ANALYSES

Printemps arabe : Malek Bennabi nous éclaire dans le noir…



Chahid Slimani
Samedi 28 Septembre 2013

« A great civilization is not conquered from without until it has destroyed itself from within. »  (Une grande civilisation ne peut être conquise que si elle s’est déjà détruite elle-même.)    W. Durant
« A great civilization is not conquered from without until it has destroyed itself from within. » (Une grande civilisation ne peut être conquise que si elle s’est déjà détruite elle-même.) W. Durant
Les Ayatollahs chiites et les Salafistes wahhabites ont souillé et dégradé l’atmosphère d’un printemps arabe voulu avant tout émancipateur. Hier, enfants défigurés de la stagnation et de la crise qui a frappé les sociétés musulmanes ces derniers siècles. Aujourd’hui, enfants défigurés de la Naksa [1] et de la militarisation des sociétés arabes, ces obscurantistes « barbus » croient en être la solution. Au milieu de ce chaos, élites laïcisées et Frères musulmans assez naïfs et politiquement immatures n’arrivent pas à comprendre l’importance de l'évolution adaptative.

Si les élites laïcisées et les Frères musulmans ne s’acceptent pas maintenant en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie, en Jordanie et ailleurs dans le monde arabe, et si le Fatah et le Hamas ne s’acceptent pas aujourd’hui en Palestine, les Ayatollahs chiites et les Salafistes wahhabites brûleront le monde arabe avant le monde musulman.

Au milieu de cette brume, j’ai pensé à une passerelle entre vision laïque et vision islamique modérée. J’ai pensé à Malek Bennabi…

Bennabi (1905-1973) est un penseur, philosophe, sociologue et écrivain algérien qui a consacré sa vie aux questions de civilisation, de culture, d'idéologie et surtout de stagnation et de renaissance des sociétés musulmanes…

Puisant dans sa double culture arabe et française, islamique et occidentale, l’enfant de Tebessa nous a légués une réflexion et un regard purs, profonds et libérés de tout ethnocentrisme scientifique et culturel, ce mal funeste, absurde et angoissant qui ronge les cultures et les civilisations de nos jours.

Son œuvre monumentale (plus d'une vingtaine d'ouvrages) rappelle au monde musulman combien la culture, la civilisation et la renaissance ne s’héritent pas, elles se conquièrent comme dirait Malraux.

Dans son ouvrage Vocation de l'Islam, il écrit : « La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c'est la paralysie morale. Son origine est connue : "L'islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-almohadienne une autre proposition : "Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits". Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l'individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement. Jadis Omar ibn al-Khattab faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses "fautes". Mais il y a longtemps que le monde musulman a cessé de s'inquiéter de possibles cas de conscience. On ne voit plus qui que ce soit s'émouvoir d'une erreur, d'une faute. Parmi les classes dirigeantes règne la plus grande quiétude morale. On ne voit aucun dirigeant faire son mea culpa. C'est ainsi que l'idéal islamique; idéal de vie et de mouvement a sombré dans l'orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s'amender ou de s'améliorer : il est irrémédiablement parfait, Parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l'individu et de la société se trouve faussé par cette morne de satisfaction de soi.mofakir_1343614630.jpg Des êtres immobiles dans leur médiocrité et dans leur perfectible imperfection deviennent ainsi l'élite d'une société morale d'une société où la vérité n'a enfanté qu'un nihilisme. La différence est essentielle entre la vérité, simple concept théorique éclairant un raisonnement abstrait, et la vérité agissante qui inspire des actes concrets. La vérité peut même devenir néfaste, en tant que facteur sociologique, lorsqu'elle n'inspire plus l'action et la paralyse, lorsqu'elle ne coïncide plus avec les mobiles de la transformation, mais avec les alibis de la stagnation individuelle et sociale. Elle peut devenir l'origine d'un monde paralytique que Renan et Lamennais dénonçaient en disant que l'islam "pourrait devenir une religion de stagnation et de régression".»

La cible à abattre est donc l'orgueil des élites laïcisées profondément aveuglées par leur acculturation et aliénation et des mouvements islamistes profondément rétrogrades. Car cet orgueil passif et arriéré incite et s’aplatit devant un orgueil actif et développé, celui d’un Occident messianique, prédateur et hégémonique.

[1] La chute en 1967 de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza.



Samedi 28 Septembre 2013


Commentaires

1.Posté par total Recall le 28/09/2013 17:41 | Alerter
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