Economie et pouvoir financier

Relance des exportations tunisiennes : comment l’improbable peut devenir réel


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Retenu ces derniers temps par un angoissant débat politique, tout le monde refuse de voir que l’économie tunisienne s’effondre et que les exportations marquent sérieusement le pas. Je ne rentrerai pas dans cet article dans des analyses statistiques : glissement (inflationniste) du dinar, valeur courante et constante du dinar par rapport au dollar et à l’euro principales monnaies d’échanges pour nos achats et nos ventes sur le marché international, déficit de notre balance commerciale, baisse de nos réserves de change, paralysie du secteur touristique, recul aussi bien des investissements locaux et extérieurs surtout après que les entreprises mastodontes plient bagage à l’image de Jal Group dans le secteur des exportations off shore de cuir et chaussure (leader mondial dans les chaussures de sécurité)…


Hatem El Karoui
Dimanche 8 Septembre 2013

Relance des exportations tunisiennes : comment l’improbable peut devenir réel

Email : hatemelkaraoui@gmail.com

Les exportateurs et les investisseurs aussi bien locaux qu’internationaux sont donc effrayés. Personne ne veut plus engager ses sous en étendant et en développant ses activités, craignant, sinon en étant sûr, de ne pas tarder à tomber sous peu en chute libre et de déposer son bilan.
La présidente de l’UTICA s’énerve et a le courage de vouloir révéler les chiffres réels (ce qui lui vaut les menaces). Du temps de l’ancien régime cet exercice de maquiller, d’enjoliver et de cosmétiser les statistiques existait déjà et il semble que nous soyons tombés dans le même chaudron qui va nous amener à nous faire manger tout crûs.
D’ailleurs même les journalistes regardent ailleurs et refusent de poser les bonnes questions. Est-ce de l’incompétence ? de l’autocensure ? J’en suis estomaqué.
Par exemple l’autre jour dans un débat su Nessma TV j’ai vu Sofiane Ben H’mida pourtant un gros calibre de l’audiovisuel rester bouche bée et paralysé devant un petit directeur du ministère des Affaires étrangères qui osait dire entre les lignes qu’il n’y avait jamais eu aucune politique sérieuse d’exportation sur l’Afrique.
Les journalistes ont donc eux aussi peur et tournent leur langue dans leur bouche 7 fois avant d’oser s’exprimer.
Ce qui m’a encore plus étonné, c’est qu’aucun chef d’entreprise exportatrice tunisienne n’a pris le téléphone et participé au débat en rectifiant ce qui avait été dit (et là encore c’est la suspicion de peur).
J’ai comme l’impression et je peux me tromper que les entreprises exportatrices tunisiennes sont paralysées et veulent se faire le plus petites possible en attendant que l’orage passe…Mais est-ce une bonne stratégie ?
Je suis désolé de m’emporter un peu mais que fait ce gouvernement par rapport à tout ce qui a été fait pour l’Afrique dans le passé. Le CEPEX essaye d’organiser des actions originales aujourd’hui sur l’Afrique car ce continent comporte de réelles potentialités mais en fait il ne fait que continuer ce qui avait été fait auparavant sans améliorer grand chose.
En même temps, si on veut ajouter un plus parce qui était fait auparavant au niveau de la structuration de notre commerce extérieur, c’est en développant tout en les informatisant l’octroi aux opérateurs des statistiques régionales ainsi d’ailleurs qu’en rapprochant la Direction Générale des Douanes de l’usager en communiquant sur le site Web de la DGD le taux des tarifs douaniers. C’est ce qu’on avait espéré quand on avait entendu parler de révolution, mais apparemment rien n’avait changé.
Par ailleurs on veut moderniser les outils à l’export en se faisant assister superficiellement par les nouvelles technologies mais connait-on seulement la texture du tissu à l’export ? A-t-on analysé sérieusement les moyens dont disposent les PME tunisiennes pour vendre à l’international ?
Les nouvelles technologies sont certes d’un bon apport mais il faut toujours les compléter par des supports classiques comme les revues et les bulletins (1) car contrairement à ce que l’on pense il n’existe pas une saine répartition régionale de nos exportations et ceux qui appartiennent aux zones les plus reculées du territoire national n’ont pas toujours accès aux nouvelles technologies.
Le « petit » directeur du Ministère des Affaires étrangères qui se réveille qu’il n’y a pas eu de Directeur Afrique au Ministère des Affaires Etrangères. Qu’il se détrompe : Il y a même eu un secrétaire d’état aux Affaires Africaines qui a avec les délégations d’homme d’Affaires tunisiens sillonné l’Afrique sub saharienne. Missions de travail, missions itinérantes. Il y a eu des Directeurs Généraux Afrique dans le passé au MAE et le Ministre actuel des Affaires étrangères qui a notamment occupé le poste d’Ambassadeur à Lagos ea été aussi l’un des plus dynamiques Directeurs Afrique.
