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PUTSCH D’EGYPTE A BAS LES MASQUES !


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Depuis 1988, date du soulèvement populaire en Algérie, le même scénario se répète de la même façon dans les pays arabes, en allant de l’Atlantique au Golfe Persique. Il explique le syndrome de l’échec arabo-musulman contemporain. Le même scénario se reproduit à chaque fois au point qu’on se lasse parfois de le décrire de nouveau, tellement l’identité des acteurs est toujours la même. Ce sont des causes similaires qui sont à l’origine du syndrome. Le scénario implique d’un côté l’instigateur ou commanditaire ou maître de l’ouvrage qui est étranger et de l’autre côté le maître d’œuvre ou exécutant qui est national ou régional proche du terrain des opérations. Dans cet article, on tente, encore une fois, de réveiller nos morts vivants qui restent autocentrés sur leur propre personne et leurs intérêts. Par acquit de conscience, quitte à se répéter, on va faire le récit des tenants et aboutissants du dernier putsch organisé par les généraux d’Egypte (OUMMA DOUNIA).


Mahi Tabet Aoul
Dimanche 27 Octobre 2013

PUTSCH D’EGYPTE A BAS LES MASQUES !
CHUTE DE MOUBARAK ET SEQUELLES

La chute de Moubarak a laissé des séquelles aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Au plan intérieur, Moubarak quitte le pouvoir en laissant les caisses vides, une forte dégradation de l’économie et le recul drastique du tourisme en tant que source principale d’activité économique et de rentrée de devises fortes. Le soulèvement populaire visait la mainmise de l’oligarchie politico-militaire sur l’économie du pays et l’état d’urgence qui aurait duré 31 ans. Il imputait l’appauvrissement de la société égyptienne à cette oligarchie et revendiquait une redistribution des richesses nationales et l’amélioration des conditions de vie.

Au plan extérieur, Moubarak avait fait montre de plusieurs gages d’allégeance à l’égard de l’Occident en acceptant d’être spectateur inamovible face aux massacres des Palestiniens du Hamas (Ghaza) par Israël, de jouer le rôle actif de gendarme vis-à-vis des palestiniens et de l’asphyxie de ces derniers par le contrôle implacable de la frontière avec Gaza avec le contrôle draconien et la fermeture répétée du passage de Rafah. Il ne s’opposa pas, en dehors de l’expression verbale, à la politique de colonisation de Jérusalem par Israël et aux mesures à grande échelle de l’expropriation des terres appartenant aux Palestiniens.

MORSI ET HERITAGE EMPOISONNE

A son arrivée, Morsi va devoir se confronter à deux grandes forces léguées par le système Moubarak : l’armée et le pouvoir judiciaire.

MORSI ET ARMEE

A son arrivée, Morsi se trouve confronté déjà à un grand contentieux avec la junte militaire issu du système légué par Moubarak qui était lui-même général et membre de cette junte. En effet, le Conseil Suprême des Forces Armées avait déjà pris la décision de dissoudre le Parlement égyptien élu, juste avant l’élection du président Morsi. Cette décision reflétait la vision stratégique de la junte militaire qui ne voulait pas d’un Parlement à majorité islamique. Dès ses premiers jours de présidence, Mohamed Morsi s’imposa en annulant par décret, le 8 juillet 2012, la décision de la junte militaire et en nommant un nouveau chef militaire, à la place de l’ancien général Tantaoui. Le recul tactique de la junte militaire, en ce temps, s’expliquait par son aura ternie auprès du peuple et son isolement d’alors. Ce conflit, larvé déjà avec les militaires, ne pouvait que préjuger du « come back » et d’une action future de l’état major des forces armées. La junte pensait faire de Morsi un potiche de président. Voyant que cela n’était pas possible, la junte prit alors l’initiative de l’éliminer sous l’argument fallacieux de sauver la révolution. Finalement, le Putsch de juin 2013 n’est que le retour à la case de départ qui prévalait avant l’arrivée de Morsi. La junte attendait son heure et l’opportunité pour reprendre les choses en main.

MORSI ET JUSTICE

Comme l’armée, le corps de la magistrature provient de l’héritage de l’époque Moubarak aussi bien dans son organisation, ses procédures et règles de fonctionnement que dans sa composition humaine. Le conflit en lui-même rejoignait l’enjeu de la nouvelle Constitution et sa validité. En ce sens, cet enjeu portait sur la composition du Parlement élu, Il faut rappeler que l’élection du parlement elle-même a été invalidée en partie par la Cour constitutionnelle. Cet état de fait venait en appui à la prise de décision de la junte militaire de dissoudre le Parlement, avant l’arrivée du président Morsi. Ainsi, s’explique à postériori la connivence entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir militaire pour bloquer Morsi et éviter l’élaboration d’une constitution de nature islamique

RAISONS DU PUTSCH

On peut facilement tirer les raisons du putsch au niveau interne et au niveau externe.

