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Responsabilités historiques : La démocratie maintenant !


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Tariq Ramadan
Mercredi 9 Février 2011

Responsabilités historiques : La démocratie maintenant !
La question majeure de ce nouveau siècle musulman qui s’annonce portera
certainement sur la possibilité de cohabitation entre cette Démocratie que
tout le monde appelle de ses vœux et l’existence dans la marche pour son
instauration de certains partis politiques d’inspiration musulmane, voire
islamiste. Autrement dit lever une fois pour toute le voile sur cette
ambiguïté qui prime quand il s’agit de la compatibilité entre la
Démocratie et l’Islam et qui, actuellement, est source de ce scepticisme
prudent devant cette révolution arabe qui fait encore rage.  


Bien évidement des intellectuels occidentaux qui, ignorant  la dynamique
sociocritique des sociétés musulmanes, alimentent ce scepticisme en
s’agrippent, souvent,  dans leur océan de certitudes, à des anciens clichés
glanés, ici ou là, chez certains orientalistes idéologiquement orientés et
qui varient de l’a priori raciste simpliste  au postulat enfantin biaisé
genre : eux ce sont ceci et nous nous sommes cela.  

En revanche des intellectuels musulmans ne voient, eux, aucune contradiction
essentielle entre la démocratie et l’islam. Démocratie qui, pour bon nombre
de ces derniers, est synonyme de la fameuse consultation tant évoquée dans les
textes fondateurs de l’Islam : le Coran ou le Hadith.  


Quoi qu’il en soit les forces sur les terrains auront,  malgré les
fantasmes des uns ou des autres, le dernier mot sur cette question. Justement,
parmi ces forces-ci personne douée de lucidité ne peut occulter le
militantisme de plusieurs mouvements politiques de coloration islamiste.  Et
qu’il soit pour Ennahda en Tunisie, ou pour les frères musulmans en Égypte,
en Jordanie ou en Syrie les torrents de sang  que ces mouvements ont versé
durant leur lutte à  mort contre des régimes sanguinaires et dictatoriaux sont
suffisants pour absoudre toute velléité malicieuse que certains procès
d’intention leurs attribuent, les condamnant a priori à l’exclusion du
processus démocratique.  

Ainsi, pour aller dans ce sens, on peut dire que l’enracinement de la
Démocratie dans des sociétés de tradition monarchique et de religion
catholique n’est que de nature de nous rassurer sur la possibilité de son
instauration sous d’autres cieux vu la forte transcendance de ces deux
concepts politico-religieux.  


Or, il est certain que le train de la Démocratie dans le monde musulman
servira, s‘il respecte tous les arrêts se situant sur sa voie, la gare
islamiste. Du coup, trois options seront inévitables.  

1)Empêcher le train de partir: c’est ce que des régimes de malheur ont
proposé en Tunisie et en Syrie, avec le résultat que l’on connaît pour le
premier et le chaos annoncé pour le second. Et ceci est possible par le biais
d’une féroce répression intérieure couverte souvent de l’extérieur par
un Occident qui, quand il s’agit de l’islamisme, perd tous ses moyens de
discernement, tombant ainsi facilement dans le fameux piège du régime
répressif mais, assure-t-il, rempart contre l’intégrisme.  

2)Piper le processus afin de permettre, en apparence, le départ du train de
la Démocratie mais avec une possibilité de le dérailler juste avant son
arrivée à la gare islamiste. C’est ce qui s’est produit en Algérie par
l’annulation, entre les deux tours, de la victoire du parti islamiste
algérien. De ce fait une guerre civile s’en est suivie avec son lot de plus
de 200000 victimes. C’est dire toute la dangerosité de cette option. La
dernière est :  
3) Respecter les règles de la Démocratie et parier que le pire n’est pas
certain. Autrement dit garantir une bonne marche de ce train démocratique par
des organes indépendants à prérogatives renforcées comme les tribunaux
civils, ou les conseils constitutionnels. C’est cette option que les Turcs ,
certes après des décennies d’hésitation, ont choisi. Le résultat, lui, est
éloquent. C’est l’émergence d’une nouvelle classe de partis politiques
profondément démocratiques et d’aspiration musulmane que l’on peut nommer
: les démocrates musulmans.  Ces derniers se situent comme leurs homologues
européens, les démocrates chrétiens, dans le centre droit de l’échiquier
politique à distance égale de tout extrémisme de tout bord soit-il.  

De même, savoir que, seulement 70 ans après la seconde guerre mondiale, des
partis populistes et xénophobes ont de nouveau le vent en poupe en Europe
montre bien qu’en Démocratie aucune mise en quarantaine est salvatrice et que
le risque de récupération est permanent.
Autant dire que c’est, à mon humble avis, cette dernière option qui doit
prendre le dessus sur les deux autres. Elle est porteuse de l’espoir d’un
monde meilleur, plus respectueux des identités des uns et des autres.  

Pour le monde musulman elle assurera un avenir plus radieux pour des centaines
de millions de jeunes qui, à défaut d’être entendus, finiront, tôt ou tard
, par se révolter. Quant à l’Occident, il y trouve une troisième  voie lui
évitant ce vieux dilemme qui le rumine entre le Pire et le Mieux, en optant, en
somme, pour le Semblable.


Mercredi 9 Février 2011


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