Lobbying et conséquences

Procès de l'AIPAC -- Le lobby révèle que de bons étasuniens espionnent pour Israël


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Justin Raimondo
Lundi 14 Mai 2007

Procès de l'AIPAC -- Le lobby révèle que de bons étasuniens espionnent pour Israël

The American Conservative, par Justin Raimondo, le 7 mai 2007


​​​​Le Premier Amendement donne-t-il le droit de s'engager dans l'espionnage ? Dorothy Rabinowitz semble le penser. Décrivant les actions de Steve Rosen et de Keith Weissman, deux anciens responsables supérieurs de l'AIPAC, le groupe de pression du premier ministre d'Israël, qui ont passé des renseignements volés aux fonctionnaires du gouvernement Israéliens, le journaliste gagnant du Prix Pulitzer les a décrites comme « des activités qui se poursuivent chaque jour à Washington, et qui sont précisément défendues par le Premier Amendement. » Si ce que dit Rabinowitz est vrai, si la transmission d'informations secrètes à des fonctionnaires étrangers est routinière dans la capitale de la nation, alors nous avons tous de grands problèmes.


​​​​Le 4 août 2005, Rosen, Weissman et Larry Franklin, analyste au Pentagone, ont été inculpés par un grand jury fédéral et accusés de violer les clauses de la Loi sur l'Espionnage qui interdisent de divulguer des informations de défense nationale à des personnes non autorisées à les recevoir. L'acte d'accusation retrace le chemin détourné du trio de traîtres, pendant qu'ils se rencontraient dans l'ombre de restaurants vides, à Union Station à Washington, à des coins de rues. Rosen et Weissman ont trouvé et adopté Franklin, lui tirant des renseignements qu'ils transmettaient méticuleusement à leurs contacts Israéliens. Selon Rabinowitz, cependant, ils ne « faisaient que ce qu'ils avaient quelque raison de considérer comme leur job » -- ce qui est vrai, en présumant qu'ils ont compris que leur boulot était d'espionner pour Israël.


​​​​Le procès est prévu débuter le 7 juin. Comme l'instant de vérité approche, le lobby d'Israël augmente la rhétorique. La défense est donc excessive : dans un duo d'accusations hystériques et de justifications frénétiques, les défenseurs des espions accusés ont décrit les poursuites judiciaires comme un coup monté, le résultat d'une lutte à l'intérieur des bureaux du gouvernement, et un complot d'antisémites dans le Département de la Justice (DOJ) de Bush, pour effectuer un pogrom à Washington. Aucune de ces envolées de l'imagination n'est plus convainquante que Dream Team, la défense de J.O Simpson. Pourtant le niveau de bruit continue à monter, comme si le volume pur, au lieu des arguments logiques, pouvait déranger les abondantes preuves de culpabilité des accusés.


​​​​L'acte d'accusation énumère de nombreux actes d'espionnage, remontant à 1999, dans lesquels Rosen et/ou Weissman servaient de tuyaux de communication pour les informations secrètes circulant de Washington à Tel Aviv. Les Fédéraux surveillaient depuis longtemps : l'acte d'accusation fait comprendre que Rosen et Weissman n'ont entrepris aucune démarche sans qu'une unité du contre-espionnage du FBI ne le sache. Cette surveillance a montré comment ils sont tombés sur Larry Franklin, l'analyste supérieur sur l'Iran du Pentagone, qui a dérangé un déjeuner de réunion à Arlington en Virginie, où étaient présents Rosen, Weissman, et Naor Gilon, chef de la section des affaires politiques de l'ambassade Israélienne. Les Fédéraux écoutaient quand Franklin, se référant à un document daté du 25 juin et marqué « top secret », a annoncé qu'il avait des secrets à dire.


​​​​À dire, pas à vendre : à la différence de la majorité des espions de l'après Guerre Froide, le réseau d'espionnage AIPAC-Franklin n'était pas centré sur le gain financier mais sur l'idéologie. Franklin est un néo-conservateur dévoué, un acteur clef encore secondaire du réseau néo-conservateur, qui servait au bureau de l'attaché militaire de l'ambassade des États-Unis à Tel Aviv vers la fin des années 90, et qui était analyste de l'Agence de Renseignement de la Défense avec des connaissances dans les affaires Iraniennes travaillant dans la boutique politique de Douglas Feith.


​​​​L'unité du contre-espionnage suivait de près la piste de Franklin, et elle observait chacun de ses mouvements -- en gros son transfert de renseignements top secret sur l'Iran, Al-Qaeda, et toutes autres informations intéressantes pour Israël, à Rosen et à Weissman, qui les acheminaient vers leurs contacts de l'ambassade Israélienne. Le FBI a donné à Franklin assez de corde pour se pendre, et ensuite est intervenu, s'amenant à sa porte et le mettant face à sa trahison. Une recherche dans sa maison et son bureau a trouvé une véritable bibliothèque de documents classifiés remontant à des années, qui ont été sans aucun doute rendus disponibles aux Israéliens. Face à la probabilité d'une longue période de prison, Franklin a accepté de porter un micro lors de ses réunions suivantes avec Rosen et Weissman. Dans les mois qui ont suivi, le FBI a établi les faits, en enregistrant les conversations et en suivant le duo de l'AIPAC.


