EUROPE

Quel avenir pour la Grèce et l’Europe après le vote du Non ?


CRISE GRECQUE


Abderrahmane MEBTOUL
Jeudi 9 Juillet 2015

 Quel avenir pour la Grèce  et l’Europe après le vote du Non ?
 


Quel avenir pour la Grèce  et l’Europe après le vote du Non ?
 
L’objet de cette contribution est une interview intégrale donnée à Radio Algérie Internationale  (RAI-invité de la semaine Focus ) le 08 juillet  2015 relative  à l’avenir de l’Europe face à crise grecque  (1)
 
1.-Quelle est la situation financière de la Grèce ?

 Les créanciers privés depuis 2010, sont marginaux, et les principales créances étant détenues  par   les Etats allant dans la lignée  des effets de al crise économique mondiale où l’on est passé de l’endettement privé à l’endettement public dans la majorité des pays développés, en fait faisant supporter par les générations futures le poids de cette dette.   Le poids de la dette  par rapport au produit intérieur brut (PIB)  représenterait en 2015   entre 175/177% du PIB. Les principaux créanciers de la Grèce sont  le fonds monétaire international, la banque centrale européenne    et les Etats membres, qui détiennent à  60% les 313 milliards d'euros de créances émises par la Grèce. Selon certaines sources, nous  avons l’Allemagne 56 milliards d’euros, la France 43 milliards d’euros et  l’Italie 34 milliards d’euros. Rappelons qu’en mars 2012, les créanciers   ont du effacer entre/70 % de leur créance, soit 107 milliards d'euros, le premier plan d'aide s'élevant  à 110 milliards d'euros, constitués de prêts bilatéraux et le second plan d'aide  de 141,8 milliards d'euros, versés à travers le Fonds européen de stabilisation financière (le FESF). Au total, la Grèce a reçu près de 250 milliards d'euros d'aide, sous forme de prêts, mais qui ont fait gonfler   la dette du pays du fait des taux d’intérêts composés. Aussi si   le 30 juin 2015, la Grèce n’honorait  pas  le déboursement  de 7,2 milliards d'euros  dont un remboursement de 1,5 milliard d’euros au FMI, le pays serait en défaut de paiement et le référendum n’a pas changé la donne. Mais il ne faut avoir une vision de catastrophe  car que représente 313 milliards d’euros où  l’Europe des 27 pour environ 900 millions d’habitants a un PIB en 2014 de 17.359.420 milliards de dollars  étant la première puissance économique mondiale avant les  Etat Unis d’Amérique qui ont un  PIB  de 16.768.100 milliards de dollars pour une population de 360 millions d’habitants ( ces deux zones concentrant plus de 40% de la richesse mondiale) sur un total mondial  de plus de 78.000.000 milliards de dollars.  Par ailleurs, comme leçon de la crise de 2008,  pour le sauvetage des Etats, ont été créés un Fonds européen de stabilité financière (FESF) et un Mécanisme européen de stabilité (MES) ainsi que pour les banques, un mécanisme de résolution avec un fonds associé afin que les crises bancaires ne se transforment plus en crise de la dette. C’est la vision de certains experts à Bruxelles  pour qui ,  la zone euro est mieux armée pour résister aux risques de contagion en cas de sortie de la Grèce, mais c’est une  hypothèse dans la mesure  où actuellement , personne ne saurait prévoir la réaction des marchés et leur évaluation du risque politique pour l’ensemble de l’Union européenne. Et C’est  ce facteur stratégique  faut étudier c'est-à-dire  la manière nouvelle de construire  l’Union européenne où a été privilégié la monnaie  au détriment du Social. Je pense qu’avec la crise grecque   plus rien sera comme avant.
 
2.-L’impact du Non et les créanciers ne vont-ils pas  punir la Grèce ?
 
Le chef de gouvernement grec Alexis Tsipras  a sacrifié son ministre des Finances qui avait critiqué ouvertement les créanciers  et notamment l’Allemagne et  avait affirmé que le Non  ne signifiait pas  le retrait de la Grèce  de l’Europe, et qu’il entendait négocier tenant compte de la situation difficile de la Grèce. Avant le référendum  il réclamait    une décote de 30% de la dette grecque  et une période  de grâce de 20 ans,  un scénario  difficilement  réalisable  pouvant tout juste  aller vers une restructuration de la dette à moyen et long terme  sous réserves de réformes structurelles.  C’est que les  deux restructuration de la dette privée, de 2011 et 2012, n'ont pas permis de réduire le taux d'endettement du pays, le PIB s'est effondré, le taux de chômage et la paupérisation se sont accrus, et ce que l’on oublie souvent le taux d'endettement a mécaniquement gonflé du fait que le taux d’intérêt pratiqué à la Grèce est souvent deux à trois fois le taux pratiqué pour l’Allemagne et France rentrant les  primes de risques  et finalement l’on s’est  retrouvé dans l'impasse. Pour revenir à votre question, et c’est l’hypothèse la plus dramatique que je ne souhaite pas au peuple grec,  c’est l’asphyxie financière où la banque européenne  n’alimenterait plus les  banques grecques rendant difficile   le paiement des fonctionnaires et des salariés, et à terme  la mise en faillite de la Grèce. Cela reviendrait à   des révoltes sociales qui pousseraient à la démission  l’actuel chef de gouvernement.
 
3.- La sortie  de l’Euro de la Grèce est-elle envisageable ?
 
