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Retour de Manuel Zelaya au Honduras après le coup d’Etat : de la désinformation à l’oubli ?


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Ugo Palheta
Lundi 6 Juin 2011

Retour de Manuel Zelaya au Honduras après le coup d’Etat : de la désinformation à l’oubli ?
Le 28 juin 2009, le président élu de la république du Honduras, Manuel Zelaya, était arrêté par des militaires. Contraint à l’exil durant seize mois, il vient finalement, comme le relève le site du Courrier International, de rentrer dans son pays, profitant de la décision d’une cour d’appel d’annuler les poursuites à son encontre pour corruption et haute trahison, et d’un accord de « réconciliation nationale » ] signé avec l’actuel président, Porfirio Lobo.
 
Une occasion pour les médias français d’informer sur la situation politique dans ce pays d’Amérique centrale, près d’un an et demi après le putsch ? Malheureusement non : conformément au fameux théorème de Pernaut [1 ], la quasi-totalité des grands médias ont au contraire observé un quasi-silence sur ce retour du président chassé. Retour sur deux ans d’incurie médiatique.
Nous avions montré dès juillet 2009 que les médias français avaient pris soin de ne pas condamner le coup d’Etat. Pour ne prendre que deux exemples (mais l’on pourrait également revenir sur la dépêche AFP, elle-même truffée d’erreurs), si Le Monde s’était « contenté » de montrer une bienveillance compréhensive envers les militaires, Libération avait repris telle quelle l’argumentation des putschistes en titrant notamment : « Manuel Zelaya, le putsch au crime ». Le prétexte ? Une violation imaginaire de la Constitution par le Président Zelaya et une présentation totalement biaisée de ses initiatives.
Posant régulièrement en vertueux défenseurs de la démocratie, ces deux médias s’étaient ainsi rendus coupables de justifier – implicitement ou explicitement – une initiative militaire visant à renverser un président élu. Contradiction difficile à assumer, sauf si l’on parvient à convaincre que ce coup d’Etat permettait de sauver la démocratie et/ou de garantir les droits démocratiques. C’est à imposer cette conviction que s’étaient employés les deux médias en question, faisant des militaires incriminés les gardiens scrupuleux d’une constitution prétendument « violée » par Zelaya (pour reprendre l’expression de Libération).
En l’occurrence, ce dernier était accusé d’avoir voulu organiser un référendum lui assurant la possibilité de se faire réélire, contrairement à la constitution actuellement en vigueur au Honduras. Comme nous l’avions montré dans notre article, une telle affirmation – répétée en boucle – ne constituait pas une approximation, coupable mais superficielle, mais un véritable mensonge par omission qui faussait totalement la compréhension des enjeux politiques. Plutôt que d’informer de manière précise sur le contexte institutionnel et politique propre au Honduras, ce qui les aurait obligés à revenir sur l’origine et le contenu du tournant politique opéré par Zelaya au cours de son mandat, les médias français s’étaient donc contentés pour l’essentiel d’entériner le coup d’Etat en reprenant les discours de justification formulés par les putschistes.
Deuxième acte : le gouvernement putschiste avait organisé fin novembre 2009 des élections afin d’entériner et de stabiliser la situation issue du coup d’Etat militaire. Si l’on comprend aisément que les Etats-Unis, dont les intérêts économiques sont importants au Honduras, se soient empressés de saluer le résultat (parlant d’un « pas en avant » pour le « peuple du Honduras »), il est pour le moins surprenant que Libération, persistant dans la veine décrite plus haut, ait prétendu que cette élection avait « validé » le coup d’Etat, comme nous le relevions dans un second article.
Un coup d’Etat validé a posteriori par une élection ? Pour soutenir cette incongruité, il suffisait alors à Libération de minorer non seulement le taux d’abstention, mais aussi, ceci expliquant pour partie cela, de faire silence sur les conditions de cette élection sur lequel aucun organe de presse en France ne s’était pressé d’enquêter : Libération notamment ne mentionnait à aucun moment les critiques graves portées contre les gouvernements qui se sont formés après le coup d’Etat militaire. Ces derniers étaient accusés, comme on pouvait le lire sur le site du Courrier International, d’avoir organisé la répression systématique des partisans de Zelaya, y compris sous la forme d’exécutions sommaires, et en s’appuyant sur une presse possédée en grande majorité par de grands groupes privés acquis au gouvernement putschiste ou, pour ce qui est des médias d’opposition, muselée par des milices sous la coupe du grand propriétaire terrien, comme le relevait Reporters sans frontières, Miguel Facussé Barjum.
Troisième acte : Manuel Zelaya vient de revenir, le samedi 28 mai 2011, au Honduras. C’est peu dire que ce retour n’a guère attiré l’attention des médias français. L’AFP a pourtant publié ce jour-là un article sur un retour que l’Agence qualifiait d’ailleurs de « triomphal ». Les médias écrits se sont contentés de reprendre, sur leurs sites internet, cette dépêche sans la modifier et sans apporter d’autres éléments permettant de saisir ce qui constitue pourtant un tournant dans la situation politique hondurienne, obtenue grâce la pression de l’OEA (Organisation des Etats Américains), que le Honduras devrait réintégrer rapidement. Un tournant et une victoire pour les peuples latino-américains épris de liberté. Seul Le Figaro.fr (nous n’avons pas pu vérifier sur la version imprimée), sur le blog de Patrick Bèle (en charge de l’Amérique latine pour le journal), a proposé une analyse de ce retour en fournissant une remise en contexte, certes contestable mais effective.
Après le non-événement du coup d’Etat, un autre non-événement ? C’est si loin le Honduras, et si petit…
Ugo Palheta

