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Pourquoi le gouvernement veut dissoudre Égalité & Réconciliation


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Vendredi 15 Août 2014

Pourquoi le gouvernement veut dissoudre Égalité & Réconciliation

Le gouvernement semble avoir fait de la dissolution des organisations ou des sites opposés à sa politique une priorité expresse. Après les groupes nationalistes mis en cause suite au décès de Clément Méric, c’est au tour du site Egalité et Réconciliation de se trouver dans le viseur. L’hostilité du gouvernement vis-à-vis de la dissidence ne date pas d’hier. On se souvient des diatribes de Manuel Valls contre Alain Soral et Dieudonné à l’Université d’été du PS il y a tout juste un an et de la campagne contre l’humoriste l’hiver dernier. Mais le pouvoir socialiste a franchi un nouveau cran avec la publication d’un communiqué, abondamment relayé par la presse, s’inquiétant de prétendus "stages commandos" organisés dans la forêt de Fontainebleau par la formation "Prenons le maquis", structure partenaire d’E&R. Pour faire "bonne mesure", il a aussi placé dans le collimateur la Ligue de Défense Juive, groupe éminemment violent mais trop intimement lié au CRIF pour réellement craindre une interdiction… et surtout comment dissoudre un groupe qui n’a pas d’existence légale ? La politique du deux poids/deux mesures se cache mal derrière cette pseudo-équité de traitement. En réalité, le gouvernement a une fois de plus recours à la bonne vieille stratégie de la panique morale pour tenter de masquer son échec sur les plans sociaux et économiques. Stratégie payante ou fuite en avant ?
 

La dissolution, une politique d’exception

La lutte contre la parole ou les groupes contestataires est l’un des rares domaines où le gouvernement est résolument actif. En butte à la popularité croissante de Dieudonné, il a fait preuve à son encontre d’un acharnement hors du commun. Harcèlement fiscal, procès à répétitions, intimidations, campagnes mensongères, pressions et circulaires envoyés au préfets pour demander l’annulation de ses spectacles, Hollande et Valls n’ont pas lésiné pour tenter de faire taire l’humoriste. Cette escalade a même conduit à une jurisprudence   interdisant certains spectacles ou réunion au seul motif de  "risques de troubles à l’ordre public". Notion pour le moins élastique… Quelques mois plus tôt, le conseil des Ministres  n’avait dissous pas moins de cinq associations ou organisations nationalistes dans le sillage de l’affaire Méric : Troisième voie, Envie de rêver, l’Oeuvre Française, les Jeunesses Nationalistes et les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires. Surfant sur cette vague liquidatrice, l’inénarrable Frédéric Haziza, avait déjà demandé au gouvernement de dissoudre Égalité & Réconciliation qu’il avait qualifié (sans rire) de site "antisémite et révisionniste". D’autres journalistes y étaient aussi allé de leur vindicte contre le site antisioniste.

Cet activisme répressif rompt avec des décennies de tolérance relative vis-à-vis des groupes contestataires, pendant lesquelles les différents gouvernements n’ont eu recours à la loi de 1936 sur les milices et les groupes de combat qu’avec parcimonie. En tout et pour tout, on ne compte qu’un peu moins d’une centaine d’organisations dissoutes en 80 ans à des époques où sévissait un activisme autrement plus virulent que celui de la période actuelle : ligues factieuses royalistes ou fascistes d’avant-guerre, mouvements collaborationnistes ou néo-nazis de la Libération, mouvements indépendantistes tiers-mondistes des années 1950 et 1960, groupes terroristes, gauchistes ou régionalistes des années 1970 et 1980. Le rythme des dissolutions a depuis 20 ans nettement faibli. Le précédent gouvernement n’avait dissous que deux groupes : Tribu Ka et Forsane Alizza.

Le gouvernement Hollande/Cazeneuve a banalisé ce qui relevait de l’exception politique en déclarant que "les groupes qui peuvent poser problème seront dissous". Et pour ce faire, un simple décret pris en Conseil des Ministres suffit si le groupe est jugé dangereux à partir de 7 critères définis par l’article L 212-1 du code de la sécurité intérieure (un seul suffit pour emporter la décision). Il se montre ainsi particulièrement actif dans un domaine où les effets médiatiques sont quasi-immédiats. Les bénéfices politiques à court terme sont également au rendez-vous.

