MONDE

Poutine au club Valdaï : L’héritage d'Obama peut être rectifié


Dans la même rubrique:
< >

Jeudi 19 Avril 2018 - 13:06 Le trio de l’apocalypse



Andrei Akulov
Lundi 31 Octobre 2016

Poutine au club Valdaï : L’héritage d'Obama peut être rectifié
Lors de la réunion au club de discussion international Valdaï, le Président russe Vladimir Poutine a dit espérer voir s’améliorer les relations russo-étasuniennes après l’entrée en fonction du nouveau président à Washington.
 

    Selon le président, la Russie et les USA devraient « sortir de ce cercle vicieux » et passer à un nouveau niveau de relations. Il a demandé aux USA de s'abstenir de provoquer la Russie en adoptant une attitude hostile pour défendre leurs intérêts nationaux. M. Poutine serait heureux de conclure avec les USA des accords sur divers sujets d'intérêt commun. Le qualifiant d’« inapproprié », le Président russe a rejeté le comportement de politiciens étasuniens, qui rendent la Russie responsable de tout ce qui va de travers dans le monde, y compris en Syrie.
 

    À vrai dire, avec la fin du deuxième mandat de Barack Obama, son incapacité à mener à bien des négociations avec la Russie, est l'un des fiascos de politique étrangère qui ruine son héritage. C’est la débâcle complète dans les efforts communs de Washington et de Moscou pour résoudre la crise syrienne. Du point de vue russe, les USA sont un partenaire sur lequel on ne peut compter.
 

    Le 27 octobre, le ministère des Affaires étrangères russe a publié le document intitulé « Analyse comparative de la mise en œuvre des accords russo-étasuniens » sur la Syrie.
 

    Ce témoignage sera mis en circulation sous la forme d'un document onusien. Il énumère toutes les violations par les USA des accords conclus avec la Russie sur la Syrie.
 

    Dès le début, l'administration était divisée sur les accords avec la Russie à propos de la cessation des hostilités. Il y avait une grande différence entre les positions du Département d'État US et celles du Département de la Défense, les militaires ne voulant pas travailler avec leurs partenaires russes. Les USA ruminaient d’abandonner tous les accords au profit d’options militaires.
 

    Washington a maintes fois accusé la Russie d’avoir bombardé les civils en Syrie. Plus de 60 civils ont été tués et au moins 200 blessés, au cours des trois premiers jours de l'offensive sur Mossoul, lancée par la coalition dirigée par les USA. Personne ne s'est excusé. Cela n'apparaît même pas dans la presse !
 

    Il existe bien d'autres domaines où les relations bilatérales sont en quasi-péril.
 

    Malgré le travail de la Secrétaire d'État assistante Victoria Nuland, l'Ukraine demeure une question de division sans réussir à progresser.
 

    La désagrégation du contrôle des armements se poursuit. Rien n'a été fait pour changer cette tendance pendant le mandat d'Obama.
 

    Le Traité New START de 2010 (Traité de Prague) expire en 2020, sans aucune perspective d'entrée en vigueur d’un nouvel accord. L'avenir du Traité sur les Forces Nucléaires à portée Intermédiaire de 1987 (Traité FNI) est incertain .
 

    Ce Traité est menacé par le déploiement de la défense antimissile balistique (BMD) avec, montés sur les navires de guerre, des lanceurs Mk-41 capables de tirer des missiles de croisière à longue portée. Cela constitue une violation du Traité. Les USA ont violé ouvertement l'accord bilatéral de Gestion et Disposition du Plutonium (PDMA).
 

    L'administration actuelle a lancé le programme de mise à niveau des ogives nucléaires B61-12, afin de les installer sur les avions tactiques des pays de l'OTAN en Europe.
 

    Cette mise à niveau constitue une violation du Traité de non-prolifération (TNP), qui interdit le transfert d'armes nucléaires d’un État doté d'armes nucléaires vers un autre État.
 

    Ce n'est qu’un aperçu de la situation, car les USA ont fait se détériorer au plan mondial le contrôle des armements. Le Président Obama n'a rien fait pour ratifier le Traité d'Interdiction Complète des Essais Nucléaires (TICEN) 20 ans après son adoption en 1996, par l'Assemblée générale des Nations Unies. Le Sommet nucléaire de Washington de 2016 s'est soldé sans rien de tangible. Le système de régulation de la non-prolifération est sapé, et rien n'est fait pour inverser la tendance. Sous l'administration, aucun effort n'a été fait pour ratifier la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982.
 

    L’influence politique des USA s’étiole dans le monde.
 

