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Par solidarité avec la presse libre – Quelques dessins blasphématoires en plus!


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Mardi 13 Janvier 2015

Par solidarité avec la presse libre – Quelques dessins blasphématoires en plus!

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Article initialement paru en anglais sur le site de Glenn Greenwald, un journaliste politique, avocat, blogueur et écrivain américain. À partir de 2013, il commence à publier les révélations d’Edward Snowden sur les programmes de surveillance de masse (PRISM, XKeyscore) des citoyens, entreprises et États du monde entier par la NSA.

Défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse, ce qui signifie défendre le droit de propager les idées que la société trouve abjectes, a été une de mes principales passions de ces 20 dernières années : auparavant comme avocat et maintenant en tant que journaliste. Par conséquent, il m’apparaît tout à fait positif qu’un grand nombre de gens revendiquent haut et fort ce principe, comme c’est le cas depuis 48 heures en réponse au terrible attentat dont Charlie Hebdo a été victime à Paris.

D’habitude, défendre la liberté d’expression est une tache plutôt solitaire. Par exemple, la veille de ces meurtres à Paris, j’ai écrit un article sur plusieurs cas où des musulmans se voient poursuivis et emprisonnés par des gouvernements occidentaux pour avoir exprimé des idées politiques en ligne – des attaques qui ont soulevé bien peu de protestation, y compris chez ceux qui se sont érigés en défenseurs de la liberté d’expression tout au long de cette dernière semaine.

J’ai couvert par le passé de nombreux cas où des musulmans étaient emprisonnés pendant de nombreuses années aux USA pour des choses comme la traduction et l’envoi sur le net de vidéos « extrémistes », pour avoir rédigé des articles en défense de groupes palestiniens et émettant de vives critiques à l’égard d’Israël, et même pour avoir inclus une chaine du Hezbollah dans une offre d’abonnement. Sans compter les nombreux cas de pertes d’emploi ou les carrières détruites pour avoir critiqué Israël ou (bien plus dangereux, et plus rare) le judaïsme. J’espère que les célébrations de cette semaine en faveur des valeurs de la liberté d’expression génèreront une opposition qui s’étendra à toutes ces violations des droits politiques fondamentaux qui existent depuis longtemps et sont de plus en plus nombreuses, en occident, et non uniquement à certaines d’entre elles [de ces violations].

Au cœur de l’activisme en faveur de la liberté d’expression on a toujours retrouvé la distinction faite entre défendre le droit de propager une idée X et l’adhésion à cette même idée, une distinction que seuls les simples d’esprits sont incapables de comprendre. Il s’agit de défendre le droit d’exprimer des idées abjectes tout en étant capable de condamner ces-mêmes idées. Il n’y a pas l’ombre d’une contradiction en cela : l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) défends vigoureusement le droit à des néo-Nazis de défiler au sein d’une communauté pleine de survivants de l’holocauste à Skokie, dans l’Illinois, mais ne se joint pas à la marche ; au lieu de cela ils condamnent ouvertement les idées en question les jugeant grotesque, tout en défendant le droit de les exprimer.