Des mesures d’incitation pour stimuler les exportations tunisiennes de bien et de services sur l’Afrique ont été prises en matière de commerce extérieur et de réglementation de change, des lois en vu le jour comme celle sur les Sociétés de Commerce International non résidentes et résidentes dont l’une des plus dynamiques (à capital public) fut la Société de Commerce International de Tunisie (SCIT) spécialisée dans la commercialisation des produits tunisiens sur l’Afrique subsaharienne. Des sociétés productrices industrielles ont créé des filiales commerciales exportatrices avec un éventail de régimes juridiques adaptés pour pouvoir compartimenter leurs activités et diversifier leur clientèle à l’international par un meilleur déploiement. A un certain moment nous avons été sur le continent le plus grand distributeur de pâtes alimentaires dépassant même l’Italie grâce à un ingénieux procédé qui nous permettait de réserver une partie de l’approvisionnement de l’office des céréales destiné au marché local tunisien pour l’offshore en profitant des bons prix du marché international pour garder la plus grande partie du quota aux produits compensé et en réexportant une partie des pâtes n’obéissant pas à la réglementation du commerce extérieur en sous-traitant l’emballage. Ce n’est qu’une réalisation parmi tant d’autres. Il y a eu celle du ciment blanc et des carrelages, des couches et des serviettes, celle des produits parapharmaceutiques comme les seringues et autres accessoires médicaux, même celle de l’huile d’olive bien que ce produit soit en principe principalement destiné vers l’Europe. Certaines entreprises du secteur des industries diverses se sont engagées dans le partenariat industriel interafricain en entrant dans le capital des entreprises africaines (notamment au Sénégal pour les détergents), uniquement avec leur expertise et l’exportation de leur technologie, les bureaux d’études tunisiens se sont installés dans les pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) dans le secteur des Exportations des services. On a à un certain moment au Cepex organisé des « Points-Pays Afrique » permettant de discuter des problèmes spécifiques d’accès au marché africain et c’était avec des moyens bien moindres que ceux dont on dispose ce jour avec l’édification de structures et d’établissements grandioses comme la « Maison de l’Exportateur » ou le nouveau siège moderne de l’UTICA. On a développé l’organisation de salons spécialisés pour promouvoir les exportations de services sur l’Afrique comme le SISE. On a même initié l’organisation de salons de l’exportation dans le secteur de la santé et d’autres secteurs de services pointus. Le Famex (I & II) avait été un magnifique outil pour financer la promotion des exportations tunisiennes mais malheureusement il avait commencé à être mal utilisé à cause de certains appétits insatiables et un certain clientélisme. On était même prêt de rabattre le caquet à notre principal concurrent continental sur l’Afrique, le Maroc en favorisant par des moyens juridiques et logistiques adaptés les exportations d’investissements et en permettant aux entreprises exportatrices tunisiennes de s’implanter en Afrique et d’y d’investir à une large échelle…
La coopération technique institutionnelle est aussi un bon créneau mais ou en est-on ? Quelle évaluation a-ton fait en général au niveau du chemin parcouru et notamment sur l’Afrique ? Quelle est notre stratégie d’avenir sur le continent ? On ferait bien de s’en préoccuper un peu plus.
Le Foprodex aussi est un bon outil financier sur l’Afrique mais sa contribution aux frais d’approche de l’exportateur sur le marché international se réduit de plus en plus et les finances tunisiennes ne sont plus malheureusement au beau fixe pour permettre l’accompagnement l’élan des opérateurs sur les marchés extérieurs…
Les résultats de la période précédente comportaient des faiblesses ? J’en conviens et je suis prêt d’en discuter…comme j’avais commencé à le faire pour le Famex, le Foprodex et les autres outils d’information et de promotion. Mais qu’on ne vienne pas me dire que tout y était noir car comment qualifier aujourd’hui le couleur avec laquelle nous peignons aujourd’hui notre paysage économique ?
C’est pour moi ce qu’on pourrait qualifier de coup de gueule car nous avons intérêt aujourd’hui à construire sur ce qui avait été déjà bâti et non pas tout détruire en permettant à Ghannouchi de dire comme Bourguiba autrefois : « Je suis un Jugurtha qui a réussi ! ».
C’est le gouvernement actuel qui doit essayer d’aider à secouer cette léthargie en sécurisant les gens !
J’ajoute encore: « Pourquoi cette hypermédiatisation des deux dernières années sur la religion islamique ? Pense-t-on vraiment que la Tunisie est uniquement formée de bons musulmans qui vont tout faire pour remettre les Tunisiens sur le bon chemin ? Il n’existe pas donc des opportunistes, des corrompus parmi les Musulmans ? Pourquoi ne pas tabler sur les principes universels et laisser la religion comme une affaire privée entre l’homme et Dieu pour pouvoir dégager notre esprit à d’autres taches.
