Néolibéralisme et conséquences

Rapport du 26 octobre 2010 de Transparency International : gouvernance, mitigée , corruption socialisée en Algérie et problématique de la sécurité nationale


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abderrahmane mebtoul
Mercredi 27 Octobre 2010

Rapport  du 26 octobre  2010 de Transparency International : gouvernance, mitigée , corruption socialisée en Algérie   et problématique de la sécurité nationale
Le terrorisme bureaucratique, la  corruption socialisée en Algérie menacent
la sécurité nationale dont le blocage de l’investissement utile par les
tracasseries administratives.  Et les scandales récents du programme de
développement agricole PNDA, de différentes banques, de la route Est/Ouest
(dont le montant a plus que doublé par rapport au montant initial) et de
Sonatrach en sont les exemples vivants mais qui concernent également bons
nombres d’autres secteurs. Il faut une cohérence et visibilité dans la
démarche, s’attaquer à l’essentiel et non au secondaire car avec la
corruption combiné à la détérioration du climat des affaires ,selon la
majorité des rapports internationaux, il est utopique de parler d’une
véritable relance économique passant par la dynamisation  des secteurs à
forte valeur ajoutée.  



I.-Dans le cadre, de la bonne gouvernance, l’organisation internationale
Transparency International dans son indice de perception de la corruption dans
son rapport annuel paru le 26 octobre 2010 montre que près des trois quarts des
178 pays composant l'indice ont un score inférieur à 5. Dans l’IPC 2010, le
Danemark, la Nouvelle-Zélande et Singapour se retrouvent en haut du tableau
avec un score de 9,3 , les Pays-Bas à la 7e position, l’Allemagne à la 15e
position, les États Unis à la 22e position et la France à la 25e position.
L’Algérie obtient de nouveau, une très mauvaise note — 2,9 sur 10, et un
très mauvais classement, la 105ème place sur 178 pays classés, régressant de
quatre places par rapport à 2009. Dans la région du Maghreb, l’Algérie est
placée après la Tunisie (59e place et une note de 4,3) et même le Maroc (85e
place et une note de 3,1), rappelant dans le même temps que la Mauritanie et la
Libye occupent respectivement les 143e et 146e places. L’Afghanistan et le
Myanmar se partagent l’avant-dernière place avec un score de 1,4 et la
Somalie arrive dernière avec 1,1. Ramenés au niveau des pays arabes et par
rapport aux autres pays africains, les résultats obtenus par l’Algérie place
celle-ci respectivement à la 11 e et 17 e position », et que « cette
stagnation s’explique par l’absence de volonté politique au plus haut
niveau de l’État à lutter contre la corruption » selon le rapport. Dans le
registre des transactions commerciales internationales, le communiqué de
l’AACC note que l’Algérie « ne commerce presque pas avec les 10 pays les
moins corrompus dont le Danemark, le Singapour, la Finlande, la Suède, le
Canada, la Suisse et la Norvège ». C’est la 9ème année consécutive que
cette organisation émet une appréciation négative,  puisque Le rapport
publié le 17 novembre 2009, par rapport à 2008, l’Algérie avait chuté de
3,2 à 2,8 sur 10 allant de la 92ème place en 2008 à la 111ème en 2009,
perdant 20 places, ce qui ramène l’Algérie  en octobre 2010 à l’année
2005 où elle avait obtenu une note de 2,8 sur 10. L’on sait que les auteurs
de l’IPC considèrent qu’une note inférieure à 3 signifie l’existence
d’un « haut niveau de corruption au sein des institutions de l’Etat » et
que des affaires saines à même d’induire un développement durable ne
peuvent avoir lieu, cette corruption favorisant surtout les activités
spéculatives. La sphère informelle produit des dysfonctionnements du système,
ne pouvant pas la limiter par des décrets et lois mais par des mécanismes de
régulation transparents , existant des alliances entre le pouvoir
bureaucratique et cette sphère contrôlant plus de 40% de la masse monétaire
en circulation , alliances qui  favorisent  cette corruption qui tend à se
