécutée. Pourtant ce ne sont pas les candidats qui manquent. Autant dire que le sang bleu est sauf et la révérence de mise. Conséquence, en Égypte les militaires reviennent de plus pernicieux et plus sanguinaires. Alors qu'en Tunisie la vieille cour du roi déchu est à la fête. De même qu'au Yémen où l'ancien régime revient par la fenêtre, en plus sournois et plus comploteur. En fait le contraste se révèle ici  : tandis que Khomeiny fit passer devant le même peloton d’exécution tous les chefs supérieurs de l’armée du Shah, les Frères musulmans, eux, recherchaient, une fois encore, des vertus révolutionnaires chez des généraux corrompus. Pourtant, pas un seul général de l’armée de Moubarek ne mérite pas la potence à défaut du peloton qui, lui, se mérite.
On peut dire autant des anciens ministres de Ben Ali, en Tunisie, ou ceux d'Abdallah au Yémen.

Et c'est ainsi que les peuples de ces pays auront de nouveau à s'engager dans un round de lutte qui risque fort bien de s’avérer plus difficile et plus meurtrier que le précédent. Une chose cependant est certaine : les Libyens et les Syriens n'auront pas eux un tel dilemme, tellement leurs dictatures sont totalisantes et abjectes. Et si c’était ça déjà de gagné ?


Jeudi 30 Octobre 2014


Commentaires

1.Posté par Hamid le 30/10/2014 14:43 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Ce n est que le début!!

2.Posté par Depositaire le 31/10/2014 11:58 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Curieuse conclusion de cet article. Si la Libye était sous l'emprise de la dictature de Kadhafi, il n'en demeure pas moins qu'elle était un pays remarquablement évolué au niveau social et économique et qui 'avait pas son pareil dans le monde. On ne peut pas dire que le chaos qui a résulté de la destruction du pays par les occidentaux sur les bases d'un mensonge éhonté, soit un modèle du genre !!!

Quant à la Syrie, si Bachar el Assad n'est sans doute pas dénué de reproches, on ne peut pas dire que ce pays était aux prise d'une effroyable dictature ! Et depuis trois ans, la Syrie se bat courageusement contre des bandes de mercenaires pays par l e Qatar et l'Arabie saoudite, armés, convoyés hébergés, entrainés par les USA, l'Angleterre, la France, israël, la Turquie et même la Jordanie qui héberge des camps de mercenaires.

Il faudrait que ce monsieur "cide" révise un peu son histoire au lieu de ressortir la propagande de l'Otan et des wahhabites.

Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES


Publicité

Brèves



Commentaires