​​​​Et ils ont fait du bon boulot, apparemment, car le gouvernement a fait une demande peu commune : que les témoignages et les preuves soient protégés du public à cause de leur nature extrêmement sensible. Ce n'était pas juste une affaire de chapardage de quelques mémorandums inoffensifs. Il semble que l'équipe de l'AIPAC ait filé avec les bijoux de famille et peut-être même les titres de propriété de la maison. Pourquoi autrement le DOJ risquerait-il d'avoir une condamnation rejetée en appel à cause d'un mécanisme juridique rarement invoqué ?


​​​​Pour la raison que cela prédisposerait le jury contre les accusés, la défense a protesté contre les procédures de sécurité proposées : magnétomètres à la porte de la salle d'audience du tribunal, balayages [électroniques] de sécurité sur l'auditoire du tribunal lui-même, fonctionnaire de la cour contrôlant la surveillance électronique pendant la session du procès. Ils comparent ça à traîner devant le jury Rosen et Weissman en uniformes de prisonniers avec les fers. Pourtant ces mesures de sécurité pointent sur le sérieux de l'affaire face à la cour, la profondeur de pénétration dans le gouvernement du réseau d'espions des Rosen-Weissman-Franklin, et la brèche actuelle qu'il a ouvert dans le pare-feu de la sécurité nationale des USA.


​​​​Tandis que la plupart des éléments les plus prudents de la communauté Juive restent bien loin de cette affaire, les radicaux, tels que le Rabbin Avi Weiss et sa AMCHA (Coalition pour les intérêts Juifs), qui auparavant consacraient leurs efforts à libérer Jonathan Pollard, ont maintenant tourné leur attention vers Rosen et Weissman. Steven Lieberman et Anne Sterba, avocats du groupe, ont écrit dans un dossier amicus : « Juger ces deux hommes pour révélation de renseignements critiques de la défense nationale à des fonctionnaires étrangers, sans rendre publiques les informations alléguées, permettra aux ennemis du peuple Juif d'exagérer la signification de ce témoignage et laissera la presse et le public vivre uniquement de rumeurs et de spéculations. »


​​​​Le groupe de Weiss compare la poursuite de Rosen et de Weissman à l'affaire Dreyfus -- en fait en posant en principe l'existence d'une vaste conspiration antisémite aux niveaux les plus élevés du DOJ. Pas précisément une affirmation crédible, présentée, comme elle est, sans preuve, mais les défenseurs de Rosen et de Weissman deviennent plus frénétiques comme la date du procès s'approche. Comme un auteur du journal Israélien Ha' aretz l'a estimé, « Ce procès a-t-il vraiment une quelconque ressemblance avec le procès de Dreyfus ? C'est une époque différente, un pays différent, un système différent, une accusation différente. Faire cette comparaison demande quelque imagination, beaucoup d'ambition, et peut-être une pointe de culot aussi. »


​​​​Récemment, un mémorandum de la défense non scellé détaillait une conférence du 16 février 2005 entre l'avocat de Rosen, Abbe Lowell, et Nathan Lewin, l'avocat de l'AIPAC, dans laquelle ce dernier révélait que Paul McNulty, alors procureur de la région de l'est de la Virginie et procureur en chef de l'affaire, « Aimerait en finir avec les dommages minimaux à l'AIPAC. » Lewin a dit à Lowell, « Il combat avec le FBI pour limiter l'investigation sur Steve Rosen et Keith Weissman et pour éviter de l'augmenter. » Ce n'est guère le comportement qu'on attendrait d'anti-Dreyfusards contemporains du DOJ faisant de l'AIPAC et des Juifs un bouc émissaire.


​​​​Manifestement l'équipe de défense des Rosen-Weissman est impliquée dans une partie de « greymail *, » c'est-à-dire, [qu'elle veut] forcer le gouvernement à révéler autant d'informations secrètes que possible durant la phase d'exploration de cette affaire et espère faire dérailler complètement les poursuites judiciaires pendant qu'il met en balance les effets des révélations contre les avantages d'une condamnation possible. Alors que nous mettons sous presse, le juge T.S. Ellis a statué contre la proposition de protéger les témoignages et les preuves sensibles des poursuites derrière un voile de pseudonymes et d'euphémismes, qui pourraient retarder le début du procès.


​​​​Les efforts pour embarrasser l'administration vont au-delà de la mise en cause du DOJ et ils s'étendent à des personnages éminents tels que Condoleezza Rice, qui est accusée par Abbe Lowell de divulguer des informations de défense nationale à l'AIPAC comme le faisait Franklin. Le général Anthony Zinni est visé de manière similaire. Tous les deux ont été assignés à comparaître, avec David Satterfield, sous-chef de la mission US pour l'Irak, et William Burns, ambassadeur US en Russie, pour témoigner. Si Rosen et Weissman perdent le procès, semble dire le lobby d'Israël, il y aura ensuite dans ce cas beaucoup de gens éminents -- quelques-uns de ceux qui, comme Zinni, s'avèrent être justement leurs ennemis.


