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Révolution du jasmin: La présomption d'innocence ne doit pas constituer un alibi


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Le président tunisien par intérim, Fouad Mebazza, a annoncé mercredi 9 février 2011 « l'ouverture d'un dialogue national et demandé à ses compatriotes de faire preuve de patience pour voir s'améliorer leurs conditions de vie…et a promis l'ouverture prochaine de négociations sociales à l'échelle nationale avec tous les secteurs de la société ».


Hatem Karoui
Vendredi 11 Février 2011

Révolution du jasmin: La présomption d'innocence ne doit pas constituer un alibi
Pour ma part j’aurais voulu qu’il annonce parallèlement aux commissions
déjà créées, une autre chargée d'évaluer les pertes pour l’économie
tunisienne de fuites illégales de capitaux et pour la mise en place d’une
stratégie planifiée de récupération de ces capitaux dans les plus brefs
délais.
En fait, cette stratégie est basée en premier lieu sur l’évaluation des
pertes précises pour l’économie tunisienne du fait de ces fuites à partir
de l’appel à comparaitre devant la justice et l’interrogation de toutes les
personnes suspectes ayant occupé des postes clé en Tunisie et à partir de la
recherche des moyens pour arrêter tous les suspects en fuite à l’étranger.
Quand on entend que la croissance économique de la Tunisie aurait pu
atteindre celle de l’Inde en gagnant deux points pour être située aux
alentours de 7% du PIB à partir de la récupération des capitaux dilapidés,
on aimerait que les économistes nous disent comment concrètement ils ont
abouti à ces chiffres.
J’entendais également l’autre jour dans un débat qu’ils fallait
capitaliser les retombées favorables de ce sympathique mouvement
révolutionnaire pour prendre son bâton de pèlerin et quémander auprès des
pays arabes du golfe une assistance financière…Ne vaut-il pas mieux commencer
par ramener au pays les fonds dérobés au peuple par ce magma de voleurs et de
criminels ?
Je suis atterré de constater que l’action du gouvernement provisoire tarde
paradoxalement à se mettre en branle pour y aboutir. Des commissions ont bien
été créées pour pour déterminer l'origine des récents troubles et des
malversations commises du fait de la corruption, mais il ne faut pas être un
génie pour découvrir que la tache qui lui est assignée et le nombre de
dossiers qu’elle a à traiter dépasse largement leur capacité et qu’il
faudra peut-être attendre un an ou deux pour évaluer les dégâts causés et
à en déterminer les coupables.
Ces commissions présidése certes par des personnes compétentes possèdent
un caractère consultatif. De plus elles n’ont pas à rendre compte à un
tribunal indépendant, mais au gouvernement. Or quand on entend le ministre de
la justice sous-qualifier les accusations portées à l’encontre des «
familles » pour les rendre insignifiantes jusqu’à friser le ridicule, on se
pose des questions sur la légitimité et l’impartialité de ce gouvernement
provisoire. Quand on observe que sur les 24 gouverneurs désignés, 19
appartiennent au précédent parti au pouvoir déchu et quand on remarque de
manière évidente que cette désignation est loin d’emporter l’unanimité
on se demande s’il ne s’agit pas d’une manœuvre dilatoire pour faire
pourrir la situation. Quand on constate que les membres de la chambre des
députés et ceux de la chambre des conseillers n’ont pas été derechef
destitués on se pose des questions sur l’étendue de la marge de manœuvre
dont dispose un gouvernement en apparence fragile et faible.
L’espace du ministère de l’intérieur, symbole de l’attribut de la
souveraineté, a été investi pour menacer le ministre. Est-il possible que
jusqu’à ce jour les enquêtes n’aient pas déterminé l’identité des
coupables et n’aient pas permis de les arrêter ? Les snippers qui ont abattu
de sang froid les manifestants n’ont pas été identifiés ? Ne les a-t-on pas
interrogés sur leurs mobiles et sur ceux qui leur ont donné l’ordre de tuer
?
Certes, depuis la glorieuse date du 14 janvier, seulement quelques semaines
ont passé, mais on ne voit pas ce qui aurait empêché de prendre des mesures
énergiques et d’accélérer en premier lieu la prises de mesures
structurelles pour rendre la justice indépendante et désigner un magistrat
directement responsable du dossier des actes criminels.
D’ailleurs le dossier des biens mal acquis n’est pas moins entaché de
gravité. Le juge qui sera désigné se sera dépêché de prendre des mesures
conservatoires vis-à-vis de certains projets vaseux similaires à ce cette
fameuse opération de déclassement des zones archéologiques pour y installer
un projet immobilier somptueux.
Certaines personnes complices de détournement de biens publics continuent à
se déplacer librement en Tunisie sans être inquiétés ni interrogés.
Comprenons le : Il ne s’agit pas d’instaurer une chasse aux sorcières ou
une vindicte populaire mais les Tunisiens ont besoin d’obtenir rapidement des
réponses l'identité des criminels, la manière dont ils ont été pillés et
sur l’étendue du pillage, et faire preuve de complaisance par rapport à ceux
sur qui pèsent de lourdes accusations n’est pas loin d’être assimilable à
de la complicité.
Le gouvernement fait semblant de dire qu’il existe un ordre de priorité
pour traiter les questions en suspens. Il s’attache à travers les dossiers
télévisés à peaufiner à travers une opération de public relations et de
communications les questions relatives au développement. Ce sont naturellement
des questions primordiales et il est nécessaire d’évaluer les dégâts micro
et macroéconomiques auxquels fait face la Tunisie du fait des spoliations
multiples causées à son peuple. Mais ce dernier demande aussi des comptes aux
responsables de cette gabegie et il est contreproductif de retarder
indéfiniment le moment de vérité. Il n’est d’ailleurs pas nécessaires
que les criminels soient présents et on peut très bien commencer leur procès
en leur absence et au besoin les condamner par contumace sur la base de
témoignages on ne peut plus accablants.

Retarder cette échéance correspond à ne pas honorer la mémoire des
victimes de la révolution et faire en sorte par une action sournoise et
délibérée de faire baisser la tension et la colère vis-à-vis de bandits de
grand chemin se mouvant dans une complète impunité.  
La présomption d'innocence ne doit pas constituer un alibi pour tromper le
peuple et on ferait mieux par commencer de s’en souvenir…


Vendredi 11 Février 2011


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