Notes

[1 ] Qui s’énonce de la manière suivante : « Vous voulez des nouvelles sur le Venezuela ? Regardez la chaîne vénézuelienne. Sur le Soudan ? Regardez les chaînes africaines » (déclaration dans Télérama, le 9 décembre 1998


Lundi 6 Juin 2011


Commentaires

1.Posté par kim le 06/06/2011 18:08 | Alerter
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Ce sont ces deux journaux de gauche (Le Monde et Libération) qui donnent la "marche à suivre" à tous les autres journalistes des grands médias audio-visuels (radios et TV). Seuls y échappent des journalistes (peu nombreux ) de quelques journaux régionaux et ceux du journal "Le Figaro".
Ils sont les détenteurs de ce qu'on appelle "la pensée unique" et le "politiquement correct".

2.Posté par SEPH le 06/06/2011 19:13 | Alerter
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Le Monde et Libération sont deux journaux sionistes complètement pourris, des machines à laver les cerveaux

3.Posté par Saint Just le 06/06/2011 22:04 | Alerter
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Posté par SEPH
Le Monde et Libération sont deux journaux sionistes complètement pourris, des machines à laver les cerveaux



Malheureusement, ils ne sont pas les seuls. Les médias sont des instruments de désinformation et de manipulation des peuples.

Les journalistes qui ont vendu leur âme sont les complices des voyous qui nous gouvernent.

Ils devront partager leurs fautes et leur sort.

Bientôt ils paieront le prix de leurs actes car aucune injustice ne dure pour l'éternité.





4.Posté par bibi le 07/06/2011 08:51 | Alerter
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a kim
le figaro pourfendeur de la pensée unique ? ce n'est pas serieux. aujourd'hui tout le monde dennonce cette fameuse pensee unique les reactionnaires de droite comme ceux de gauche , ceux de droite disent que la pensee unique empeche de reformer la france (dans le sens des interets privés et des riches ) les acquis sociaux ,les conditions de travail ,le droit de greve. etc tout ca 'cest de la pensée unique ,c'est francais comme ils disent ces toutous de wall street . quand a la gauche elle utilise cette formule stereotypée pour un oui et pour un non mais souvent pour faire admettre a son camp que la droite n'a pas tout a fait tort

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