socialiser. Toujours au niveau des rapports internationaux, une  récente étude
datant de mars 2010 réalisée par la Global Financial Integrity (GFI) et
publiée à Washington DC (USA), a classé l’Algérie au troisième rang au
niveau continental, des pays ayant un haut débit de sortie financière illicite
avec une sortie de capitaux de 25,7 milliards de dollars ces dernières années.
Réalisée sur la période s’étalant de 1970 à 2008, cette étude a relevé
que l’Afrique a perdu plus de 1,8 billions de dollars de sorties financières
illicites. Ainsi, le flux massif de capitaux illicites hors de l’Afrique dont
l’Algérie est facilité par un système d’ombre financier mondial,
comprenant les paradis fiscaux, territoires à secret, les sociétés
déguisées, les comptes anonymes et des fondations fictives Selon la même
étude, cette sortie de fonds épuise les réserves en devises, accroît
l’inflation, réduit les rentrées fiscales, annule l’investissement, et
compromet le libre-échange. Son plus grand impact a été relevé, notamment,
sur ceux qui sont au bas des barèmes de revenus dans leurs pays, la suppression
des ressources qui pourraient être utilisées pour réduire la pauvreté et la
croissance économique. Ce rapport insiste sur la nécessaire transparence pour
restreindre la tendance de cette sortie de fonds et également la concertation
internationale autour de ce phénomène, car, s’il y a des pays corrompus il y
a forcément des pays plus corrupteurs que d’autres, le rapport citant
notamment la Chine , la Russie, l’Inde qui utilisent des pots de vins.
II.-Si la corruption existe dans tous les pays du monde, comme en témoigne
les scandales financiers mis en relief pendant l’actuelle crise mondiale, elle
est  relativement faible en rapport à la richesse globale créée. En  Algérie
elle s’est socialisée touchant toutes les sphères de la vie économique et
sociale remettant en cause la sécurité nationale du pays, devant aller vers le
contrôle démocratique de deux segments stratégiques la production de la rente
des hydrocarbures ( Sonatrach) et la distribution de la rente des hydrocarbures
(tout le secteur financier) puisque l’ensemble des secteurs publics et privés
sont irrigués par cette rente. Evitons d’invoquer des taux fantaisistes pour
2009 de 9% de taux de croissance hors hydrocarbures et de 10,2% de taux chômage
(taux officiel incluant les sureffectifs des administrations / des entreprises
publiques, les emplois temporaires de 3 à 5 mois au titre de la solidarité
nationale et d’une manière générale tous les emplois fictifs improductifs.
L’extension de la sphère informelle, n’est que le produit du terrorisme
bureaucratique, qui tire sa puissance de l’existence de cette sphère puisque
fonctionnant dans un espace de non droit et favorisant la corruption renvoyant
pour dominer son influence  à la refonte de l’Etat et à la mise ne place de
mécanismes de régulation transparents. En effet  comme je l’ai rappelé
souvent, la lutte contre la mauvaise gestion et la corruption  renvoie à la
question de bonne gouvernance, de démocratie, de la rationalisation de l’Etat
dans ses choix en tant qu’identité de la représentation collective.
Concernant l’aspect économique en Algérie il faut se demander pourquoi le
faible impact de 200 milliards de dollars entre 200/2009 sur la sphère
économique et donc sur la sphère sociale avec un impact par rapport aux autres
pays de la région MENA qui ont des résultats supérieurs avec trois fois moins
de dépenses : corruption, surfacturation ou mauvaise gestion des projets ? Le
constat également est l'inefficacité des institutions de contrôle et des
Ministères où nous assistons à une gestion administrative avec différentes
interférences où souvent les gestionnaires  sont pas libres de manager leurs
entreprises. Sont-ils réellement les seuls responsables ? Qu’en sera t-il des
286 milliards de dollars programmés 2010/2014 dont 130 de restes à réaliser
montrant d’importantes réévalautions, à la fois dues à la mauvaise gestion
et à la corruption ?