Mais la défense du droit à la liberté d’expression fut si inspirée au cours de cette dernière semaine qu’elle donna naissance à un tout nouveau principe : pour défendre la liberté d’expression, il faut non seulement défendre le droit de propager le discours, mais également s’associer au contenu de ce discours. De nombreux écrivains ont donc exprimé la demande suivante: afin de manifester la « solidarité » avec les dessinateurs assassinés, on ne devrait pas simplement condamner les attaques et défendre le droit de ces dessinateurs à publier, mais on devrait publier et même célébrer ces dessins. « La meilleure réponse à l’attentat contre Charlie Hebdo », annonçait l’éditeur de Slate, Jacob Weisberg, « est d’intensifier la satire blasphématoire ».
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Certains dessins publiés par Charlie Hebdo n’étaient pas simplement choquants mais étaient sectaires, comme celui se moquant des esclaves sexuelles africaines de Boko Haram les qualifiant d’assistées profitant des allocations familiales (ci-dessus). D’autres allaient bien au-delà de la seule violence pernicieuse des extrémistes agissant au nom de l’Islam, ou de la simple représentation dégradante de Mahomet (ci-dessous), et contenaient un flot de moqueries envers les musulmans en général, eux qui, en France, sont une communauté d’immigrés ayant très peu de pouvoir et d’influence, et qui sont largement marginalisés et stigmatisés.
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Mais peu importe. Leurs dessins étaient nobles et méritaient d’être célébrés – pas seulement au motif de la liberté d’expression mais aussi pour leur contenu. Dans un édito intitulé « Le blasphème dont nous avons besoin », Ross Douthat du New York Times, argumentait que « le droit au blasphème (et autrement, d’offenser) est essentiel à l’ordre libéral » et « que ce genre de blasphème [qui provoque la violence] est précisément celui qui doit être défendu, parce que c’est le genre qui sert clairement le bien suprême d’une société libre ». Jonathan Chait du New York Magazine, a en effet proclamé que « l’on ne peut défendre le droit [au blasphème] sans en défendre la pratique ». Matt Yglesias de Vox, avait un point de vue plus nuancé mais concluait néanmoins que « blasphémer le prophète fait de la publication de ces dessins non plus un acte vain mais un acte courageux voire nécessaire, bien que cela apaiserait les esprits de faire remarquer que le monde se passerait volontiers de ces provocations ».

Afin de nous conformer à ce nouveau principe de solidarité avec la liberté d’expression, et avec une presse libre, nous publions quelques dessins blasphématoires ou choquants, sur la religion et ses adeptes :

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[« Moïse »] PS: N’oubliez pas de contrôler les médias. Moïse donne aux juifs le 11ème commandement secret.


 
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Un individu apparemment juif, baillône (réduit au silence) un autre individu, à l’aide d’un autocollant avec marqué « Liberté d’expression ».

 
 
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Barack Obama et Benjamin Netanyahu sont ici présentés comme des marionnettes à gaine, manipulées par un individu qu’on associe au judaisme (clichés: chapeau avec étoile de David, nez proéminent, barbe)

 
 
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« Hey, ils n’appellent pas cela le système « juif-diciaire » (en anglais en prononçant le mot judiciaire, on prononce le mot juif) pour rien ».

 
 
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« Enrôle toi dans l’armée des états-unis et… combat pour Israël. » (On voit un individu qu’on associe au judaïsme, présentant les clichés précédemment cités)

 
 
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« Religion de haine! » « Stop à l’immigration! »

Et voici quelques dessins pas-le-moins-du-monde-blasphématoires-ou-sectaires et pourtant acerbes et pertinents du dessinateur brésilien brillant et provocateur Carlos Latuff (avec sa permission) :


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à gauche: [Quand on fait des dessins à propos des musulmans] C’est la liberté d’expression! |—-| à droite: [Quand on fait des dessins à propos des juifs] C’est de l’anti-sémitisme! (et le dessin est donc censuré)

 


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Comparaison entre ISIS et Israël, « état juif en Israël »… (et dans l’étoile blanche: « et au levant »). Gaza se fait « décapité » (en référence aux décapitations médiatisées de journalistes par ISIS, l’état islamique)


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Le professeur Steven Salaita (cité plus bas dans cet article) se fait virer par le « lobby israélien » (sur le capot de la voiture de police)


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Devrait-on alors célébrer ma bravoure et ma noble défense de la liberté d’expression ? Ai-je fait avancer la liberté politique et démontré ma solidarité envers le journalisme libre en publiant des dessins blasphématoires ? Et si, comme Salman Rushdie l’a dit, il est vital que toutes les religions soient sujettes à un « irrespect sans limite », ai-je fait contribué à la défense des valeurs occidentales ?