​​​​Ce n'est pas du greymail *, c'est du chantage. C'est Zinni, après tout, qui a dit du lobby d'Israël et des néo-conservateurs : « Je pense que c'est le pire secret gardé à Washington. Tout le monde à Washington savait et sait parfaitement ce qu'était leur ordre du jour pendant leur confection à la hâte de la guerre d'Irak et ce qu'ils essayaient de faire. »


​​​​L'intrigue s'est corsée en octobre dernier quand s'est ébruité le mot qu'une proposition de marché a été fait miroiter devant la député Jane Harman : l'AIPAC la soutiendrait pour devenir tête du Comité du Renseignement de la Chambre si elle conseillait au gouvernement de traiter Rosen, Weissman -- et l'AIPAC lui-même -- avec tact et prudence. [Selon] The Forward Reporter, « Plusieurs sources du Congrès ont confirmé que les principaux donateurs du Parti Démocrate ont fait pression sur Pelosi au nom de la nomination d'Harman pour diriger le Comité du Renseignement, et que ces tentatives n'ont pas été bien accueillies par la chef démocrate de la Chambre. » Le Times a donné le nom de Haim Saban, le producteur milliardaire d'Hollywood et principal rupin de l'AIPAC, comme l'un des suppliants. Pelosi n'a pas capitulé, et Harman a été repoussée. Peut-être que c'était en arrière-plan quand l'oratrice a été huée au moment où elle prenait la parole à la conférence nationale suivante de l'AIPAC, bien que Pelosi soit revenue dans les bonnes grâces du lobby d'Israël après qu'elle ait dépiauté une clause du projet de loi des crédits militaires qui aurait exigé que le président aille au Congrès pour [obtenir] la permission d'attaquer l'Iran.


​​​​Afin d'obtenir que l'affaire contre Rosen et Weissman soit abandonnée, la défense s'est battue sur tout un nombre de raisons : la Loi sur l'Espionnage est inconstitutionnel, il ne s'applique pas à leurs clients mais seulement aux fonctionnaires du gouvernement, et, enfin et surtout, le Premier Amendement est une violation du « droit » du lobby d'Israël de révéler des informations secrètes à ses maîtres à Tel Aviv. Tortueux et renversant, menaçant et postillonnant, entravant au mieux qu'elle puisse, la défense a essayé de s'extirper de ça de toutes les manières, en vain. Le procès approche, et le spectacle public du plus grand scandale d'espionnage impliquant Israël depuis les poursuites judiciaires de Pollard pourrait porter une quantité de coups sur le lobby d'Israël à un moment où il est en butte comme jamais avant à l'examen minutieux et à la critique du public.


​​​​Mais cela n'a pas empêché le lobby de défendre effrontément les espions accusés, malgré la supériorité des preuves, et même de les acclamer comme des patriotes. Écrivant dans The Forward, Michael Berenbaum affirme, « Au lieu d'être une raison de poursuites, il devrait être proclamé peut-être que l'influence de Steven Rosen et de Keith Weissman était d'essayer d'amener, de rendre officiel et de mettre le public au courant du danger de l'Iran. » Et pourquoi devrions-nous saluer l'espionnage comme digne de louanges dans ce cas ? Eh bien, vous voyez, parce que les accusés de l'AIPAC étaient en avance sur leur temps en citant le danger de l'Iran : « À Washington, comme Rosen et Weissman l'apprennent de manière pénible, le crime n'est souvent pas de faire du tort, mais plutôt d'être pertinent trop tôt ou au mauvais moment, ou d'être en décalage avec la sagesse conventionnelle, ou de préconiser une vérité gênante. »


​​​​À la lumière de la récente décision du juge Ellis, dans ce procès la Loi sur l'Espionnage sera interprétée à la lettre et il incombe à l'accusation de prouver que les accusés ont sciemment causé du tort aux intérêts de la sécurité nationale US. On pourra s'attendre à ce que la défense produise un boniment semblable à celui de Berenbaum : au lieu de poursuivre Rosen et Weissman, nous devons épingler des médailles sur leur poitrine.


​​​​Les accusés de l'AIPAC n'étaient pas des espions, ils n'étaient que la préfiguration du retournement, anticipant sur le jour où la distinction ne sera plus faite entre les intérêts étasuniens et israéliens. C'est la ligne que nous entendons au moment où le rideau va se lever sur le procès Rosen-Weissman. Que le jury ou le public s'y laisse prendre reste à voir.


​​​​


* NDT : Greymail n'a pas d'équivalent en français. Il s'agit d'une tactique de défense parfois utilisée dans des procès par des accusés, qui demandent l'accès à du matériel classifié pour faire du chantage au gouvernement afin qu'il abandonne les poursuites.


​​​​


Original : http://www.tbrnews.org/Archives/a2682.htm#003

Traduction de Pétrus Lombard pour Alter Info





Mardi 15 Mai 2007


Commentaires

1.Posté par Charles BINAM BIKOI le 04/06/2008 19:33 | Alerter
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Brillant et profondément instructif. Merci !

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