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QUI EST RESPONSABLE DE L'IMPUISSANCE DE L'EUROPE ?


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Ekatérina Kouznetsova,
Mardi 15 Mai 2007

Ekatérina Kouznetsova,
du Centre d'étude de la société postindustrielle

La Russie accueille le 18 mai un sommet Russie-UE dans la région de Samara. A la veille de cette manifestation, les principales nouvelles sont attendues de la Pologne, qui n'a toujours pas levé son veto sur le début des pourparlers entre l'UE et la Russie sur le nouvel Accord de partenariat et de coopération. Pour faire bonne mesure, la Lituanie a annoncé, "très à propos", un possible veto de sa part lié au fait que depuis juin 2006, la Russie ne livre plus de pétrole à la seule raffinerie des pays Baltes. Le Parlement européen a adopté une résolution, à la veille de cette rencontre, appelant à faire des droits de l'homme "le principe fondateur des relations russo-européennes". Dans la presse russe des informations ont filtré, selon lesquelles lors de ce sommet, la question sera soulevée de l'attitude de l'Estonie, à la lumière de l'organisation du récent transfert du Monument aux soldats soviétiques. Dans cette affaire, la Russie est appelée à être "coupable", mais pas repentante.

La situation actuelle des relations entre la Russie et l'UE se ramène à deux éléments clés : premièrement, le ton dans les discussions avec la Russie est donné, de manière assurée, par les pays d'Europe orientale, la plupart d'entre eux ayant été contaminés, comme l'a déclaré Serguéï Yastrjembski, par le "virus" de la russophobie ; en second lieu, il n'existe pas de politique extérieure unifiée vis-à-vis de la Russie, et c'est la raison pour laquelle tant à Bruxelles, qu'à Strasbourg et dans les capitales nationales, en lieu et place d'un dialogue circonstancié, on donne de tristes leçons de morale, on réprimande son voisin oriental.

Les relations entre la Russie et les Etats membres de l'UE ont fréquemment été assombries par des moments de querelles, mais jamais un grand pays de l'UE n'a fait de ses affaires personnelles l'objet de palabres lors des sommets. L'interdiction de l'importation en Russie de fleurs de Hollande pour des "raisons phytosanitaires" n'a ainsi pas fait la "une" des rencontres au sommet. La situation en Europe orientale est tout autre : la Pologne ou les Etats baltes n'ont pas les possibilités diplomatiques des Européens de l'Ouest et ne veulent pas accepter de compromis avec la Russie. Qui plus est, ils tentent, sciemment, de la "blesser", en "jouant" sur le seul élément indiscutable de l'identité nationale – la Victoire sur le fascisme. Pourquoi Bruxelles est-il demeuré muet, lorsque la Pologne a fermé l'exposition russe à Auschwitz ? Pourquoi l'Estonie a-t-elle décidé de transférer le "Soldat de bronze" à la veille même du 62e anniversaire de la Victoire, et non pas plus tard, quand les passions seraient retombées et les discours commémoratifs achevés ?

Par ailleurs, la Commission européenne et les ministres, lors des réunions des conseils, ignorent, de fait, les raisons sérieuses de reporter le début des pourparlers – les droits politiques des citoyens, les difficultés avec l'opposition, le refus de la Russie de réformer son système pénitentiaire. Au lieu d'invoquer ces raisons, les membres du Parlement européen font part de leur "inquiétude", mélangeant tout à la fois les questions de l'ABM et des droits de l'homme, du "Soldat de bronze" et des prisons tchétchènes, de la viande polonaise et du vin géorgien.

La déduction s'impose d'elle-même : l'Europe unie ne sait pas et ne veut pas prendre la responsabilité de créer un nouveau modèle de relations avec la Russie.

Si bien que "l'ordre du jour" européen pour la Russie apparaît des plus pâles. Au nombre des questions à aborder figurent les obstacles à la conclusion d'un nouvel Accord de partenariat et de coopération (lire : les problèmes des paysans polonais et des "pétroliers" lituaniens) ; la sécurité énergétique ; l'adhésion de la Russie à l'OMC ; la ratification de l'accord sur la simplification du régime des visas. Parmi les problèmes internationaux, les Européens ont l'intention de discuter du Kosovo, de l'Iran, du Proche-Orient et des perspectives des conflits gelés en Transnistrie et au Caucase.