RAISONS INTERNES

On peut tirer ces raisons à partir de l’historique des évènements qui ont suivi la Révolution de 2011 :

La mafia militaro-politico-financière, qui régnait historiquement sans partage, depuis le premier coup d’Etat révolutionnaire de Mohammed Néguib, a toujours considéré l’Egypte comme sa propriété exclusive à l’instar de presque tous les pays arabes qui brandissent en tous lieux et tous temps le principe de la légitimité révolutionnaire. Elle veut conserver sa mainmise sur tous les plans politique, économique et financier, quitte à tuer, à réprimer, à emprisonner ou même à éliminer physiquement toute personne qui s’opposerait à son dessein ou ses intérêts. Ici comme ailleurs, on est soit avec le système soit contre le système.

-La junte militaire pensait imposer facilement ses ordres à Morsi qui, finalement, s’est avéré moins manipulable que prévu.

-La junte militaire et la pouvoir judiciaire ne voulaient pas d’une Constitution à tendance islamique.

RAISONS EXTERNES

Un des principales raisons du putsch découle de la politique internationale de l’Égypte et de ses relations avec Israël encadrées par les accords de paix de Camp David. On peut énumérer certaines actions du président Morsi qui allaient à l’encontre des objectifs de la junte militaire :

- Les prédispositions favorables de Morsi envers les Palestiniens du Hamas avec l’ouverture quasi permanente de la frontière avec Ghaza. Pour étayer cette affirmation, il suffit de se reporter aux premières mesures prises par les putschistes, juste au lendemain du coup d’Etat avec la fermeture du passage de Rafah.

- La position vraisemblable de Morsi, vis-à-vis du gel des négociations entre Palestiniens et Israël, était vraisemblablement subordonnée à l’arrêt de la colonisation de Jérusalem. Pour preuve de cette affirmation, on peut se référer à la concomitance de la date du putsch avec celle de la venue de J. Kerry en Jordanie pour relancer avec succès la reprise des négociations entre Palestiniens et Israël. Ce qui parait paradoxal, c’est le revirement des Palestiniens concernant la condition jusqu’ici fixée concernant le préalable du gel de la colonisation. La position des Palestiniens du Fatah ne peut s’expliquer que sous la double pression des Jordaniens et des putschistes d’Egypte. Il faut rappeler à ce sujet la visite simultanée du roi de Jordanie aux putschistes destinée à les informer sur des modalités de cette reprise et à laquelle ils étaient surement associés de par leur cautionnement et leur allégeance au plan Américano-Israëlien. Pour étayer cet argument, on peut ajouter la mise en accusation du président Morsi sous l’inculpation d’assassinats multiples de soldats et de conspiration avec le Hamas lors de l’évasion de prison en 2011, sous le règne de Moubarak. Tout se passe pour les putschistes comme si le Hamas, au pouvoir à Gaza, était un mouvement hostile. C’est un développement dangereux qui confirme que les putschistes ont renoncé définitivement à la cause palestinienne.

PREPARATION DU PUTSCH

Pour préparer le putsch, il fallait discréditer le président Morsi et provoquer des réactions populaires en chaine pour justifier le coup d’Etat militaire. On peut citer les manœuvres d’envergure mises en œuvre à la veille du putsch :

- L’organisation de la pénurie des carburants au niveau des stations service pour l’approvisionnement des véhicules. Pour preuve de cet argument, c’est la solution miracle trouvée à cette pénurie de façon instantanée aux premières heures du coup d’Etat. Ce qui explique sans doute le rôle trouble joué par le ministre du pétrole de Morsi qui se trouve reconduit dans le nouveau gouvernement parrainé par la junte militaire et ce pour services rendus.

- L’organisation des coupures chroniques d’électricité dans la capitale. Pour preuve de cette affirmation, c’est l’arrêt de ces coupures sitôt le coup d’Etat accompli. le ministre chargé de l’électricité de Morsi a été reconduit dans le nouveau gouvernement parrainé par la junte militaire comme son collègue du pétrole pour services rendus à la junte.

- La collusion de la junte avec les partis laïques et les éradicateurs anti-islamiques, pour se soulever afin de montrer aux yeux du monde qu’il s’agissait d’une nouvelle révolution destinée à protéger les acquis de la révolution de 2011.

