Lobbying et conséquences

Représailles du Lobby Israélien


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Mardi 16 Octobre 2018 - 06:15 Impunité « made in Europe »


Par Justin Raimondo


L'étude de Harvard sur l'influence du Lobby Israélien fait perdre son travail au doyen de la Kennedy School.
La réaction à l'étude de l'Université de Harvard par John Mearsheimer et Stephen Walt, "Le Lobby Israélien et la politique étrangère des Etats-Unis" s'est manifestée par la colère du Lobby et de ses partisans - et la rétrogradation de Walt, qui, comme cela a été annoncé peu de temps après la publication de l'article, sera viré de son poste de doyen (universitaire) de la John F. Kennedy School of Government.


Dimanche 2 Avril 2006





Comme l'indique le New York Sun (via le Harvard Crimson (ndt : journal de la Kennedy School) :
"Le journal d'hier du New York Sun signalait qu'un 'observateur' familier d'Harvard avait révélé que l'université avait reçu des appels de 'donateurs pro-israéliens' préoccupés par l'article de la KSG.
Un des appels, a indiqué la source au Sun, venait de Robert Belfer, un ancien directeur d'Enron qui avait accordé un professorat à Walt quand il a fait une donation de 7,5 millions de dollars au Centre des Sciences et des Affaires Internationales de la Kennedy School en 1997.

"Bob Belfer a appelé pour exprimer ses profondes inquiétudes et a demandé que Stephen n'utilise plus son titre de professeur dans toute publicité liée à l'article," a indiqué la source au Sun.

La Kennedy School a enlevé son logo de la page de couverture de l'article, et a fait une déclaration très importante disant que l'école n'approuve pas nécessairement une ou l'ensemble des opinions exprimées dans l'article.

Maintenant, s'il vous plait que quelqu'un me dise que Mearsheimer et Walt ont surestimé le pouvoir et l'influence du Lobby sur la vie politique américaine.

La campagne de haine dirigée contre Mearsheimer et Walt souligne et valide la controverse de l'étude que toutes les tentatives d'aborder objectivement notre politique étrangère centrée sur Israel et le rôle pivot joué par le Lobby n'aboutissent qu'à de l'intimidation.

Nous avons le défenseur d'O.J. Simpson et fanatique pro-Israélien, Alan Dershowitz qui affirme que le duo de savants a chipé la majorité de leurs sources sur des "sites haineux" - bien que Dershowitz ne puisse pas le savoir sans avoir regardé par dessus leurs épaules quand ils l'ont écrit, soit loin d'être clair.

Mais ne vous inquiétez pas, il nous assure que, une "équipe" de chercheurs de son groupe étudie la question.

On se demande si c'est la même "équipe" qui a étudié les preuves et a conclu que Simpson était innocent.

Pratiquement chaque mention de l'étude nous informe que David Duke fait partie de ses plus fervents défenseurs.
Le Boston Globe and the Washington Post signalent tous les deux l'approbation de Duke dans leurs compte-rendus respectifs de la polémique, et quand le sans scrupule Joe Scarborough de MSNBC l'a interviewé, il a présenté le raciste notoire de cette façon :
"Merci d'être avec nous ce soir, M. Duke. Vous avez été attaqués en tant qu'un ancien membre du Ku-Klux-Klan, d'antisémite, mais ce soir vous êtes associé à l'université de Harvard. Vous vous sentez défendu?"

Mearsheimer et Walt sont ceux qui devraient se sentir défendus, parce que cette sorte de démagogie bon marché prouve leur argument sur le mode de fonctionnement du Lobby.
Ils cherchent toujours à placer les termes du débat en leur faveur:
Si vous êtes en désaccord avec eux et décriez leur influence, vous êtes un "Nazi."
Comme c'est très commode.


Que ferait le Lobby sans l'ancien chef du Ku Klux Klan, qui invective maintenant "ZOG" et la soi-disant perfidie des Juifs de quelque part en Europe Centrale?

Duke devrait essayer d'obtenir d'eux une certaine forme de rémunération, en raison du service énorme qu'il leur rend : en installant un néo-Nazi avéré comme porte-parole en chef pour l'autre côté, le Lobby obtient le contrôle du discours.