Quand j’ai commencé à voir ces demandes de publications de dessins anti-musulmans, le cynique en moi s’est peut-être mis à penser qu’il s’agissait juste de sanctifier certains types de discours offensants envers certaines religions et leurs adeptes, tout en protégeant certains groupes plus favorisés. L’occident a d’ailleurs passé des années à bombarder, à envahir et à occuper des pays musulmans et à tuer, torturer et emprisonner sans foi ni loi des musulmans innocents, et le discours anti-musulman a été un moteur essentiel du soutien envers ces politiques.

Donc il est n’est absolument pas surprenant de voir un grand nombre d’occidentaux glorifier des dessins anti-musulmans – pas sur la base de la liberté d’expression mais sur celle de l’approbation du contenu. Défendre la liberté d’expression est toujours facile lorsque vous aimez le contenu des idées en question, ou que vous ne faites pas parti du groupe vilipendé (ou que vous éprouvez une aversion envers lui).

En effet, il est clair que si un auteur spécialisé dans les écrits ouvertement anti-noir ou antisémite avait été tué pour ses idées, il n’y aurait pas eu d’appel général à republier ses cochonneries par « solidarité » avec son droit à la liberté d’expression. D’ailleurs, Douthat, Chait et Yglesias se sont donné du mal pour exprimer précisément qu’ils n’appelaient à la publication d’idées aussi offensantes que dans le cas où il y avait menaces de violence ou violence perpétrée en réponse (donc en pratique, à ce que je constate : le discours anti-islam). Douthat a même utilisé l’italique pour marquer l’emphase sur la limite de ce que constituait la défense du blasphème : « ce genre de blasphème est précisément celui qui doit être défendu ».

On devrait admettre un point valide dans les arguments de Douthat/Chait/Yglesias : quand les médias s’empêchent de publier quelque chose par peur (plutôt que par désir d’éviter de publier du contenu gratuitement offensant), comme plusieurs des principaux groupes de médias occidentaux ont admis avoir fait avec ces dessins, il s’agit alors d’un véritable problème, d’une menace pour la presse libre. Mais il y a toutes sortes de tabous pernicieux en occident qui entrainent autocensure ou suppression contrainte d’idées politiques, de la poursuite en justice et l’emprisonnement à la destruction de carrière : pourquoi la violence des musulmans est-elle la plus menaçante ? (Je ne parle pas ici de la question de savoir si les médias doivent ou non publier ces dessins parce qu’il ne vaudrait pas le coup ; je me concentre sur la demande qu’ils soient publiés volontairement, avec approbation par « solidarité ».)

Quand nous avons discuté la publication de cet article, afin d’exposer ces points, notre intention était de charger deux ou trois dessinateurs de créer des dessins moquant le judaïsme et de calomnier des idoles sacrées pour les juifs de la même manière que Charlie Hebdo le fait à l’égard des musulmans. Mais cette idée fut entravée par le fait qu’aucun média mainstream occidental n’oserait voir son nom lié à un dessin anti-juif, même dans le cadre de la satire, parce que faire ça reviendrait à détruire instantanément et définitivement sa carrière, au minimum. Des commentaires anti-islam et anti-musulman (et les dessins) il y en a la pelle dans les médias occidentaux ; le tabou inversement important, si ce n’est plus, ce sont les images et les commentaires anti-juifs. Pourquoi Douthat, Chait, Yglesias, et les autres défenseurs de la liberté d’expression du même acabit n’exigent-ils pas la publication de contenu antisémite en solidarité, ou comme un moyen de s’opposer contre la répression ? Oui, il est vrai que des médias comme le New York Times vont à de rares occasions publier de telles représentations, mais uniquement pour documenter le sectarisme haineux et le condamner – pas pour les publier par « solidarité » ou parce qu’elles méritent sérieusement d’être diffusées.