-On parle de réunions secrètes tenues avant le putsch entre généraux d’abord et ensuite avec les opposants politiques.

PUTSCH

Le chef de la junte somme Morsi d’accepter l’organisation d’élections anticipées. A la veille du putsch, un vrai tapage médiatique parcourt toutes les télévisions occidentales. Tous les projecteurs du monde illuminent la place Tahrir où se tient la manifestation anti-Morsi. Les commentaires vont bon train pour discréditer toutes les actions du président Morsi qu’on présente comme partisan et sectaire au service uniquement de son parti. On fête à grands cris et grands bruits l’élimination des Islamistes taxés d’obscurantisme et d’extrémisme. Bref, libre cours est donné aux éternelles diatribes contre l’Islam et les partis islamistes. Morsi est arrêté et séquestré dans un lieu inconnu. Immédiatement est annoncée l’allégeance des dignitaires religieux (Cheikh d’El Azhar et Patriarche Copte) à la junte militaire. Au jour du putsch, les médias occidentaux ne parlent pas de coup d’Etat, mais de redressement salutaire et démocratique à la demande de près de 30 millions d’Egyptiens.

On parle d’échec des partis islamiques, de leur manque d’expérience et de leur incapacité de gouverner. Aucune voix ne s’élève ici ou là pour s’enquérir du sort du président Morsi, retenu par la junte militaire. Sitôt après leur coup, les nouveaux despotes reçoivent la reconnaissance des pays du Golfe (peut être à l’exception du Quatar) et sont ainsi récompensés par un cadeau de 3 milliards de dollars pour servir rendus (aux Américains et à Israël par les pays du Golfe et avec l’argent des Arabes). Ce qui prouve, on ne peut mieux, les tractations secrètes ayant précédé le putsch et les dessous de table qui devaient l’accompagner, sous l’œil omniprésent des Américains qui, à distance, manipulent leurs pions en toute certitude.

La mainmise est immédiate sur la presse, la télévision, l’information. On se déchaine tous vents contre Morsi, les partis islamistes, les Palestiniens du Hamas. Rien n’est épargné ou laissé au hasard pour s’attaquer à l’Islam au-delà des partis islamistes. Les artistes et acteurs sont sollicités pour chanter ou vanter les nouveaux despotes. On fait dans la vindicte en demandant la tête de tous les islamistes à commencer par celle de Morsi. On clame qu’il faut agir et déloger les manifestations qui occupent les Places du Caire et des autres villes. Bref, c’est une véritable campagne hystérique animée par des extrémistes qui déversent leur venin, attisent les passions néfastes et cherchent à mettre à feu et à sang le peuple d’Egypte. Tout ça pour asseoir l’ambition et l’intérêt d’une petite caste qui a toujours monopolisé et fait main basse sur les richesses et les secteurs vitaux de l’Egypte.

Comme si le sang égyptien ne coûtait pas cher, la garde républicaine tire à bout portant sur les manifestations au cours de la prière du Fajr avec une consigne diabolique de viser la tête et la poitrine des victimes. Plus de 100 victimes sont dénombrées et plus de 1000 blessés atteints par les douilles des armes. Ensuite c’est au tour d’Alexandrie de subir les ratonnades par les tirs de criminels à la solde des putschistes, causant de nombreuses victimes et blessés. Les morts et les blessés sont de loin plus nombreux que ceux de la Révolution de 2011.

CONCLUSIONS

Comme la violence ne peut qu’entraîner la violence. Les apprentis sorciers, téléguidés par les grandes puissances et les pays du Golfe, n’hésitent pas à mettre l’Egypte à feu et à sang en espérant sans doute la ramener au stade de nation primaire, au bénéfice de l’impérialisme.

Le drame des Musulmans, c’est que l’Occident a trouvé depuis longtemps la solution miracle et idéale pour mener son dessein contre l’Islam en faisant des pays du Golfe sa base opérationnelle avancée. Il faut définitivement lever le tabou entre musulmans et comprendre une fois pour toutes que c’est l’argent des Arabes du Golfe qui alimentent en milliards de dollars les soulèvements dans les autres pays arabes y compris les putschistes d’Egypte. Il est plus qu’évident que ce financement est subordonné à des désiratas et conditions fixées d’avance aux mercenaires. Alors, il est temps de dénoncer la collusion des pays du Golfe avec l’impérialisme. Les milliards des pays du Golfe dits islamiques versés aux despotes d’Egypte servent à des putschistes sans foi ni loi pour assassiner froidement leurs frères en pleine prière du Fajr..







Dimanche 27 Octobre 2013


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