    En Europe, les USA font face à un revers majeur, car les Européens se révoltent contre le Partenariat Transatlantique de Commerce et d'Investissement (TTIP).
 

    L'Allemagne et la France ont déjà dit que les désaccords anéantissent toute perspective de marché.
 

    La politique de pivot pour l'Asie des USA n’a pu engendrer aucun résultat positif. Les perspectives de ratification du Partenariat Transpacifique (TPP) sont minimes.
 

    La non-ratification de cet accord fondamental sera un grand revers qui sapera la crédibilité des USA dans la région.
 

    La politique US au Moyen-Orient est en plein marasme .
 

    L'Irak est ravagé par le sectarisme, la propagation du mouvement extrémiste islamique (EI), la crise des réfugiés et les difficultés économiques.
 

    L'ingérence en Libye a entraîné la dévastation, la souffrance et le chaos, et la demande d'aide de la Russie.
 

    L'administration a été prise de court par l'émergence de la rébellion des Houthis au Yémen. Suscitant de nombreuses questions concernant les violations des droits de l'homme, la sagesse des USA s’ingérant dans ce conflit est mise en doute.
 

    Les relations entre les USA et l'Égypte se sont détériorées, avec le Caire recherchant d'autres partenaires .
 

    Les efforts du Président Obama visant à instaurer la paix entre Israéliens et Palestiniens ont été anéantis par la construction de nouvelles colonies israéliennes, le discrédit des Palestiniens modérés et le renforcement du Hamas.
 

    La situation au Moyen-Orient est devenue pire qu'avant l’entrée en fonction du président US. Sous le Président Obama, l’EI a fait des gains significatifs au cœur du Moyen-Orient. Il n’existe rien de ressemblant à une stratégie US pour le combattre. Entraînant un supplément de chaos, la politique du président dans la région a aliéné les alliés des USA et multiplié ses ennemis. En conséquence, le Moyen-Orient affronte ses pires bouleversements depuis plusieurs décennies.
 

    Les USA n'ont pas réussi à mener à bien leur mission en Afghanistan.
 

    Aujourd'hui, les combattants talibans contrôlent plus de territoire qu’à tout autre moment depuis 2001. Les combats se poursuivent sans perspective de fin.
 

    Nulle part en Afrique, les USA n'ont obtenu de succès. Les mouvements terroristes embellissent, le continent est menacé d'instabilité. L'Afrique du Nord et les régions sahariennes et sub-sahariennes connaissent une intensification du terrorisme à cause de la politique de changement de régime en Libye. La situation s’est détériorée au point que les USA entament des préparatifs de guerre .
 

    Une débâcle est suivie par une autre. Ce n'est pas entièrement dû au président et son équipe. M. Obama a été guidé par les élites de la politique étrangère, ces mêmes gens avec qui est en cheville la candidate démocrate Hillary Clinton, et qui critiquent le candidat républicain Donald Trump, en particulier pour sa volonté de normaliser les relations avec la Russie.
 

    Voilà ce que le Président Obama lègue à son successeur, sans oublier le champ de mines diplomatiques de ses relations avec Moscou. Comme le montre l'exemple de l'accord nucléaire avec l’Iran, la normalisation des relations avec la Russie pourrait rendre possible de réaliser ce que l'administration Obama a raté. La gestion de la crise en Syrie pourrait en faire partie si la nouvelle administration change d'attitude, règne sur l'armée et respecte les dispositions des accords conclus.
 

    Il serait juste que les USA et la Russie coopèrent en Irak et en Libye. Il semble qu’ils auront à le faire. Malgré tous les actes répréhensibles auxquels se sont livrés les USA ces dernières années, le Président russe leur a tendu la main dans son discours au club Valdaï. Il appartient aux USA de décider s’il est mieux de s’affronter de plus belle que de coopérer profitablement. Une chose est claire : La crédibilité des USA étant perdue partout dans le monde, la nouvelle administration devra travailler très dur pour corriger la situation. La normalisation des relations avec la Russie pourrait être un accomplissement vraiment tangible. Une chose en entraînant une autre, se rapprocher de Moscou pourrait attirer d'autres succès en politique étrangère. La tâche est peut-être difficile, mais elle est faisable. Le nouveau Président étasunien en aura l’occasion.
 

Strategic Culture Foundation , Andrei Akulov, 30 octobre 2016

Original :
www.strategic-culture.org/news/2016/10/30/president-putin-valdai-speech-obama-legacy-can-be-rectified.html
Traduction Petrus Lombard



Lundi 31 Octobre 2016


Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS


Publicité

Brèves



Commentaires