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Opérations extérieures: jusqu’où ira l’armée algérienne?


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Samedi 30 Mai 2020

Opérations extérieures: jusqu’où ira l’armée algérienne?
Tarek Hafid . Sputnik France

Le projet d’amendement de la Constitution algérienne prévoit de permettre à l’armée d’intervenir en dehors de ses frontières. Engagée depuis les années 1990 dans un long processus de lutte contre le terrorisme, l’institution militaire pourrait mener des opérations extérieures «limitées» dans un cadre essentiellement «préventif».

Février 2021: le Gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez al-Sarraj est confronté à une nouvelle offensive des troupes du maréchal Khalifa Haftar. La capitale libyenne est sur le point de tomber face à cette attaque massive, ouvrant ainsi la voie à un contrôle de l’ensemble du territoire libyen. Tripoli demande officiellement à Alger d’intervenir militairement. Amendée dans le courant du mois de novembre 2020, la Constitution algérienne permet désormais à l’Armée nationale populaire (ANP) de sortir de son territoire et de mener des opérations extérieures. Il suffit que le Président de la République actionne l’article 95 de la loi fondamentale qui stipule que l’envoi de troupes doit être validé «après vote de la majorité du Parlement par les deux tiers de ses membres». Alger répondra-t-elle favorablement à l’appel d’al-Sarraj?

Ce scénario fictif fait sourire Djalil Lounnas, professeur en relations internationales à l’université américaine Al Akhawayn d’Ifrane (Maroc). Il précise à Sputnik que le GNA avait déjà sollicité l’aide de son voisin de l’ouest et que celui-ci avait refusé.

«Il est peu probable que l’Algérie accepte de s’immiscer dans un conflit interne comme celui qui se déroule en Libye car ce serait s’engager dans une véritable guerre. Une telle intervention provoquerait nécessairement une réaction de l’Égypte et des Émirats arabes unis, principaux alliés de Haftar avec qui l’Algérie entretient de bonnes relations.»

Selon lui, l’armée algérienne aurait plutôt tendance à intervenir en Libye contre des groupes terroristes qui seraient positionnés près de sa frontière. «Les opérations extérieures doivent être utilisées avec prudence, et uniquement dans les cas extrêmes», poursuit Djalil Lounnas.

Recherche doctrine désespérément

Auteur de Djihad en Afrique du Nord-Sahel: d’AQMI à Daesh, paru aux éditons L’Harmattan, ce spécialiste des groupes terroristes a également étudié de près la question du refus de l’Algérie d’envoyer ses soldats en dehors de ses frontières. «Depuis que le gouvernement actuel a publié la première mouture des amendements à introduire dans la Constitution, j’entends dire que le principe de non-intervention à l’étranger fait partie de la doctrine de l’ANP. Sauf que cette doctrine n’existe pas», insiste Djalil Lounnas.

«L’armée algérienne ne dispose pas de doctrine, ce document dans lequel le ministère de la Défense cite clairement les menaces auxquelles il pourrait faire face, les moyens mis à sa disposition et ceux qu’il compte acquérir», rappelle-t-il.

En fait, la décision de ne pas intervenir à l’étranger avait été prise par le général Mohamed Lamari, ancien chef d’État-major, puis confirmée par son successeur le général Ahmed Gaïd Salah et le Président Abdelaziz Bouteflika –qui avait déclaré dans un de ses discours «que plus aucun soldat algérien n’irait mourir à l’étranger».

Par ailleurs, même si la Constitution actuelle ne prévoit aucun mécanisme concret permettant l’envoi de troupes à l’étranger, cette même loi fondamentale accorde les pleins pouvoirs au chef de l’État pour prendre toutes les dispositions qu’il juge nécessaires en cas de menace sur le pays. «C’est seulement une question de lecture», dit le professeur Lounnas.

Interrogé par Sputnik, un officier à la retraite qui a requis l’anonymat explique que l’amendement de la Constitution donnera à l’armée les moyens «juridiques d’exercer sa mission de combat à l’étranger». Mais cela ne saurait se faire n’importe comment.

«À mon avis, le déploiement futur de l’armée algérienne, s’il se produit, se fera dans un cadre limité et sécurisé. L’Algérie dispose d’une capacité de projection appréciable. Mais la réussite d’une mission ne se pose pas uniquement en termes de transport, c’est surtout l’organisation logistique qui doit être efficiente», indique cette source à Sputnik.

En effet, sur le terrain, il faut assurer aux militaires des munitions, de la nourriture, de l’eau, du carburant, des moyens de transmission, de la maintenance pour le matériel, une couverture médicale ainsi que des moyens aériens importants.

