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Problème chypriote : dernière tentative de réanimation ?



Andreï Fediachine
Mardi 23 Novembre 2010

Problème chypriote : dernière tentative de réanimation ?
Le problème chypriote a été de nouveau soumis à l’ONU pour tenter de comprendre s’il est possible de ‘’ recoller ‘’ l’île brisée. Le 18 novembre, Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, a accordé près de trois heures à New York à Dimitris Christofias, président de la République de Chypre, et à Derviş Eroğlu, président de la République turque de Chypre du Nord non reconnue. De sérieuses contradictions persistent, mais ‘’ les deux leaders sont prêts à progresser vers un règlement ‘’, a constaté Ban Ki-moon. Les résultats de cette progression seront évalués fin janvier à Genève. Auparavant, à partir de 2008, les dirigeants des communautés grecque et turque se réunissaient dans leur île.

Le choix de Genève, centre mondial des innombrables pourparlers difficiles et parfois malheureux, pour le nouveau ‘’ concile chypriote ‘’ n’inspire aucun optimisme particulier. D’ailleurs, ‘’ le problème chypriote ‘’, vieux de 36 ans, est un sujet à l’opposé de l’optimisme. Et après la victoire en avril dernier de Derviş Eroğlu, nationaliste virulent et dirigeant du Parti de l’unité nationale, à l’élection du président de la République turque de Chypre du Nord (non reconnue), l’île reste plus divisée que jamais. Que peut-on espérer maintenant, alors que le succès n’a pas été atteint sous Mehmet Ali Talat, un leader turc modéré ? Le nouveau dirigeant, quant à lui, est tout le contraire d’un modéré.

La tentative actuelle de réanimer les pourparlers pourrait s’avérer la dernière. L’Union Européenne, l’ONU et Chypre elle-même sont fortement épuisées par les efforts de régularisation. Au sein de l’UE, les partisans de l’adhésion de la Turquie à cette organisation, dont la Grande-Bretagne (l’ancienne métropole de l’île de Chypre), estiment que ‘’ l’épopée chypriote ‘’ devrait être terminée et que l’île devrait être divisée une fois pour toutes en mettant fin à bien des problèmes. Les Britanniques sont faciles à comprendre : ils achetaient et achètent toujours de l’immobilier et des terrains dans la partie nord de l’île et possèdent, selon certaines statistiques, près de 60-70% des maisons, des villas, des hôtels et des terrains à bâtir.

La Russie devrait également prêter attention au processus de régularisation chypriote pour la raison suivante.

La Russie concernée par le problème de Chypre


La Russie, en tant que membre discipliné de la communauté internationale, a toujours considéré (à juste titre) le règlement chypriote comme un objectif à atteindre. La Russie a des problèmes similaires, notamment en Ossétie du Nord et du Sud. Toutefois, ces considérations ont trait au droit international.

Du point de vue des Russes, qui ont commencé à ‘’ mettre en valeur ‘’ l’île en s’y installant activement pendant ces cinq dernières années, la ‘’ terre d’Aphrodite ‘’ devrait être divisée une fois pour toutes entre les Grecs et les Turcs. Tout s’explique par le droit de propriété de l’immobilier et des terrains dans la partie nord, contrôlée par les Turcs.

Les Grecs et les Turcs sont, de fait, parvenus à un accord sur la future organisation fédérale de l’île. Cette question est donc réglée. Et tout serait parfait sans la question du partage de la propriété. Après l’occupation par la Turquie de la partie nord, ‘’ turque ‘’, de l’île en 1974, 160.000 chypriote appartenant à la communauté grecque ont fui cette région. Après l’invasion, plus de 100.000 colons turcs se sont installés dans l’île pour renforcer la ‘’ composante turque. ‘’ L’obstacle clef dans la voie de la régularisation est l’absence de solution concernant le retour des chypriotes d’origine grecs dans leurs maisons et sur leurs terres d’où ils ont été expulsés par les Turcs : on ne sait pas ce que l’on devrait faire des colons turcs venus d’Anatolie.

