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Rameau d’olivier : Dernière chiquenaude qui délogera les USA ?



Salman Rafi Sheikh
Vendredi 2 Février 2018

Rameau d’olivier : Dernière chiquenaude qui délogera les USA ?
 

    Rameau d’olivier , la dernière opération militaire turque, est bien plus qu'une simple source d’embarras pour les États-Unis, elle marque leur défaite humiliante dans la plus grande guerre moyen-orientale de l'époque moderne – et la fin possible de leur suprématie dans la région.
 

    Si « l'ennemi de mon ennemi est mon ami » est vrai dans les relations internationales, l’exact opposé, « l’allié de mon allié n'est pas mon allié » semble tout aussi vrai quand il s’agit du trio que forment Étasuniens, Turcs et Kurdes. Au cours de la guerre en Syrie, les États-Unis ont clairement choisi de s’allier aux Kurdes, leur principale armée de terre. Or, ce choix n'a pu se réaliser qu’au prix de s'aliéner la deuxième plus grande puissance militaire de l'OTAN, la Turquie.
 

    Pourtant, qu’elle qu’en soit la raison, le soutien qu’apportent les États-Unis aux Kurdes n'a pas immédiatement fait rompre les relations bilatérales entre Turcs et Étasuniens. Jusqu'à 2015, les États-Unis et la Turquie ont continué à se comporter comme des alliés. Mais sous la surface de cette alliance, couvaient de fortes tensions. Les Turcs ont toujours été rebutés par le soutien étasunien aux Kurdes ; et pour le contrecarrer et sécuriser leurs intérêts en Syrie, soutenant d'abord ISIS, ils ont ensuite commencé à armer leurs propres hommes de mains, et les ont insensiblement opposés à l'OTAN et aux États-Unis.
 

    La détérioration des relations bilatérales s'est manifestement développée au moment de la tentative de coup d'État en Turquie, quand les États-Unis en ont été accusés. Bien que ce jeu d'accusations ait provoqué une grande rupture dans les relations bilatérales, il n'explique pas en soi ce qui a réellement permis aux Turcs d’attaquer militairement les alliés (les Kurdes) de leur allié otaniens (les États-Unis).
 

La Turquie a de nouveaux et puissants alliés

 

    Bien que toujours membre l'OTAN, la politique étrangère et l'orientation régionale de la Turquie ont radicalement changé au cours de la guerre en Syrie. D'un côté, la Chine et le Qatar sont devenus ses principaux investisseurs étrangers, de l’autre, l'Iran et la Russie se sont avérés être ses plus grands alliés stratégiques. Cela explique pourquoi, malgré la mort de centaines de combattants alliés des États-Unis dans la dernière semaine, Washington a été incapable de réagir convenablement avec les Turcs. Les Étasuniens n’ont rien fait de plus que prononcer quelques mots de « préoccupation et de mise en garde ». Les États-Unis sont-ils simplement retenus par le statut de membre de l’OTAN de la Turquie ? Eh bien, cela ne les a vraiment pas empêchés de tramer un complot contre Erdogan en soutenant le coup d'État et en refusant de livrer Fethullah Gulen. Qu'est-ce qui a bien pu dès lors changer ?
 

    Malgré l'attaque turque contre des alliés étasuniens en Syrie, il n’y a pas eu de krach dans les marchés et les bourses turcs. Les États-Unis ont été incapables de répondre à cette franche bravade par des sanctions contre l’économie turque. Ayant réduit sa dépendance à l'Europe et aux États-Unis, la Turquie et a trouvé de nouvelles sources de financement au Qatar et en Chine, ainsi que de nouveaux pourvoyeurs d'armes et de moyens défensifs en Chine et en Russie.
 

    Considérez ceci : Avec plus de 20 milliards de dollars d'engagements et 19 milliards de dollars supplémentaires en 2018, le Qatar est déjà le plus grand investisseur étranger en Turquie. En contrepartie, devenue garante de la sécurité du Qatar, la Turquie a installé une nouvelle base militaire dans ce minuscule pays arabe. Les deux derniers développements sont survenus après que la Turquie eut soutenu le Qatar lors du boycott des pays du Golfe l'année dernière. La Turquie a même envoyé de la nourriture par avion, après que l'Arabie saoudite a fermé sa frontière avec le Qatar.
 

    Et bien que l'investissement chinois en Turquie soit relativement faible par rapport à celui du Qatar, il ne fait aucun doute que la Turquie sera un membre territorial clé de l'Initiative chinoise Ceinture et Route. La Chine est déjà en train de construire le réseau routier et ferroviaire avec la Turquie via l'Iran, autre pays clé de l'Initiative chinoise Ceinture et Route. Pendant que dans l'est de l'Iran, la Chine modernise le réseau ferroviaire du pays, dans l'ouest de l'Iran, des équipes de chemineaux s’occupent de relier Téhéran à la Turquie, et éventuellement à l'Europe.
 