Ennemi extérieur

L’officier supérieur écarte cependant l’éventualité d’une opération de type Barkhane qui nécessiterait l’engagement de 3.000 à 5.000 hommes durant une longue période. «L’Algérie en a les moyens, mais il n’est pas évident que les résultats soient probants».

Concrètement, quels sont les terrains opérationnels sur lesquels les militaires algériens pourraient être envoyés? Il est peu probable que l’ANP sorte de sa zone d’influence directe, c’est-à-dire du Maghreb et du Sahel, un espace qui comprend le Mali, le Niger et la Libye. L’objectif pourrait être essentiellement préventif dans le cadre de la lutte antiterroriste. Les militaires algériens feraient alors valoir le «droit de poursuite» auprès des pays concernés.

L’ANP pourrait également être missionnée pour sécuriser des intérêts économiques, à l’exemple des puits de pétrole que possède la Sonatrach dans le bassin de Kafra au Niger ou dans le bassin de Ghadamès en Libye. L’attaque terroriste contre le complexe gazier de Tiguentourine, en janvier 2013, est une preuve que l’Algérie fait face à des ennemis qui viennent de l’extérieur. «Le terrorisme interne étant contenu, les principales menaces sont externes», relève Djalil Lounnas.

«Le Sahel est le foyer de tension le plus important dans le monde juste après le Moyen-Orient. Les membres de groupes armés désignent l’Algérie comme étant leur principal ennemi. Dans la mythologie islamiste, les autorités algériennes ont volé leur grande victoire pour prendre le pouvoir, consécutivement à l’arrêt du processus électoral de 1992. L’Algérie est une sorte d’Eldorado à reconquérir», souligne-t-il.

L’exception tunisienne

Concernant le droit de poursuite, l’Algérie s’est abstenue d’en user, même lors des appels pressants du Président malien Amadou Toumani Touré durant la période 2008-2010.

Selon le professeur Lounnas, «le général Ahmed Gaïd Salah avait apposé un niet catégorique». Sur le flanc ouest, l’armée algérienne observer une position défensive face au Maroc, son «meilleur ennemi». Dans ce cas précis, il ne saurait être question d’intervention militaire extérieure. Néanmoins, Alger assume pleinement son statut de principal partenaire militaire du Front Polisario signataire, en septembre 1991, d’un accord de cessez-le-feu avec Rabat.

En fait, l’armée avec laquelle l’ANP a mené des opérations antiterroristes organisées et coordonnées est certainement celle de la Tunisie. Le mont Chaambi, à l’ouest du pays, est le prolongement de la chaîne algérienne des Nememcha. Des opérations conjointes ont eu lieu dans cette zone frontalière afin de prendre en étau les groupes islamistes armés. À ce titre, le professeur Djalil Lounnas révèle qu’Alger «était prête à intervenir avec force en Tunisie» en cas de déstabilisation majeure du pays par ces groupes armés.

«Cette éventualité avait été évoquée en 2014 et 2015 et les responsables militaires avaient sérieusement étudié cette question. Les Algériens étaient plus ouverts à une intervention en Tunisie à la demande, bien entendu, des autorités de ce pays», ajoute le professeur en relations internationales.

Nouvelle dimension

Il est nécessaire, cependant, de relativiser la notion de présence de l’ANP au Maghreb et au Sahel. Les unités de l’armée régulière sont certes absentes, mais les services de renseignement sont, eux, bien présents. Par ailleurs, l’amendement de la Constitution permettra également l’engagement de militaires au sein de missions de maintien de la paix et de la sécurité internationales sous l’égide des Nations unies et de l’Union africaine.

Sur le plan continental, cette disposition accordera une nouvelle dimension au rôle de l’Algérie. En effet, le pays revendique depuis deux décennies le leadership africain en matière de sécurité. Alger est parvenue à conserver le poste de Commissaire à la paix et à la sécurité durant trois mandats, elle abrite le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme et coordonne l’action de l’Unité de fusion et de liaison (UFL), coalition des services de renseignement de sept pays (Algérie, Mali, Mauritanie, Niger, Libye, Burkina Faso et Tchad et Nigeria). Dans un proche avenir, des militaires algériens pourraient être déployés au sein de la Force africaine en attente (FAA).

«L’Algérie est un pays puissant militairement, le fait que son armée puisse participer à des missions de maintien de la paix et de la sécurité internationales dans le cadre des Nations unies et de l’Union africaine lui permettra de rehausser son influence. Plus un pays participe à ces opérations plus, il est perçu comme étant crédible. Votre position dans le système international dépend de votre présence, si vous êtes absent, personne ne vous écoute», souligne Djalil Lounnas.



