La communauté de défense des droits de l’homme a déclaré sans détour que tout cela n’était pas seulement un pur exercice de communication, mais qu’il s’agissait d’une tentative de légaliser tout ce que la NSA avait fait d’illégal jusqu’à présent. L’évaluation des programmes de réorganisation des systèmes d’espionnage informatique américains soulève à présent les expressions : « honte », « risible », et « rien de concret ». Et l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) a qualifié les réformes d’Obama de « conservation du statu quo, drapée dans de beaux atours ».

Obama a promis d’imposer des restrictions supplémentaires sur la collecte d’informations issues des communications téléphoniques à travers le monde, et de limiter (mais pas d’arrêter) la portée de l’espionnage des dirigeants étrangers « en raison du nombre d’amis proches et d’alliés ». Certains « avocats indépendants » vont siéger dans les tribunaux américains secrets, qui sanctionnent les écoutes téléphoniques. Toutefois, c’est l’administration qui va nommer ces « ombudsmans de l’espionnage ».

Le discours du président au ministère de la Justice est un exemple remarquable de retour de manivelle. Quand Obama a déclaré tout ce qui ne se pratiquerait plus, il a de fait reconnu comme vraies toutes les déclarations de Snowden, et souscrit à tout ce qu’il avait jusqu’à récemment démenti. Or il avait presque totalement nié l’espionnage des principaux dirigeants gouvernementaux, y compris des alliés des Etats-Unis.

« J’ai clairement fait savoir aux responsables du renseignement qu’en l’absence de raisons impérieuses de sécurité nationale, nous ne placerons pas sur écoute les dirigeants des Etats et des gouvernements qui sont nos amis proches ou nos alliés. »

Cela signifie donc que jusqu’à présent, les Etats-Unis avaient mis sur écoute les dirigeants étrangers « même en l’absence de raisons impérieuses ». Car les conversations téléphoniques de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du président brésilien, Dilma Rousseff, ne représentaient en rien une menace pour la sécurité des Etats-Unis. Tout comme d’ailleurs les conversations des 35 autres dirigeants étrangers qui étaient sous la surveillance de la NSA.

C’est une véritable honte pour un chef d’Etat comme celui des Etats-Unis que de parler pendant près de 45 minutes pour ne rien dire de concret, comme l’a déclaré Julian Assange, fondateur du site WikiLeaks, au sujet du discours d’Obama (www.youtube.com/watch?v=7Ju4yzEHxJk).

« Il est clair que le président est obligé de faire un discours sur les révélations de Snowden et des autres. Il n’a aucunement la volonté d’entreprendre des réformes spécifiques. Et il n’a rien fait de concret. Il vient juste de renvoyer la balle à la moitié des membres du Congrès et des avocats, qu’il va lui même nommer. »

Ces réformes semblent risibles au plus haut point, estime Glenn Greenwald, partisan de Snowden, ancien chroniqueur au Guardian de Londres. C’est lui qui avait commencé à publier les révélations de Snowden. Greenwald souligne qu’aucune preuve n’a été donnée quant au fait que ces milliards d’éléments récoltés sur les Américains ou à l’étranger ont permis d’empêcher un attentat ou d’arrêter un terroriste. Il ne s’agit pas de limiter la portée de surveillance de la NSA, mais des valeurs fondamentales de notre société, que la NSA et la Maison Blanche foulent aux pieds (www.youtube.com/watch?v=m9dkNcKpfl8).

« La question qui se pose est : à quelle valeurs doit se conformer notre société. Nous pouvons bien sûr éradiquer n’importe quel type de crime : vol, viol, assassinat, pédophilie. Le seul problème est que pour cela, il faudra renoncer à l’obligation pour la police de disposer d’un mandat, ou installer des caméras de vidéosurveillance gérées par l’Etat dans chaque maison et dans chaque bureau. Nous avons choisi de ne pas faire cela, étant entendu que l’infraction est préférable à l’intrusion du gouvernement dans nos vies privées. »

Parallèlement à la quasi-réforme de la NSA, le Congrès américain a commencé à instiller dans l’esprit des Américains que « la main de Moscou » s’était immiscée dans « l’affaire Snowden » ; et que le FSB russe avait quasiment prévu l’ensemble de l’opération. Nous n’avons pas de preuves directes pour le moment, mais le Kremlin est clairement impliqué dans tout cela et sans son aide, Snowden n’aurait pas pu s’en sortir – voilà ce qu’ont déclaré les membres du Congrès, Mike Rogers et Michael McCaul. Se référant uniquement l’un à l’autre.

Le président russe Vladimir Poutine a déjà déclaré en juin dernier, alors que Snowden se trouvait dans la zone de transit de l’aéroport de Cheremetievo, que « toute accusation à l’encontre de la Russie n’est que délire et foutaise. » Et lors de la conférence-bilan de l’année 2013, en décembre dernier, il a indiqué (www.youtube.com/watch?v=6sduNGzB03s) :

« Nous lui avons donné la possibilité de vivre chez nous. Nous partons du principe qu’en se trouvant en Russie, il ne s’adonnera pas à la propagande américaine. Tout ce qui sera publié, c’est ce qui lui reste d’information à travers le monde. Nous ne savons pas ce qu’il lui reste et où cela se trouve. Je vous le dis en langage presque professionnel : sur le plan opérationnel, nous ne travaillons pas avec lui. »

Toutes les réformes de la NSA ressemblent à celles menées durant les années précédentes souligne Glenn Greenwald. Or Bush et Obama ont déjà réformé le système d’espionnage des Américains après la publication de documents compromettants en 2005 et par la suite. Mais il s’avère que les possibilités d’espionnage se sont depuis incroyablement élargies.  N