Le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009, inclut une clause de retrait. L'article 50 stipule  que «tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l'Union». Le traité prévoit que «l'État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l'Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l'Union». Cet accord est conclu au nom de l'Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen. Le retrait est acté dans un délai maximum de deux ans «sauf si le Conseil européen, en accord avec l'État membre concerné, décide à l'unanimité de proroger ce délai». Mais rien n’est prévu pour la sortie de l’euro. Selon  Sylvain Broyer, responsable du département d’économie chez Natixis  « on ne sort pas comme ça de l’euro puisqu’il n’y a pas de texte qui prévoit la sortie d’un des pays membres de l’Union monétaire européenne », et l’’adhésion à la monnaie unique est même au contraire l’objectif assigné à tous les pays sauf le Royaume-Uni, le Danemark ou la Suède, qui bénéficient d’une exemption. « Si vous voulez sortir de la zone euro, vous devez sortir de l’Union européenne, auquel cas la Grèce  ne bénéficiera plus  de transferts de fonds européens vers ce pays». Et la sortie de la Grèce de la zone euro aurait un impact négatif sur l’avenir  de l’Europe, existant des  maillons faibles,  dont le Portugal, l’Espagne, l’Italie   et en dernier   lieu la France. Et la crise engendre l’apparition des partis populistes comme le PEN en France N’oublions jamais  que les nationalistes chauvinistes  sont nés des crises comme cela a été le cas pour Hitler en Allemagne et Mussolini en Italie, effet de la  crise de 1929 avec toutes les conséquences dramatiques que l’on a connu. Sortir de l’euro c’est avoir  sa propre monnaie –cela mettra du temps-  les expériences historiques montrant que cela conduit à des rationnements comme en économie  de guerre,  et à un processus inflationniste à deux chiffres  qui pénaliserait encore plus les  couches les plus défavorisées  Mais est ce que cela résoudra les problèmes fondamentaux, j’en doute.  

4.-Quel  est alors l’avenir de la  construction européenne ?
 
La  crise  grecque pose   le problème de l’avenir de la construction européenne (est-elle viable à 27) Cela rend  d’actualité  d’une Europe  économique et sociale comme nous l’avons recommandé au sein d ‘une organisation qui porte le même nom,  à laquelle j’étais membre  en 1992,  sous la  direction du feu le Professeur Raymond Barre Premier Ministre français et président de cette organisation,  nous avons proposé  trois  cercles interdépendants  , le premier remplissant les  conditions de stabilité ( 3%  pour le déficit budgétaire et 60% pour la dette publique par rapport au PIB), ceux qui s’en rapprocheraient  et enfin ceux qui auraient  besoins de réformes structurelles  devant les aider par solidarité. En fait tout dépendra de l’attitude dee l’Allemagne où avant le vote Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, la chancelière Angela Merkel aurait été  favorable à une sortie de l’euro en cas de victoire de la gauche radicale aux élections grecques, ce qui a provoqué des remous à Bruxelles. N’oublions pas  est dans le parti qui a été le fer de lance de la construction européenne.  Rappelons nous le tandem  entre le président François Mitterrand et le chancelier allemand Helmut Kohl. C’est un vrai dilemme face à ses députés que devra  affronter la chancelière  Angela Dorothea Merkel. Car nous    Nous avons deux positions. Celle de l’Allemagne qui demande à la Grèce  plus de rigueur budgétaire, la lutte contre la sphère informelle dominante, l’évasion fiscale et la corruption et l’autre plus conciliatrice,  de la France de tenir compte de la situation sociale dramatique  devant concilier efficacité économique et équité et que sans retour à la croissance il serait impossible à la Grèce d’honorer ses engagements. Le retrait de la  Grèce  remettrait en cause le fonctionnement actuel même  de l’Union européenne. Cela ne dédouane pas les différents gouvernants qui se sont succédés en Grèce ou a dominé l’économie de casino : corruption, dominance de la sphère informelle, non paiement des impôts, un train de vie supérieur à la  création de la richesse interne, fuite des capitaux, illusion  de richesses   accentué par les créanciers   qui ont en vu un eldorado qui  se sont retrouvé piégés. Nous sommes dans la mondialisation, en interdépendance  et toute crise touche forcément tous les pays du monde, les plus vulnérables étant les mono-exportateurs. Pour preuve  le cours du Brent  a fortement chuté  se cotant à 57 dollars le Brent et 51 dollars  le WIT  alors qu’il é tait coté avant le référendum pour le Brent à plus de 62 dollars et 59 dollars pour le WIT.  C’est une bonne expérience pour l’Algérie dont les principaux échanges  (importation et exportation) se font avec l’Europe,  bien qu’existent des différences structurelles,  un pays qui avoisine selon l’OCDE   10,  96 millions d’habitants, et un PIB de 237,6 milliards de dollars en 2014, (en diminution en 2015)  presque l’équivalent   de l’Algérie qui approche 40 millions d’habitants. L’Algérie a connu les  effets de la crise de 1986, une cessation de paiement  et un rééchelonnement en 1994, la population, notamment les couches  moyennes qui se sont    paupérisées,  ayant payé un lourd tribu par d’ajustement structurel imposé par le FMI. Espérons que nos gouvernants en tireront les leçons pour l’avenir.   


(1)-Interview du professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL Invité de la semaine de Focus -  Radio Algérie Internationale(RAI)
Le 08 juillet 2015 de 14h30-14-50h

 


Jeudi 9 Juillet 2015


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