Dieu n’a jamais dit qu’il ne pouvait pas y avoir un paradis et un enfer sur terre ; Il y a un enfer et un paradis autant sur terre que dans les cieux !
Mais restons sur l’Afrique car tel est le thème de cet article.
Cette capitalisation dont j’ai parlé, elle est aujourd’hui en Stand By…Pourtant il suffit de s’asseoir autour d’une table et de réfléchir : qu’est ce qui a marché ? qu’est ce qui n’a pas marché et pourquoi. Comment éviter dans l’avenir de commettre les mêmes erreurs en gardant les bonnes idées ?
La marge de manœuvre est faible avec cet état de prostration économique. Que pouvons-nous faire avec le peu que nous avons ?
D’abord ce gouvernement doit comprendre –et encore une fois je ne peux pas m’empêcher de faire encore un peu de politique- qu’il n’existe pas de croissance sans sécurité. Arrêtons ces attentats meurtriers stupides et ravageurs qui ne peuvent que faire du mal au corps social tunisien. La terreur ne peut qu’induire la terreur et la « somalisation » est aux abois. Qui en profite ? Certainement pas les Tunisiens.
La Tunisie a été de tout temps pacifique et ce n’est pas quelques énergumènes déboussolés qui vont mettre fin à notre quiétude légendaire qui a résisté trois millénaires durant et peut-être plus si on défrichait davantage notre histoire ? Arrêtons de fomenter des scénarii catastrophes. Arrêtons de dire que quelques uns de nous avaient subi des injustices aux profonds stigmates qu’il faudrait nécessairement et inévitablement panser pour pouvoir avancer. Non ! Ce qui est fait est fait ! Le train avance et il y a des urgences. Pour le reste il faut laisser du temps au temps. Il faut lentement corriger notre système pour le rendre plus égalitaire mais on ne peut pas forcer le destin car il est trop tard pour revenir en arrières et aux chimères dorées du Califat ! Arrêtons de penser que nous pourrions retrouver les sous que nous avions perdus quand on était en prison…Et d’ailleurs est-il sûr que tous ceux qui étaient en prison n’avaient rien à se reprocher ?
Je viens de lire la récente interview de l’un des plus grands spécialistes de notre temps dans le secteur informatique le PDG de Microsoft Bill Gates qui a dit à propos de l’une des dix premières règles de réussite dans la vie : Oublions que le monde est injuste, il y aura toujours des injustices. J’en ai retenu celle là comme primordiale.
Enfin car je me suis promis de finir en développant un thème lié aux exportations et surtout sur l’Afrique.
Nous avons en Tunisie un capital humain inégalé pour aider les PME à exporter. Développons-le : La voie passante à mon avis serait celle des fondations. Essayons d’attirer des fondations pour créer des projets aidant les jeunes exportateurs qui constituent le vrai avenir de ce pays. On dit que l’avenir appartient aux secteurs alternatifs au secteur public. L’état jusqu’à présent à tant fait et tant tenté. Laissons les secteurs privé, coopératif et associatif affuter leurs armes. Les groupements d’avocats sont trop gourmands et voraces car s’ils se regroupent en général c’est pour augmenter leur chiffre d’affaires ?
Mais tomberons nous un jour sur un groupe d’avocats, de conseillers fiscaux, de conseilles en exportation, de psychologues, de sociologues et même de philosophes désintéressés qui créeraient un tissu associatif pour aider à des prix symboliques les jeunes promoteurs à développer leurs affaires ? C’est ce qu’il y a de mieux à faire en cette atmosphère morose, développer la solidarité à tous les niveaux pour sortir de « Onk el Zoujaja » comme certains politiques s’évertuent à le dire.
Un tel type d’associations ouvrirait des branches décentralisées dans tout le territoire national et, disposeraient d’outils simples d’information. Mon Email est là en haut de l’article et je pourrais discuter et échanger des points de vue avec toutes les personnes que ce projet intéresse. Je suis sûr que les fondations en étant sollicitées pour de tels projets seraient ravies d’y répondre. Il s’agit peut-être d’une bouteille à la mer ? Mais c’est avec de tels messages désespérés et improbables, que le possible peut devenir réel.
Voici les quelques réflexions que j’avais à formuler mais encore une fois j’ai l’impression qu’en Tunisie on continue à prendre l’économique pour un extra-terrestre qu’on se contente de regarder avec curiosité.
HK
(1) Le CEPEX disposait il y a quelques années de deux supports écrits très prisés : La revue « Exporter » et le bulletin « CEPEX Actualités ». Il serait bon de les faire paraitre de nouveau en les associant aux bulletins électroniques, surtout en ce qui concerne Exporter qui est un outil d’analyse et de réflexion stratégique sur les exportations qu’on doit toujours essayer de voir avec un peu de recul. Il ne faut pas toujours croire ce que disent les « gourous » (les experts internationaux) car chaque pays à ses spécificités, sa culture et son mode de fonctionnement économique.



Dimanche 8 Septembre 2013


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