Economie et pouvoir financier

Que ceux qui ont des yeux pour voir, voient…


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Mercredi 13 Mai 2015

Que ceux qui ont des yeux pour voir, voient…
Dans un billet précédent (1), j’indiquais que la mise en place d’une monnaie de réserve mondiale nécessitait un terreau favorable (sous la forme d’un grand chaos) et rencontrait un obstacle majeur à savoir celui du taux de change entre cette monnaie mondiale et les monnaies actuelles. Chaque pays souhaitant naturellement que ce taux soit favorable à sa devise nationale.
Précisons d’emblée que pour les élites financières, cette future monnaie mondiale doit servir leurs propres intérêts sous la logique que « ce qui est bon pour les banques est forcément bon pour l’économie et donc pour les gens ».
Actuellement il existe essentiellement deux formes de monnaie :
– La monnaie scripturale qui est celle que nous voyons sur notre compte en banque. C’est une monnaie électronique que l’on peut virer d’un compte à l’autre pour faire des paiements. Elle est créée par les banques commerciales ex nihilo.
– La monnaie de banque centrale qui est une monnaie électronique spéciale utilisée uniquement par les banques entre elles. Cette monnaie est créée exclusivement par les banques centrales. Le commun des mortels ne peut pas l’utiliser sauf si la banque achète auprès de sa banque centrale une matérialisation de cette monnaie banque centrale sous la forme de billet de banques (cash). Une banque commerciale peut alors offrir ce cash à ses clients en échanges de leur monnaie scripturale.
Le but ici n’est pas d’approfondir ces questions, mais l’important pour ce billet, est d’observer les caractéristiques communes de ces deux monnaies :
  1. a) elles sont toutes les deux adossées à des dettes. Ce qui est prodigieusement intéressant pour les banques, car elles sont à la source du crédit et donc de l’argent (les dettes faisant les dépôts).
  2. b) les banques sont les seules à pouvoir créer la monnaie.
 
Cette situation est absolument unique dans l’histoire de l’humanité, car même si nous connaissons malheureusement: depuis qu’Adam et Eve ont été chassés du Jardin d’Eden (2), jamais les dettes n’ont servi comme unique moyen de paiement. Du point de vue des élites oligarchiques financières, c’est là le fruit d’une longue évolution marquée par une date décisive : le 15 août 1971, qui a vu la fin des accords de Bretton Woods et le début d’une ère nouvelle …celle de l’inflation galopante et de l’univers des bulles financières.
PrixUS16652013
Tout cela pour dire que ces élites ne conçoivent pas un seul instant un « retour à la préhistoire » en établissant une monnaie basée sur l’étalon-or (même si ce serait infiniment mieux pour les populations que ce que nous connaissons actuellement)
Si ces élites ont gain de cause, la nouvelle monnaie sera donc forcément exclusivement créée par les banques et adossée d’une manière ou d’une autre aux dettes. Ces mêmes élites ont pleinement conscience du rôle « néfaste » de l’or (de leur point de vue) et ont également une stratégie que nous verrons dans un projet billet pour « régler ce problème ».
Alors : quelle serait cette monnaie mondiale ? Inutile de spéculer car comme souvent, les élites avertissent discrètement afin que ceux qui ont des yeux pour voir, voient.
 
Mainanonyme0 A peine constituée en 1973, profitant de la crise provoquée par l’effondrement de Bretton Woods, la très influente Commission Trilatérale (3) publie, le 22 octobre 1973, un rapport majeur: Towards a Renovated World Monetary System. La liste des personnalités ayant participé à sa rédaction est trop longue. Citons juste Raymond Barre, Zbigniew Brzezinski et A.Lamfalussy. Il y a quelques années, ce document dérangeant se trouvait encore facilement sur le site de la Commission Trilatérale, mais je constate qu’il a disparu.
De toute façon ce document est très technique et nécessite une bonne compréhension des mécanismes financiers.
Pour tenter de le résumer fortement, notons que le rapport commence par identifier deux problèmes centraux dans l’économie mondiale: l’inflation (l’explosion de dettes) et l’impossibilité pour un gouvernement de mener une politique monétaire indépendante dans un monde globale. Les auteurs estiment que le système de Bretton Woods s’est effondré suite à une perte de confiance dans le dollar américain. Pour sortir de la crise, une réforme des institutions monétaires est indispensable. Les auteurs proposent la création d’une monnaie mondiale de réserve à partir des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) créés ex nihilo par le FMI. Ces DTS seraient rebaptisé « bancor ». Les banques centrales seraient chargées de maintenir le cours de leur devise propre dans une fourchette par rapport au bancor. Le FMI devrait ouvrir pour chaque pays des comptes de substitution dans lesquels les gros détenteurs de devises pourraient les échanger contre des bancors. Les gouvernements devraient ensuite réguler leur balance des paiements uniquement en achetant ou vendant des bancors. Le FMI deviendrait une banque centrale mondiale et à plus long terme le bancor pourrait devenir … rien moins qu’une monnaie mondiale !
naissanceeuro
Mais en 1973, les temps ne sont pas encore mûrs. Une expérience « à plus petite échelle » va d’abord être tentée : la création de l’euro en mettant en pratique les recommandations du rapport (enfin pas toutes car le but n’était pas d’avoir un euro viable à long terme). L’euro est, lui aussi, né d’une monnaie virtuelle, l’ECU, adossé à un panier de devises. Exactement comme préconisé par le rapport de la Commission Trilatérale, les banques centrales européennes sont intervenues sur les marchés des changes pour maintenir leur devise dans une certaine bande par rapport à l’ECU. Puis l’ECU s’est muté en EURO. L’ECU était géré par un fonds spécial (situé à Bâle auprès de la BRI !) qui s’est transformé en banque centrale. La monnaie unique européenne a donc été conçue et développée par les mêmes élites financières. L’euro a ensuite été avalisé par le monde politique pour finalement atterrir dans le portefeuille de  « l’homme de la rue ». Qui le sait ?
 