Avec tout le respect que je dois à la grande dessinatrice Ann Telnaes, ce n’est juste pas vrai que Charlie Hebdo « offensait équitablement selon les opportunités ». À l’instar de Bill Maher, Sam Harris et d’autres obsédés par l’anti-islamisme, se moquer du judaïsme, des juifs et/ou d’Israël est quelque chose qu’ils ne faisaient que très rarement (pour ceux qui osent le faire tout court). Si on les y pousse, ils pourront nous montrer quelques cas, rares et isolés, ou ils émirent quelque critique du judaïsme ou des juifs, mais la grande majorité de leurs attaques sont réservées à l’islam et aux musulmans, pas au judaïsme et aux juifs. La parodie, la liberté d’expression et l’athéisme séculaire sont les prétextes ; la diffusion de messages anti-musulmans est l’objectif principal et la conséquence. Et cette diffusion – cette affection spéciale pour les discours anti-Islam –par hasard, coïncide et nourrit la politique étrangère militariste de leurs gouvernements et leur culture.

Pour mieux s’en rendre compte, considérez le fait que Charlie Hebdo – les offenseurs « équitable » et défenseurs de tout type de discours provocateurs – a viré l’un de ses auteurs en 2009 pour avoir écrit une phrase jugée antisémite (l’auteur fut accusé de crimes haineux, et obtint gain de cause contre le magazine pour licenciement abusif). Cela ressemble-t-il à de l’offense « équitable » ?

Il n’est pas non plus vrai que les menaces de violence en réponse à des idées offensantes soient l’apanage des extrémistes proclamant agir au nom de l’Islam. La pièce de théâtre de 1998, « Corpus Christi », de Terrence McNally, représentant Jésus comme étant gay, fut annulé à répétition par les théâtres à cause de menaces de bombes. Larry Flint fut paralysé par un suprématiste évangélique blanc en réaction aux illustrations pornographiques de couples interraciaux de Hustler. Les Dixie Chicks reçurent un déluge de menaces et eurent un besoin massif de protection après avoir publiquement critiqué George Bush pour la guerre en Irak, ce qui les poussa finalement à s’excuser, par peur. Les violences émanant du fanatisme juif et chrétien sont légions, des meurtres de docteurs pratiquant l’avortement aux bars gays qui sont plastifiés, à l’occupation brutale, depuis plus de 45 ans, de la West Bank et de Gaza, en partie due à la croyance religieuse (commune aux États-Unis et à Israël) comme quoi Dieu aurait décrété que cette terre leur revenait en entier. Et tout cela indépendamment de l’utilisation systématique de la violence d’état en occident, soutenue, au moins partiellement, par un sectarisme religieux.

David Brooks du New York Times affirme aujourd’hui que l’anti-christianisme est si répandu en Amérique – ou jamais aucun président non-chrétien n’a été élu – que « l’université de l’Illinois a viré un professeur qui avait enseigné le point de vue catholique romain sur l’homosexualité ». Il oublia juste de mentionner que la même université venait de mettre un terme au contrat de titularisation du professeur Steven Salaita pour des tweets qu’il aurait posté durant l’attaque israélienne de Gaza, que l’université aurait jugé être excessivement vitupérant envers les dirigeants juifs, et que le journaliste Chris Hedges vit son invitation – à venir parler à l’université de Pennsylvanie – annulée, pour un crime imaginaire, celui d’avoir fait des rapprochements entre Israël et ISIS.

Ceci est un vrai tabou – une idée réprimée – si puissant et si absolu aux États-Unis, que Brooks ne se permet même pas d’aborder son existence. C’est certainement bien plus tabou aux USA que critiquer les musulmans et l’Islam, une critique qui est si fréquemment entendue dans les cercles mainstreamdont le congrès des États-Unis – qu’on ne la remarque presque plus.

Glenn Greenwald

Traduction: Nicolas CASAUX
Édité par: Héléna Delaunay



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