Panique morale et enfumage politique

La "panique morale" est une réaction à un danger imaginaire. Elle surgit quand "une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société". Elle met en présence deux acteurs majeurs : les  "chefs moraux" (moral entrepreneurs) initiateurs de la dénonciation et les "boucs-émissaires" (folk devils), personnes ou groupes désignés à la vindicte collective. Souvent liée à des controverses, elle est alimentée par une couverture médiatique intense qui contribue à la faire exister en tant que problème prioritaire.
L’affaire Dieudonné a relevé de cette mécanique dont la finalité est de redonner du crédit au gouvernement en place. Une fois la fiction du "désordre" créée médiatiquement ou concrètement (par exemple en encourageant les opposants à manifester), il a ensuite été facile à Manuel Valls de faire montre d’autoritarisme en mobilisant les pouvoirs publics contre un homme et ses adeptes "quenelliers" métamorphosés en activistes néo-nazis par la grâce de l’alchimie médiatique. La défense de "l’ordre public" contre une menace fictive et fabriquée de toutes pièces est un moyen pour le gouvernement de retrouver un crédit politique au moment où celui-ci lui fait cruellement défaut. C’est cette même mécanique qui avait conduit à la dissolution de plusieurs organisations nationalistes suite au décès de Clément Méric et à l’intense campagne médiatique contre les groupes "extrémistes" qui s’en était suivie – la métémorphose de Manuel Valls en chef de guerre contre le fascisme n’a d’ailleurs trompé que ceux qui  connaissent mal les antécédents du personnage. Et c’est enfin celle par laquelle le gouvernement cherche à dissoudre E&R en développant un discours alarmiste relayé par la presse nationale.

La stratégie du bouc émissaire

Désigner un bouc émissaire est, on le sais, particulièrement rentable en période de marasme économique. Mis en échec face à une crise dont il ne maîtrise ni les causes, ni les effets, englué dans les contraintes budgétaires et financières de l’Europe communautaire, réduit à suivre servilement le bloc atlantiste dans ses aventures militaires du fait de l’intégration de la France à l’OTAN, le gouvernement n’a plus que le domaine de la sécurité intérieure, où il garde les coudées franches, pour tenter de retrouver semblant de légitimité. Comme les difficultés économiques réduisent la marge de manoeuvre des gouvernants sauf pour ce qui est des politiques de maintien de l’ordre,  répression rime généralement avec récession : la crise est propice au serrage de vis sécuritaire. Mais même sur ce plan, le bilan n’est pas brillant  car, à défaut de faire progresser la sécurité, le gouvernement a surtout fait reculer les libertés publiques.  Ne reste alors que la stratégie du bouc émissaire collectif pour faire diversion. Créer un problème de toute pièces puis mettre en œuvre une solution toute aussi factice est ainsi la dernière carte que peut jouer un gouvernement en déroute.
Néoconservatisme sur toute la ligne

La prétendue menace n’est pas choisie au hasard. Une fois de plus il s’agit d’un groupe qui met en cause l’influence du sionisme sur la vie politique française. La volonté de dissoudre E&R est donc en quelque sorte pour le gouvernement le prolongement de sa ligne atlantiste : allégeance sans failles à Israël en particulier et au bloc occidental en général y compris dans les dossiers les plus brûlants (Palestine, Ukraine, Syrie et Irak) et, à l’intérieur, soumission aux desiderata du CRIF dont le président a jugé "surprenant" que certaines organisations propalestiniennes ne soient pas visées par le gouvernement. Sans oublier l’UEJF, organisation communautaire, qui a appelé à la dissolution d’E&R … Dans ce contexte, on comprend sans peine que la popularité croissante  d’un site antisioniste soit un problème pour Hollande et son équipe mais l’option de la dissolution, l’usage du seul rapport de force et lieu et place du débat politique, n’est en réalité qu’un choix par défaut et sonne comme un aveu de faiblesse.

Nicolas Bourgoin

Nicolas Bourgoin

Nicolas Bourgoin, né à Paris, est démographe, docteur de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales et enseignant-chercheur. Il est l’auteur de trois ouvrages : La révolution sécuritaire (1976-2012) aux Éditions Champ Social (2013), Le suicide en prison (Paris, L’Harmattan, 1994) et Les chiffres du crime. Statistiques criminelles et contrôle social (Paris, L’Harmattan, 2008).


 
http://bourgoinblog.wordpress.com/2014/08/11/pourquoi-le-gouvernement-veut-dissoudre-egalite-reconciliation/#more-2504
 

 



Vendredi 15 Août 2014


Commentaires

1.Posté par Rien a faire le 17/08/2014 11:35 (depuis mobile) | Alerter
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Tous cela sert la propagange islamiphobe Soral accentue sa pzeqecution imaginaire, voulue et cree pour faire pleurer dans les chaumieres. Apres la shoah business voici la shoral business

2.Posté par karimdz le 17/08/2014 18:13 | Alerter
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En tout cas, première constatation, nous ne sommes plus dans un état de droit, mais une dictature, on interdit des manifestations, on interdit des sites demain ce sera la liberté d expression tout court.

A propos de Soral, j ai toujours eu un faible pour ses discours, j ai discuté avec plusieurs personnes, avec des avis opposés à son sujet, tout comme sur Dieudonné, mais je persiste à croire, que ce sont d authentiques résistants du système.

Qui a intéret à les diaboliser, les sionistes forcément ! Faudrait qu on m explique en quoi, ce mec fait le jeu du fn alors que le discours du fn dixit marine, est plutot pro sioniste.

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