    Et la Chine a déjà fait de gros investissements dans le secteur turc des télécommunications. Ainsi, le 5 décembre 2017, ZTE, le plus grand fournisseur d'équipements de télécommunications et de solutions réseau de Chine, a accepté de racheter 48,04% du fournisseur d'intégration de systèmes turc Netas, pour 101,3 millions de dollars, dans le cadre de l’extension des opérations de marchés clés couvertes par Initiative Ceinture et Route de Pékin.
 

    Et il est difficile de douter de la grande entente entre Ankara et Moscou concernant l’objectif à atteindre en Syrie. Sans cette entente, la Turquie n'aurait pu utiliser l'espace aérien syrien. Et à présent, tandis que la Turquie accule rapidement ses principaux adversaires en Syrie, l'Armée syrienne libre (ASL [opposée à Assad, NdT]) soutenue par la Turquie, n’aura en définitive rien à faire ou qu’un très petit rôle à jouer – ce qui donnera à partir de là à la Russie, à l'Iran et à la Syrie, une grande liberté d’action pour en finir avec le bourbier. L'opération turque aura donc deux avantages majeurs : Nuire considérablement à la capacité des États-Unis d'influer dans la situation sur le terrain syrien, et inversement, elle renforcera la position russe. À l'heure actuelle, il est tout à fait évident que l'avertissement syrien d'abattre les chasseurs-bombardiers turcs qui attaquent Afrine, était de la comédie.
 

    Fait intéressant, la Russie ne s'est pas opposée à l'opération turque. Le ministre des Affaires étrangères russe a plutôt accusé les États-Unis de soutenir les Kurdes. Il a dit que leurs « actions unilatérales Unis en Syrie ont indigné la Turquie, » et après le lancement des opérations turques, la Russie a déménagé ses forces d’Afrine pour les envoyer sous un ciel moins bruyant. Voyant cela, les commandants de l’YPG en colère accusent à présent Moscou de « trahison ».
 

Et après Afrine ?

 

    Et les relations entre États-Unis et Turquie vont sans doute se détériorer, car les Turcs lorgnent sur Manjib, l’endroit où les États-Unis ont établi leur « zone de sécurité », avec leur base militaire et leur armée de terre. Or les pentagonaux ont déjà prévenu qu'ils défendront Manjib s'ils sont attaqués.
 

    Afrine n'est donc que la route qui mène à Manjib, car c'est là-bas, à l'est de l'Euphrate, que se tient la véritable menace pour la Turquie. La victoire à Afrine ne sera pas en soi suffisante ; ce n'est que l’avancée tactique vers l'objectif stratégique final : repousser les Kurdes au-delà de l'Euphrate. Les États-Unis vont-ils à ce moment se retrouver face à face avec la Turquie ? La Turquie manifestera-t-elle encore la même audace qu'à Afrine ? Bien des choses dépendront de la suite stratégique que mettront au point les Turcs, les Russes et les Iraniens. Mais Manjib sera aussi un test de la stratégie étasunienne. Contrairement à Afrine, qui est majoritairement kurde, les diverses ethnies de Manjib mettront beaucoup de pression sur les États-Unis. Et il se pourrait bien qu’elles donnent la dernière chiquenaude concertée qui délogera les États-Unis de l'échiquier [syrien].
 

    Salman Rafi Sheikh, chercheur-analyste des relations internationales et des affaires étrangères et intérieures du Pakistan, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.
 

NEO, Salman Rafi Sheikh, 2 février 2018

Original : journal-neo.org/2018/02/02/turkey-s-afrin-operation-is-much-more-than-an-embarrassment-for-the-us-2/
Traduction Petrus Lombard



Vendredi 2 Février 2018


Commentaires

1.Posté par oh-daz le 18/03/2018 09:37 | Alerter
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Les masques tombent...le "rameau d'olivier" n'est en fait qu'un buisson épineux..
.."«Aujourd'hui _ dimanche 18 mars _ à 8h30 avec le soutien des forces armées turques, les divisions de l’Armée syrienne libre sont entrées à Afrine. La ville est complètement passée sous leur contrôle. La plupart des terroristes
ont fui. Nos militaires et l’opposition syrienne sont en train de désamorcer les mines qu’ils ont laissées. Des
drapeaux turcs et de l’opposition syrienne sont brandis dans la ville en ce moment», a déclaré M.Erdogan..."
En clair, recep aide les mercenaires de l'u s-sion a se réinstaller..

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