Naturellement, Scarborough n'aurait jamais invité dans son émission quelqu'un comme, par exemple Juan Cole pour défendre la thèse de Mearsheimer-Walt.
Il aurait du inviter une personne parmi les gens cités dans les plus des 200 notes de bas de page de l'étude, y compris Ran HaCohen d'Antiwar.com. Mais ce serait bien trop attendre du Lobby et de ses alliés : l'honnêteté intellectuelle n'est pas l'un de leurs points forts.


Le même trope se poursuit et se développe avec la contribution de Max Boot au débat lors duquel il conjure le fantôme de Richard Hofstadter, le défunt intellectuel néo-conservateur de "The Paranoid Style in American Politics," qui a cherché, au début des années 60, à prouver que "l'agitation de droite" (c.-à-d., le conservatisme traditionnel) était une psychopathologie, plutôt qu'une véritable idéologie, se composant de fantasmes paranoïaques ajoutés à un "ressentiment aigu."

Hofstadter reportait seulement et appliquait "la science sociale" de Theodore Adorno, le sociologue marxiste qui a diagnostiqué l'opposition à la politique de Franklin Delano Roosevelt comme une preuve d'un "complexe de père" Oedipal. Jusqu'ici, c'est la même vieille absurdité, sans les apostilles, jusqu'à ce que, à la fin, Boot montre les dents:

"Après avoir terminé la lecture de leur gigantesque opus, je n'avais qu'une seule question : Pourquoi est-ce que le Lobby israélien tout-puissant (qui, affirment-ils, réussit tellement bien 'à étouffer la critique d'Israel') permettrait à un article aussi calomnieux de pseudos universitaires d'être publié?
Alors j'ai remarqué que Walt occupait un professorat décerné par Robert et Renee Belfer, des philanthropistes juifs qui sont également des défenseurs d'Israel.
La seule explication, ai-je supposé, c'est que Walt doit être lui-même un agent des ces Israelites astucieux, utilisé pour rendre les arguments anti-Israéliens aussi peu convaincants qu'ils en sont discrédités.
'Le Lobby' travaille de façon mystérieuse."

Mais pas trop mystérieuse. Comme nous le voyons, ci-dessus, Belfer a téléphoné à Harvard - et Walt a été viré du bureau de doyen en un rien de temps.
Remarquez, cependant, c'est de la "paranoïa."


Il y a eu quelques commentaires substantifs sur l'étude de Mearsheimer-Walt, à ma connaissance, l'une par Daniel Drezner, et une autre par Daniel Levy, un ancien proche conseiller du Premier Ministre israélien qui est parue à l'origine dans Ha'aretz.

Drezner, un professeur-adjoint en Sciences Politiques à l'université de Chicago et un blogger très futé, donne du crédit à l'étude pour avoir exploré des vérités qui rendent les gens "très mal à l'aise lors de cocktails," et concède qu'il y a beaucoup à dire sur la thèse qu'Israel semble dominer "certains aspects" de la politique américaine.

Cependant, il rechigne et trie :
"L'article est un ensemble terrible d'affirmations occasionnelles qui ne supporterait pas un examen minutieux...
Les auteurs affirment que, "Si Washington pouvait vivre avec une Union soviétique nucléaire, une Chine nucléaire ou même une Corée du Nord nucléaire, il peut vivre avec un Iran nucléaire. Et c'est pourquoi le Lobby doit maintenir une pression constante sur les politiciens pour qu'ils se confrontent avec Téhéran.."
Je suis presque sûr qu'il y a plus d'opposition américaine à la possession d'armes nuclaires par l'Iran que la protection d'Israel."

Il est vrai qu'il y a peut être d'autres raisons pour lesquelles Washington ne veut pas que l'Iran obtienne l'arme nucléaire, mais il n'y a aucune raison de croire que la prudence prévaudrait en l'absence de l'influence décisive du Lobby.

Drezner cite la controverse de l'étude que la simple existence du Lobby prouve une congruence imparfaite d'intérêts israéliens et américains - sinon, "on n'aurait pas besoin d'un groupe d'intérêts organisé pour y arriver."