III.- La lutte contre la corruption n’est pas une question de lois ou de
commissions (l’Algérie ayant les meilleurs textes du monde), vision
bureaucratique autant que la lutte contre la hausse des prix comme si revoir
récemment les statuts du conseil national de la concurrence qui d ‘ailleurs
n’a jamais fonctionné depuis sa création ( plus de 15 années ) allait faire
baisser les prix , comme ce gel inexplicable de la Cour des comptes pendant des
années. Ce sont les pratiques  d’une culture dépassée, l’expérience en
Algérie montrant clairement que les pratiques sociales quotidiennement
contredisent  le juridisme. Il est utile de rappeler que les pouvoirs publics
ont toujours clamé qu’ils se donnaient pour objectif de combattre la
corruption, la bureaucratie dévalorisant le couple intelligence/ travail sur le
quel doit reposer tout développement fiable et donc d’asseoir un Etat de
droit. Ce rêve si cher à tous les Algériens sera t-il réalisé ? Comment
mobiliser les citoyens au moment où certains responsables au plus haut niveau
ou leurs proches sont  impliqués ou supposés impliqués dans les scandales
financiers et peuvent-ils avoir l’autorité morale auprès tant de leurs
collaborateurs que de la population algérienne ? En fait la lutte efficace
contre la corruption implique de définir clairement les fonctions
institutionnelles notamment concernant l’utilisation  des deniers publics, le
rôle des organes politiques (parlement), de l’implication de la société
civile, des organes techniques comme la cour des comptes, l’inspection
générale des finances, la mise en place du contrôle tributaire et d’un
management efficace des instituions, des comptabilités publiques claires et
transparentes pour la rationalisation des choix budgétaires afin
d’optimaliser l’effet de la dépense publique, les universités et les
centres de recherche étant interpellés pour produire des instruments de
calculs adéquats. La pleine réussite de cette entreprise qui dépasse
largement le cadre strictement technique, restera tributaire largement d’un
certain nombre de conditions dont le fondement est la refonte de l’Etat au
sein d’une économie mondiale de plus en plus globalisée et des grands
espaces, et une concertation permanente entre les différentes forces sociales
politiques, économiques et sociales loin de toute vison d’autoritarisme,
vison largement dépassée, conditions stratégiques qui doivent constituer les
éléments fondamentaux de la nouvelle gouvernance.


IV.-Aussi, sur le plan interne, s’agit-il d’engager les véritables
réformes politiques, économiques et sociale pour une société de liberté
plus participative et citoyenne fondée sur des entreprises compétitives dans
le cadre des avantages comparatifs mondiaux, par la prise en compte de
l’environnement et de la qualité de la vie pour un espace plus équilibré et
solidaire qui doivent impérativement toucher : le système politique, centre
névralgique de la résistance au changement et à l’ouverture ; la réforme
de la justice par l’application et l’adaptation du Droit tant par rapport
aux mutations internes que du droit international ; le système éducatif,
centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la
résistance au changement et à la modernisation du pays ;une nouvelle gestion
des stratégies sociales et la mise en place de nouveaux mécanismes de
régulations sociales devant revoir la gestion des caisses de retraite et de la
sécurité sociale, les subventions ciblées devant dorénavant être
budgétisées non plus au niveau des entreprises mais sur le budget de l’Etat
; la réforme du système financier qui est un préalable essentiel à la
relance de l’investissement privé national et étranger, les banques
publiques et privées étant au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre les
partisans de l’ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente.
Elle est considérée, à juste titre, comme l’indice le plus probant de la
volonté politique des Etats d’encourager l’ entreprise qu’elle soit
publique ou privée nationale ou internationale créatrice de valeur ajoutée
condition d’une transition d’une économie de rente à une économie
productive et enfin la démocratisation des secteurs sources de rente( secteur
des hydrocarbures et gestion active des réserves de change ) , objet de toutes
les convoitises.  

En fait cela  implique une nouvelle gouvernance si l’on veut combattre
efficacement la corruption qui gangrène tout le corps social et qui tend
malheureusement à être banalisée alors qu’elle constitue le plus grand
danger pour la sécurité nationale, pire que le terrorisme qu’a connu
l’Algérie entre 1990/2000. ademmebtoul@gmail.com  


Docteur Abderrahmane MEBTOUL Expert International Professeur d ‘ Université
en management stratégique – docteur d’ Etat Es sciences  économiques
(1974) diplômé de l’institut supérieur de gestion (expertise comptable) de
Lille 1973- ex directeur central des études économiques et premier conseiller
(magistrat) à la Cour des Comptes(1980/1983)


Mercredi 27 Octobre 2010


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