Les Turcs ne sont prêts à régler la question de la propriété qu’en versant des indemnisations aux anciens propriétaires. Ils partent logiquement de l’idée qu’en restituant aux Grecs tout ce qui leur a été retiré et tout ce qui a été construit sur leurs terres, on créerait des prémisses matérielles à la domination grecque dans l’administration de l’île.

Les Grecs, à leur tour, insistent sur la restitution des biens, sur le retour de tout ce qui leur avait appartenu : maisons, magasins, hôtels, usines. Avant la division de l’île, les Grecs détenaient près de 80% de toutes les terres et de l’immobilier situés dans la moitié turque.

On ne sait pas au juste combien de Russes habitent actuellement au nord. Ils sont sûrement nettement moins nombreux que dans la partie grecque de l’île qui compte près de 40.000 Russes avec 3 journaux et 7 magasines publiés en russe et où les chaînes russophones de radio et de télévision sont régulièrement diffusées. Les ‘’ Turcs ‘’ ont hébergé nettement moins de nos compatriotes. Pas plus de 5.000, affirme-t-on. Toutefois, ce groupe augmente tous les ans.

Depuis 2007, Roman Abramovitch lui-même a commencé à mettre en valeur Chypre du Nord en y faisant construire le Chelsea Village, une cité d’appartements et de villas pour vacanciers avec toutes les infrastructures nécessaires, et il paraît qu’il s’apprête à y faire construire des hôtels. Les Russes se font attirer dans ‘’ l’île paradisiaque ‘’ par un immobilier moins cher qu’ailleurs. Une villa modeste ou un appartement correct pour vacanciers y coûtent presque deux fois moins cher qu’au Portugal. Et trois fois moins cher qu’en Espagne.

En cas de prise de décision à Genève de régler les litiges liés à la propriété en faveur des Grecs, c’est-à-dire, par le biais des restitutions, tout cet immobilier sera frappé par des procès juridiques longs et extrêmement désagréables. Il ne pourra se vendre que pour des clopinettes. De ce point de vue-là, les Russes devraient être fortement opposés au ‘’ recollage ‘’ de l’île.

Les pourparlers ont fatigué les Chypriotes

Chypre est actuellement en train de vivre une situation similaire à une maladie négligée : les habitants des deux moitiés ne voient plus aucun intérêt à la traiter en estimant qu’une intervention chirurgicale et une amputation seraient préférables. Le problème est que l’ile d’Aphrodite est trop longtemps restée coupée en deux parties inégales.

Jack Straw, ancien ministre britannique des Affaires étrangères et grand connaisseur du problème, a écrit à la veille de l’entrevue de New York qu’après les futurs pourparlers de Genève (Jack Straw les estime perdus d’avance), l’Europe devait être prête à se résigner au fait que Chypre serait divisée définitivement et irrémédiablement.

L’Union Européenne incite actuellement les deux parties à régler le problème qu’elle considère comme un os en travers de la gorge : le fait est que Chypre fait partie de l’UE et a le droit de bloquer (ce qu’elle fait le plus souvent) toutes les questions liées à l’intensification du commerce et des relations avec la Turquie. Cette dernière, étant membre de l’OTAN, s’oppose à l’instauration de relations officielles entre l’UE et l’OTAN. Tous les échanges entre les sièges des deux organisations n’ont qu’un statut officieux. Tout le monde est conscient qu’il est grand temps de sortir de cet état comateux.

La question actuelle se pose de manière simple : les pourparlers de Genève déboucheront-ils sur le ‘’ dédoublement de Chypre ‘’ ou prolongeront-ils les convulsions de la régularisation dont tout le monde est si las ?

Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti


Mardi 23 Novembre 2010


Commentaires

1.Posté par kenan le 28/11/2010 01:57 | Alerter
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ce que veulent les occidentaux c'est que les turcs de chypre passent sous controle grecs.
alors que les turcs ne veulent pas.on a vu le resultat en bosnie. les chretiens et musulmans ne peuvent pas vivre ensemble.

et ne pas oublier que chypre etait turque depuis 1576 jusque 1914 quand elle a ete confisquee aux turcs par les anglais apres la 1 ere guerre mondiale.

il vaut mieux 2 etat separes.



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