Drezner trouve cela "fascinant," il écrit :
"Les hypothèses contenues dans l'article :
i) le seul groupe d'intérêt en existence est le Lobby, et;
ii) en l'absence du Lobby, un sens bien défini d'intérêt national guidera toujours la politique étrangère Américaine. Il serait très problématique pour de bons réalistes comme Mearsheimer et Walt de permettre à d'autres groupes d'intérêts d'exister – les compagnies pétrolières, par exemple -.
Cela permettrait un rôle bien plus grand à la politique domestique que les réalistes ne pourraient jamais l'admettre."

Contrairement à ce que dit Drezner, Mearsheimer et Walt n'affirment pas que le Lobby est l'unique organisation de cette sorte, mais qu'ils font un meilleur travail que n'importe qui d'autre.

Loin de nier l'influence de la politique domestique sur la politique étrangère, l'étude prouve que cette sorte d'influence est décisive, particulièrement dans son explication sur la convergence entre les Chrétiens Evangéliques et les néo-conservateurs sur la question d'Israel.

Si cela correspond à la compréhension de Drezner du "réalisme", c'est, vraiment, non pertinent.


Alors que Drezner n'est pas d'accord avec Mearsheimer et Walt, il est trop intellectuellement honnête pour s'allier avec les calomnies de la Brigade des Diffamateurs :

"D'une part, c'est une honte que cela ne soit pas abordé plus largement dans la presse traditionnelle.
D'autre part, c'est une bonne chose si les médias traditionnels ne le couvrent pas, si cet éditorial du New York Sun est une quelconque indication :
"C'est très instructif d'observer comment Harvard manipule la polémique au sujet de la décision de sa John F. Kennedy School of Government de publier "Un document de travail de recherches du corps enseignant" sur "le Lobby Israélien" qui a été co-écrit par son doyen, Stephen Walt.
En première page ce matin, nous informions que l'article du doyen Walt avait reçu les éloges de David Duke, l'homme que la Ligue Anti-Diffamation appelle "le raciste le plus connu d'Amérique."

La polémique est toujours récente. Mais il n'est pas trop tôt pour suggérer qu'il sera difficile pour M. Walt de maintenir sa crédibilité en tant que doyen. Nous ne le voyons pas comme question de liberté universitaire mais seulement comme une question de contrôle de la qualité nécessaire.'

"C'est un éditorial absurde – qu'un argument soit approuvé par un cinglé ou un autre, cela ne signifie pas que l'argument lui-même est automatiquement désavoué. Quant aux sympathies de Walt envers David Duke, Walt est cité comme ayant dit : 'J'ai toujours trouvé les opinions de M. Duke répréhensibles, et je suis désolé qu'il voie cet article comme conforme à sa vision du monde.'

"Je n'ai pas dit cela explicitement dans mon dernier courrier, mais laisser-moi le faire ici : Walt et Mearsheimer ne devraient pas être traités d'antisémites, parce que c'est évidemment faux. Ils devraient être critiqués pour avoir fait de la science sociale monocause pisseuse."


Bravo – sauf pour le travail "pisseux".
Cependant, Drezner devrait se demander pourquoi le débat sur cette étude est engagé d'une façon aussi vicieuse par les adversaires de l'étude de Harvard.

Cela ne veut-il pas dire quelque chose au sujet du rôle du Lobby et de ses méthodes, comme défini par Mearsheimer et Walt?

Drezner croit que les auteurs n'ont pas démontré qu'Israel est une responsabilité stratégique, que "le comportement de la politique étrangère des Etats-Unis" est déterminé "presque exclusivement par les actions du "Lobby Israélien" et que les auteurs "omettent la considération des politiques contradictoires en pondérant les lobbies de politique étrangère."

Très bien. Tous ces points sont discutables. Mais ils ne sont pas discutés. Au lieu de cela, le Lobby est occupé à trainer dans la boue les auteurs et à faire virer Walt de son poste de doyen de la Kennedy School.



Daniel Levy, un ancien conseiller du bureau du Premier Ministre israélien, membre de l'équipe israélienne de négociation aux discussions d'Oslo B et de Taba, et le principal concepteur israélien de l'Initiative de Genève, a le commentaire le plus réfléchi à ce jour, en déclarant que l'étude de Harvard "devrait servir d'avertissement, des deux côtés de l'océan."

