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Poutine premier ministre: mathématiques appliquées ou théorie de la relativité?


Vladimir Poutine a accepté de devenir premier ministre!

Tout au long de cette année, nous nous sommes posé sans cesse les questions suivantes:

Quel poste choisira Vladimir Poutine afin de conserver un pouvoir réel?

Trouvera-t-il un successeur hyper fiable?

Optera-t-il pour un troisième mandat?

Ou pour le rôle de leader national?

De président de l'Union Russie-Biélorussie?

De président du parlement contrôlant ainsi le pouvoir législatif?

De premier ministre?


Andreï Vavra
Jeudi 20 Décembre 2007

Poutine premier ministre: mathématiques appliquées ou théorie de la relativité?
Par Andreï Vavra, RIA Novosti


Formellement, ce dernier - deuxième personnage de l'Etat - est, semble-t-il, le plus proche du pouvoir. Mais tout le monde a simplement considéré la proposition faite à Vladimir Poutine de devenir premier ministre comme un signal témoignant du fait que le président en exercice continuait de distribuer ses puissantes ressources aux personnes et aux structures qui travailleraient activement après son départ. Hier, la procédure semblait très avantageuse pour le parti Russie unie. Aujourd'hui, elle l'est pour Dmitri Medvedev. Le fait est que ceux qui se rendront aux urnes pour l'élection présidentielle vont raisonner comme suit: s'ils votent pour Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine restera, en assumant les fonctions de premier ministre. Ils y croiront et l'éliront. Alors Vladimir Poutine dira: je ne veux pas accepter la proposition qui m'a été faite il y a trois mois par Dmitri Medvedev, parce que je peux parfaitement contrôler le pouvoir, en bénéficiant de la confiance du peuple et du statut de "leader national".

Bref, tout le monde supposait qu'après le départ du deuxième président de la Russie, la variante Poutine-premier ministre n'aurait rien à voir avec la configuration réelle du pouvoir. Le parti a déjà remporté une victoire, le successeur remportera la seconde: que faut-il de plus? Enfin, tout était clair, semblait-t-il.

Mais, lorsque la candidature du successeur a été dévoilée et que celui-ci a proposé à Vladimir Poutine de devenir son premier ministre, une question s'est alors posée: personne n'a jamais deviné les actions du président, est-ce possible qu'aucune surprise ne nous soit réservée cette fois-ci?

Et soudain, Vladimir Poutine a accepté le poste de premier ministre!..

Nous n'avons rien deviné cette fois non plus. La dualité présumée du pouvoir après le départ de Vladimir Poutine revêt une forme paradoxale après son consentement à devenir premier ministre. Il ne sera pas un leader national, dernière instance avant Dieu lui-même, qui peut à loisir embrasser un enfant inconnu, ou réprimander n'importe quel chef d'Etat, mais, bien que très haut placé, il sera un fonctionnaire, responsable de l'inflation, du versement régulier des pensions, de l'approvisionnement en médicaments subventionnés par l'Etat, de l'essor de l'agriculture, etc. Enfin, il sera même responsable du prix du pétrole, dont dépend le gonflement du budget russe.

Il n'y aura certes aucune redistribution des pouvoirs entre la fonction présidentielle et le gouvernement, mais il sera un premier ministre bien différent d'un Mikhaïl Fradkov ou d'un Viktor Zoubkov. Il sera un "leader national", mais nommé et obligé de rendre des comptes (comme le précise la Constitution). Il s'agit d'un pouvoir qui veille toujours rigoureusement à ce que n'importe quel aspect d'une question reste formellement irréprochable sur le plan juridique: peut-on alors parler d'un troisième mandat pour Vladimir Poutine?!

Quelque chose se cache probablement derrière cette belle unité affichée au sein du pouvoir. Pourquoi Vladimir Poutine juge-t-il nécessaire d'officialiser sa présence dans le système politique? Quelles sont les motivations de Vladimir Poutine: éprouve-t-il de l'inquiétude pour son successeur qui pourrait être victime des siloviki (représentants des structures de force) ou des oligarques? Craint-il que les dirigeants régionaux puissent échapper à son contrôle? Serait-il inquiet du caractère très personnel du système qu'il a édifié? En effet, chez nous, l'essentiel, ce ne sont pas les institutions du pouvoir, mais ceux qui s'y trouvent et les rapports entre eux.

Bref, nous ignorons ce que tout cela signifie. Mais cela a tout l'air d'une reconnaissance de la fragilité du système politique qu'il a créé de ses propres mains, où le garant de l'efficacité, de l'harmonie entre les institutions et même de la capacité de travail est un homme concret. Dans ce système, le maillon principal n'est pas seulement le président, c'est précisément Vladimir Poutine.

D'ailleurs, une certaine fragilité s'est déjà fait ressentir. Partout, la situation se présente comme suit: ou bien il y a des élections, ou bien il n'y en a pas. Chez nous, les citoyens ne cessent de jouer aux devinettes: sous quelle forme le pouvoir s'apprête-t-il à se maintenir éternellement tout en respectant les normes juridiques formelles? De quels instruments va-t-il se servir? A quelles institutions et à quelles lois va-t-il avoir recours? Par quelle surprise tout cela nous sera-t-il annoncé?

D'ailleurs, le nouveau poste de Vladimir Poutine est peu enviable. Il prendra en charge l'élément le plus vulnérable de l'édifice. En effet, l'économie mondiale, à laquelle l'économie russe est intimement liée, subit des cycles. Tout va bien, semble-t-il, puis tout à coup!.. La hausse des prix des produits alimentaires est déjà pour nous un coup dur et inattendu. Si jamais la chute du dollar se poursuit ou que les prix mondiaux du pétrole tombent, il faudra réévaluer les engagements sociaux, s'atteler au problème des retraites, de la hausse des tarifs des services communaux, du rajustement des prix mondiaux et intérieurs des ressources énergétiques, de l'inflation. Le premier ministre est responsable de tout cela...

Autre chose: comment Vladimir Poutine va-t-il rendre compte de ses activités à Dmitri Medvedev? Mais, à mon avis, ce problème concerne davantage Dmitri Medvedev que Vladimir Poutine...

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 20 Décembre 2007

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