Mais sur nombre de ces questions, les positions des deux parties ne peuvent être rapprochées. Et à quoi bon discuter de l'adhésion de la Russie à l'OMC, puisque l'UE a déjà signé le protocole d'accord sur l'entrée de la Russie au sein de cette organisation ? Serait-ce que, sous la pression de "certaines forces", les Européens aient l'intention de revenir sur cette signature ? Quant à la discussion sur la sécurité énergétique, le plus probable est qu'elle ne débouchera sur rien : la Russie édifie un capitalisme d'Etat, avance sur la voie de la nationalisation et de la monopolisation du secteur des matières premières, et n'entend nullement laisser les étrangers accéder à ses gisements et à ses tubes. Cette position pourrait, le cas échéant, être reconsidérée, si les Européens se montraient prêts, en échange, à des concessions telles que l'ouverture de leur marché énergétique aux compagnies russes. Mais les Européens ont clairement fait entendre, à maintes reprises, qu'ils ne voulaient pas laisser des compagnies russes "sauvages" accéder à la vente de détail.

Les discussions sur des "problèmes" n'ayant pas de solution à court terme écartent les deux parties des questions réellement importantes. L'Europe rêve d'inclure les conduites russes dans un système de conduites paneuropéen assorti d'un régime de libre accès. Cependant, les Européens n'ont jamais dit être prêts à poser la question de l'adhésion de la Russie au réseau de transport transeuropéen, notamment aux projets qui se fixent pour objectif d'augmenter le flux des passagers et stimulent la mobilité des populations, qui est en Russie cinq fois inférieure à celle des pays occidentaux. Pourtant, parmi la multitude des orientations de coopération, le regroupement de la Russie et de l'Europe au sein d'un espace de transport unique avec des voies de communication intégrées constituerait un socle des plus naturels pour un rapprochement et une coopération mutuellement avantageuse. La Russie aurait accepté avec un grand enthousiasme des propositions de coopération transfrontalière, incluant des échanges d'expérience, la coopération dans la lutte contre le trafic des stupéfiants et le commerce des hommes, la formation de sa police et de ses garde-frontières à des méthodes de rapatriement respectant la dignité de l'homme, le rééquipement, aux normes européennes, des points de contrôle frontaliers (en particulier si les Européens, en retour, promettaient de simplifier, voire de supprimer, le régime des visas).

Outre les discussions sur des sujets éculés et sur les "destinées du monde", il serait bon de ne pas oublier que la tranquillité sur notre continent est très conditionnelle. Les sources officielles ne disent pas si le problème de l'ABM sera discuté. Sur cette question également, le Européens ne sont pas à même de mettre de l'ordre dans leur propre maison, en permettant aux Américains de transformer l'Europe orientale en instrument d'intimidation de la Russie. Vladimir Poutine a déjà réagi à cela par un moratoire sur l'application par la Russie du Traité sur les Forces conventionnelles en Europe. Un signal a été donné aux Européens. Il est possible que cette réaction soit apparue démesurée sur le Vieux continent, mais que doit-on attendre d'un pays que l'Europe avait promis, dès 1999, d'intégrer dans un espace économique et social unique, et avec lequel elle avait manifesté l'intention d'édifier un système commun de sécurité ?

Le prochain sommet nous conduit à de tristes pensées. Son ordre du jour a été mis sur pied par des Etats de l'Europe orientale qui règlent leurs comptes avec le passé en bloquant le dialogue des principaux acteurs régionaux. Au lieu d'entreprendre des consultations – même officieuses – sur de nouvelles formes de coopération avec la Russie, qu'il s'agisse d'un accord privilégié de partenariat, d'association ou de marché commun, les bureaucrates européens reconnaissent, avec soumission, que "l'on peut simplement prolonger" l'Accord de partenariat et de coopération. Les fonctionnaires européens, qui reprochent à la Russie ses méthodes autoritaires de gestion, sont gênés quand il s'agit d'avancer le refus de ces pratiques comme conditions du développement des relations. Il semble bien que Bruxelles ne soit plus maître de la gestion des relations avec la Russie.

RIA Novosti


Mardi 15 Mai 2007

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