La communauté internationale est, à juste titre, emballée par le succès des négociations à Genève. Toutes les principales exigences sur le programme nucléaire iranien ont été satisfaites. Et même si l’accord est limité dans le temps, la majorité de la classe politique est optimiste pour l’avenir.

Sur ce fond d’optimisme, la position israélienne semble anachronique. Toutefois, les experts reconnaissent qu’elle peut être justifiée historiquement.

« Depuis assez longtemps, les autorités iraniennes (surtout sous Mahmoud Ahmadinejad) disent qu’Israël ne devrait plus exister. C’est une menace grave. Dans la situation actuelle, Israël craint que le changement de rhétorique des dirigeants iraniens soit pris trop au sérieux par la communauté internationale. Pour Israël, la bonne volonté de faire des concessions et de lever les sanctions ne fait qu’aider au développement du programme nucléaire iranien », explique Dmitri Mariassis, spécialiste d’Israël à l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie.

Les Israéliens perçoivent que seul le nouveau président iranien Hassan Rohani utilise une rhétorique pacifique alors que, au sens strict, ce n’est pas lui qui dirige le pays. L’ayatollah Ali Khamenei, le véritable dirigeant de l’Iran, est, lui, toujours aussi virulent. Il a récemment déclaré que les hommes politiques israéliens « ne pouvaient pas être considérés comme des humains » et a qualifié le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu de « chien enragé ». Parallèlement, de nombreux experts estiment qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais dans cette histoire, mais qu’il y a des intérêts géopolitiques, défendus par tous les moyens possibles.

« Le programme nucléaire iranien est un instrument politique que l’Iran utilise souvent dans ses intérêts, en taisant certains aspects et jouant en coulisse. Jusqu’à présent, le véritable contenu du programme nucléaire iranien n’était pas connu. Y a-t-il une composante militaire ? La réponse de l’Iran a été sa volonté d’aller à la rencontre de la communauté internationale et de remplir toutes les obligations qu’il s’est engagé à remplir à Genève. Les Israéliens s’intéressent à la sécurité du pays, car ils sont encerclés par des pays inamicaux et des pays qui soutiennent une neutralité armée », est convaincu Ivan Konovalov, directeur du Centre de conjoncture stratégique.

Il faut dire qu'à chaque grande avancée, les Américains ne se sont jamais départis de leurs obligations d’alliés envers les Israéliens. Le professeur Mehran Kamrava, directeur du Centre d’études internationales et régionales de l’université de Georgetown (Washington) au Qatar, a déclaré à La Voix de la Russie que les Israéliens rusent un peu en parlant de leur isolement.

« Pour Benyamin Netanyahu, les États-Unis ont abandonné Israël à son triste sort. Mais ce sont des inventions. Ni l’Amérique, ni l’Arabie saoudite, ni les autres pays du golfe Persique ne songent à laisser Israël sans aide. À mon avis, les États-Unis sont restés fidèles à leurs promesses de défendre Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Il est très probable que les États-Unis et Israël renforcent au maximum leur collaboration économique et militaire, ce qui, à son tour, dissipera les quelques craintes de Benyamin Netanyahu. »

Aujourd’hui, les Israéliens se considèrent comme laissés seuls contre un « redoutable ennemi ». Le fait que la marge de manœuvre d’Israël ait été réduite est autre chose. Cela est même, apparemment, mieux, compte tenu du climat explosif de la région.

Lors des six prochains mois, nous saurons qui avait vraiment raison, qui était dans l’erreur et qui tentait sciemment de tromper la communauté internationale concernant le programme nucléaire iranien. Nous voulons espérer que se sont les Israéliens qui se sont trompés, car, dans le cas contraire, des évènements tragiques attendent le Proche-Orient.    N