Il note que "le ton du rapport est dur," et "discordant", qu'il "manque de finesse et de nuance," mais néanmoins,
"Leur argument est efficace: que l'identification des intérêts Américains aux intérêts israéliens peut principalement être expliquée par l'impact du Lobby à Washington, et en limitant les paramètres du débat public, plutôt que par un soutien en vertu des intérêts stratégiques vitaux d'Israel ou d'impératifs moraux irrésistibles (au delà, comme les auteurs le précisent, du droit à exister, qui n'est, de toute façon, pas en péril).
L'étude est la plus dévastatrice quand elle décrit comment le Lobby 'étouffe le débat par intimidation' et la plus actuelle quand elle détaille comment les intérêts de l'Amérique (et finalement ceux d'Israel, aussi) sont servis par l'ordre du jour du Lobby."


Ecoutez ! Ecoutez !

Levy continue en remarquant que la réponse du Lobby à l'étude "a été caractérisée par une combinaison de cri et de suffisance. Eviter une discussion franche pourrait sembler plus raisonnable au Lobby, mais il est peu probable que cela fera avancer les intérêts israéliens ou les relations américano-israéliennes."

Dans son argument sur le fait que le Lobby est aussi mauvais pour Israel que pour l'Amérique, Levy fait une remarque frappante :
"Le Lobby refuse même à Israel un luxe dont tant d'autres pays bénéficient : avoir l'excuse d'un encouragement externe pour faire des choses qui sont domestiquement délicates mais nationalement nécessaires (rappelez-vous la réforme économique et démocratique en Europe Centrale pour réussir à entrer dans l'Union Européenne en contracte avec la politique de colonisation auto-destructrice d'Israel pour une aide continue des Etats-Unis)."

Le Lobby, par son succès à neutraliser tout effort pour retenir les impulsions les plus extrêmes du gouvernement israélien, mine les intérêts de l'Etat Juif.

Mais les idéologues qui composent le Lobby ne s'en inquiètent pas : Ils ne sont intéressés que par le pouvoir de réduire au silence - et punir - leurs ennemis.

L'attaque contre le doyen Walt est une honte qui devrait être accueillie par une tempête d'indignation.

Ce que le Amen Corner pourrait même tenter - hormis le constat qui lui donnerait du crédit - est une preuve du pouvoir persistant et inconstesté du Lobby. Cela montre comment le Lobby fonctionne, et pourquoi ils doivent être arrêtés avant que toute véritable discussion concernant la politique étrangère de ce pays puisse commencer.

Il n'est pas difficile de discerner les raisons de cette défensive extrême de la part du Lobby. Si elles sont les principaux moteurs de la politique étrangère des Etats-Unis, alors ils ont en effet beaucoup de réponses à donner.

Pendant que les conséquences de la guerre de l'Irak remplissent nos écrans de télévision, traçant un chemin de sang et de destruction irréfléchi, nous devons nous demander : Qui nous a emmenés là ?

Nous devons remettre en cause leurs motivations.

Et nous devons demander: Pourquoi?

Qui nous a embarqués dans la guerre? Pour qui sont morts 2.300 soldats américains et des dizaines de milliers d'Irakiens ? Quels intérêts servent-ils ?

Le bout de la lance avec laquelle Mearsheimer et Walt ont piqué le Lobby est l'affirmation qu'ils étaient l'influence décisive en nous poussant dans la guerre avec l'Irak.

Et les hurlements qui viennent de Droite, de Gauche, et du Centre sont une preuve suffisante qu'ils ont frappé à la bonne porte.


Lire le rapport de John Mearsheimer et Stephen Walt : "Le Lobby Israélien et la politique étrangère des Etats-Unis"

Source : http://www.antiwar.com/
Traduction : MG pour ISM


Jeudi 15 Juin 2006



Commentaires

1.Posté par al akl le 07/02/2008 05:25 | Alerter
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des doutes ?

2.Posté par Zorro le 07/02/2008 13:05 | Alerter
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Ah la non...aucun, juste que derriere le lobby il y a le complexe militaro-industriel...un gros morceau aussi.(voir la video d Eisenhower et l assassinat de Kennedy).

Une phrase de Thomas Jefferson:
"Les etablissements banquaires sont plus dangereux qu une armée en campagne".

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