Samedi 30 Mai 2020


Commentaires

1.Posté par Koburne le 30/05/2020 13:18 (depuis mobile) | Alerter
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Je pense en tant que citoyen Algérien, faire intervenir l'armée Algérienne hors de ces frontières est une erreur gravissime, la doctrine militaire de non intervention stratégiquement et tactiquement est .positive.

2.Posté par ahmed le 30/05/2020 16:02 | Alerter
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C'est une grossière erreur si cet amendement passe
C'est le piège que veulent tendre les satanises à l’Algérie

3.Posté par oh-daz le 30/05/2020 20:26 | Alerter
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... si vous êtes absent, personne ne vous écoute »...?
beh !! apparemment, au vu des réac-sion, tout au contraire, cette absence fait du bruit.. que dis je, un vacarme ! méfiance !! car les alliés de satan rêvent de voir ce pays et cette armée "trébucher, fauter" pour mieux les piéger...

4.Posté par salim le 30/05/2020 21:57 | Alerter
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Cette intervention de l'armée algérienne hors de ses frontières

Est l'occasion que certains attendent, pour faire plier le pays, et casser son ossature qu'est l'ANP.
Et surtout le faire saigner financièrement.
L'ANP manque d'expérience dans les interventions sur des terres étrangères et les conflits internationaux.
Automatiquement il y aura des bavures, qu'elles soient volontaires ou provoquées par des tiers pour enfoncer l'armée.
Et il y aura des demandes en conséquence de compensation internationales qui vont mettre le pays à genoux financièrement.

Tous les pays du monde ont une ossature de services qui aident et informent le politique.
Excepté en Algérie, ou l'ANP est décriée, et c'est le pourquoi de certains hurluberlus nommé Hirak qui manifestent pour demander le retrait de l'ANP, ils demandent un pouvoir civil, comme ils disent.

5.Posté par KOCEILAANTALAS le 31/05/2020 06:53 | Alerter
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La demande d'intervention de notre armée hors des frontières a été mainte fois formulée par la France, c'est chose faite, la question qui reste à poser, va t elle jouer le gendarme, je pense à la bande sahélienne, car je ne pense pas qu'elle intervienne en Libye où jouent plusieurs protagonistes avec chacun son objectif et dont certains sont "nos alliés" soit dit en passant.
L'armée aurait du intervenir avant que les différentes puissances ne soient actrices dans ce merdier, elle pourrait néanmoins faire des actions ponctuelles aux frontières contre les groupes djihadistes qui viendrait à nous menacer sans plus, toute autre opérations implique un enlisement, des couts induits par la logistique et des pertes humaines.
@salim à vous entendre vous nous dites que notre pays est sous règne des mamelouks ou des janissaires, donc l'ossature de ce pays est l'ANP, le peuple algériens vous en faites quoi des figurants, et qui fournit cette armée que cela soit en ressources ou en hommes? Un chose sur laquelle nous pourrions etre d'accord le fait que cette armée ainsi que tout le pays sont pris en otage par quelques uns de ses chefs et dont ils se repartissent les prébendes et les fiefs, d'où la nécessité pour eux de demeurer au pouvoir.
L'armée n'est pas décriée en Algérie, se sont nos enfants, c'est nous l'armée, on ne peut pas aimer son enfant, mais avec des chefs inaptes, usés, vieux (la plupart devraient être en retraite alors que de jeunes officiers formés dans des académies militaires, bardés de diplômes sont systématiquement mis à la retraite ou au mieux sont confinés à des postes subalternes ou purement administratifs), c'est cela que l'on ne veut pas, une armée avec 13 milliards de dollars à minima 10 milliards de dollars qui ne possèdent pas une industrie militaire digne de ce nom (elle devrait passer par les EAU pour des contrats avec qui SVP l'Allemagne pour la fabrique de véhicules TT? ainsi que pour l'acquisition de drone de conception chinoise?) D'autres pays avec des budgets plus restreints possèdent une industrie militaire (la RIIran et la Turquie) Alors chercher l'erreur, c'est pour cela que cette dernière par amour pour sa patrie devrait se retirer du champs politique qui n'est pas le sien et se confiner à la défense du territoire national comme préciser dans la constitution qui la leur. Outre le fait qu'elle n'est soumise à aucun contrôle de la part du parlement, peut être n'a t il pas le droit de savoir comment ce budget alloué est réparti, ce sont les demandes des ces hurluberlus du Hirak comme vous le dites si bien.

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