Je constate qu’il est difficile d’expliquer simplement ce que sont ces fameux DTS.
En 1969, la situation sur les marchés des changes est très tendue. Pour maintenir les taux de change, les banques centrales craignent de ne pas avoir assez de dollar disponible (ou d’or, ce qui revient au même à l’époque). C’est dans ce contexte que le FMI crée une sorte de monnaie nouvelle, le droit de tirage spécial (DTS). Commençons par dire ce qu’un DTS n’est pas : ce n’est pas une créance sur le FMI (autrement dit ce n’est pas quelque chose que le FMI doit rembourser ni quelque chose qu’il faut rembourser au FMI, de ce point de vue c’est unique) !
Le FMI distribue sans contre-prestation à chacun de ses membres, un certain nombre de DTS sur base de leurs quote-parts propres (autrement dit, c’est un rôle très confortable pour le FMI qui peut donner librement des DTS qui ne lui coûtent rien et qui ne l’engagent en rien). Un Etat membre peut décider d’utiliser les DTS qu’il a reçus pour les vendre afin de soutenir sa monnaie. Imaginons par exemple, que suite à un déficit commercial, la monnaie d’un pays membre s’affaiblit; le gouvernement de ce pays (ou sa banque centrale) peut acheter sa monnaie et payer en vendant ses DTS.  Dans ce cas, le pays vendeur de DTS aurait un déficit de DTS tandis que le pays acheteur aurait un excédent. Le pays vendeur devrait alors payer des intérêts au pays ayant un excédent de DTS. Un DTS est donc un « droit d’emprunter à un prêteur consentant», une réserve bancaire sur laquelle un pays peut tirer. Comme toutes les monnaies actuelles, créées ex-nihilo, un DTS est adossé à la promesse d’un pays qu’il va honorer ses dettes. Si un pays n’utilise pas ses DTS, il ne paye ni ne reçoit d’intérêts. Le taux d’intérêt du DTS est fixé chaque semaine sur la base de la moyenne pondérée des taux d’intérêt représentatifs de certaines obligations à court terme émises sur le marché monétaire des pays dont la monnaie entre dans la composition du DTS.

La Banquier anonyme

(1) http://liesidotorg.com/?p=335
(2) lire par exemple l’étude de D.Graeber https://ec56229aec51f1baff1d-185c3068e22352c56024573e929788ff.ssl.cf1.rackcdn.com/attachments/original/1/6/6/002585166.pdf
(3) trilateral.org (actuellement co-dirigée par Trichet, ancien Président de la Banque Centrale Européenne)

http://liesidotorg.com/?p=416


Mercredi 13 Mai 2015


Commentaires

1.Posté par hasbeen le 14/05/2015 09:57 | Alerter
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cher Banquier anonyme, j'abonde en votre sens -

vous écrivez Je constate qu’il est difficile d’expliquer simplement ce que sont ces fameux DTS -- la question serait à mon sens, faut-il chercher à l'expliquer lors que vous affirmez depuis qu’Adam et Eve ont été chassés du Jardin d’Eden (2), jamais les dettes n’ont servi comme unique moyen de paiement.

en d'autres termes ... les banquiers créent de la monnaie et de la "richesse" à partir de particules d'oxygène. aussi et autant nécessaire à la vie et à la survie de l'homme.

j'apporterai une slight nuance à la rhétorique de votre analyse "que ceux qui ont des yeux pour voir voient", je le modifierai en ce sens :

que ceux qui ont un cœur, l'écoutent - leur yeux ne verront que plus clair et de façon plus ... lucide.

faut-il s'évertuer à expliquer le mal, faut-il chercher à le décrire alors qu'il suffirait de s'en éloigner, de le rejeter lorsqu'on sait que le dernier verset du Coran Révélé est le suivant, au sujet justement de ce qui est bien expliqué dans ce texte :

sourate 2, verset

278. Ô les croyants! Craignez Allah; et renoncez au reliquat de l'intérêt usuraire, si vous êtes croyants.

279. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de Son messager. Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne, et vous ne serez point lésés.


la lecture de ces versets suggère que Dieu s'adresse aux simples Croyants (et non aux .. arabes ou musulmans) - mon avis et je pense qu'il paraphrase votre texte est que cette dernière Révélation confirme l’affermissement rétroactif par le Prophète de la législation interdisant le Riba, un sujet qui avait déjà été traité au biais de Révélations antérieures (dans le Coran, aussi bien que dans la Torah, les Psaumes, et l’Evangile).

les évènements s'accélèrent à une vitesse fulgurante. votre analyse est très intéressante de ce point de vue.

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