ANALYSES

Omar Mazri - La muette sort de son silence : confusion ou clarification ?



Omar Mazri
Mercredi 26 Janvier 2011

Omar Mazri - La muette sort de son silence : confusion ou clarification ?

Au moment  où le peuple se rassemble de plus en plus  nombreux et de plus en plus déterminé à démanteler le système du Taghut après avoir décapité sa tête on voit  le gouvernement issu de l’ancien régime se positionner dans ses derniers retranchements « légalistes » le conduisant à l’impasse et à la radicalisation de la rue avec tous les risques de dérapages.

C’est dans ce moment précis où nous voyons le peuple tunisien avec ses syndicats et ses partis politiques accentuer la pression démocratique (populaire) pour un changement démocratique (pluraliste  dans son expression et sa représentativité, participatif dans son fonctionnement, et  surtout  en faveur du peuple dans ses objectifs) que la muette rompt le silence pour dire sa vérité. Dans quel clan se trouve la vérité?

 

 La maturité du peuple tunisien, des villes et des campagnes, femmes et hommes, jeunes et vieux a fixé le clivage idéologique au niveau civilisationnel celui de la dignité humaine. Dès le départ de la Révolution le peuple a revendiqué « Oui au pain et à la dignité et non à la dictature ». Nous sommes toujours dans la continuité de cette revendication témoignant de cette prise de conscience exemplaire dans le monde musulman : «  Non à l’ancien régime Oui à la participation de toutes les forces vives pour reconstruire et gouverner ». Le clivage n’est pas Islam non Islam mais liberté et oppression. Dans un camp comme dans l’autre on a les partisans de l’oppression au nom de la démocratie ou de l’islam et les opposants de l’oppression au nom des mêmes slogans. Le peuple tunisien a gagné la plus grande victoire de son existence en obligeant les partisans de la liberté ou ses adversaires à se positionner en dehors des slogans politiques et idéologiques et à se démarquer d’un énoncé théorique contredit par la pratique sociale et politique.

 

Dans ces moments cruciaux la population des territoires traditionnellement frondeurs, exclus de la rente, et punis par l’exclusion punitive,  investit la Casbah et les boulevards de la capitale tunisienne pour trancher définitivement  sur le faux débat de la légitimité constitutionnelle et historique qui secoue les appareils bureaucratiques de la dictature toujours en place malgré ses promesses. Ce peuple fier et mature fixe le cap et le niveau de ses revendications : la Révolution est la seule légitimité. Le peuple venu des zones déshéritées vient redonner vigueur et  sens étymologique    à la Révolution : renversement,  changement ou innovation qui bouleverse l'ordre établi de façon radicale dans un domaine quelconque. La  révolution tunisienne est un mouvement à la fois social et politique  que s’auto alimente et s’auto structure  pour un changement radical et en profondeur dans la structure politique et sociale de l’État tunisien et de ses pratiques institutionnelles, politiques, sociales et culturelles. Le gouvernement actuel issu de l’ancien régime ne peut ni représenter ni être le véhicule du changement  social, politique, institutionnel et constitutionnel.

 

Dans ce cap impulsé de nouveau à la révolution populaire qui ne veut pas être débordée ni confisquée ni détournée de sa vocation il y a des interrogations à se poser :

 

-        Quel est le sens de la grande muette qui rompt son mutisme en prononçant un discours confus, intimidant et menaçant où il est question de sauvegarder la révolution dans le respect de la constitution devenue caduque par l’effet révolutionnaire, de refuser la vacance politique et cautionner la présence du gouvernement issu de la dictature, de faire voir la possibilité d’un coup d’état militaire si l’ordre social n’est pas maintenu ? Serions-nous face à la confirmation d’un scénario à la roumaine c'est-à-dire à  une révolution de palais qui a poussé  les militaires à chasser Ben Ali et sa femme pour contenir les émeutes et réaliser une « transition démocratique » qui maintient la Tunisie dans le giron occidental avec un maquillage pour relooker et humaniser sa devanture sécuritaire et anti démocratique.  Le Général chef d’état major de l’armée de terre en prononçant son allocution dans la rue manifeste-t-il son désir de reprendre en main le contrôle de la rue et de fixer la ligne rouge de la révolution populaire qui ne doit  aller au-delà de la révolution de palais. Ben Ali n’aurait été qu’un fusible qui a sauté facile à remplacer. Mais Le peuple veut faire sauter tout le disjoncteur si ce n’est toute l’installation qui alimente la dictature. Il a déjà obtenu des acquis mais ils sont faciles à récupérer.

Nous entendons des analystes arabes, suivant la presse tunisienne et la télévision tunisienne, exprimer leur fascination devant les changements spectaculaires  obtenus, la qualité et le niveau des débats démocratiques.  Ces analyses faussent la réalité car ils prennent comme référence le moyen orient. L’Égypte dispose d’une liberté de presse et d’un espace démocratique qui semblent nier l’existence d’une dictature. La liberté des moyens d’expression ne suffit pas il faut que la démocratie, la justice et la liberté entrent profondément et s’enracinent dans le champ politique et économique sinon nous sommes face à une devanture fardée, une coquille vide de contenu. L’expérience algérienne est occultée et pourtant elle est la leçon la plus riche en pédagogie politique et idéologique. Après octobre 88 et le gouvernement Hamrouche  de 89/90 l’Algérie était dans ce qu’on appelait l’ouverture démocratique la plus porteuse d’espoir dans le monde arabe. Après la parenthèse démocratique l’Algérie a connu deux décennies la rouge et la noire et elle entre dans la décennie de l’inconnu. Le peuple tunisien doit rester vigilant et ne pas prendre l’ombre pour la proie. Le changement salutaire est d’ordre constitutionnel, institutionnel, politique, économique et social. Il doit se faire radicalement dans la progressivité et la sagesse en s’appuyant sur la déconstruction et la reconstruction des processus et des institutions et non sur la chasse aux hommes ou les arrangements d’appareils.

 

-        Quel est le rôle de l’Occident qui fait preuve de prudence suspecte. Il doit jouer sa partie d’échec contre le peuple tunisien en catimini dans les chancelleries et les officines du renseignement mais il semble toujours dépassé par l’ampleur et la radicalité des manifestants.  Les élites tunisiennes en rupture avec l’ordre ancien doivent commencer à rassurer et à dialoguer avec les partenaires étrangers dans le cadre d’un partenariat économique inédit qui garantit les intérêts de tous dans la transparence et la concurrence sans exclusive ni favoritisme. Il est urgent de communiquer sur ce thème du partenariat entre  la Tunisie nouvelle et le monde y compris le monde occidental. Ou bien ce sont les forces de la Révolution qui prennent en charge vite et bien ce dossier ou bien ce sont les anciens réseaux maffieux qui vont le gérer au détriment de la Révolution et des Tunisiens.

 

-        La révolution ne peut  construire des passerelles avec les partenaires étrangers et l’armée tunisienne pour sauver les revendications révolutionnaire et le projet de la Tunisie nouvelle si les partis politiques ne prennent pas en charge dans cette phase cruciale la conduite politique, sans tutelle, de la révolution tunisienne pour parler en son nom et pour lui donner le temps d’accoucher de nouvelles élites, de nouveaux partis et de nouvelles idées de reconstruction. Les grandes forces politiques qui appuient la révolution tunisienne doivent s’empresser de communiquer une plateforme commune les engageant moralement et politiquement  sur la poursuite de la révolution tunisienne jusqu’au démantèlement de l’ancien régime et l’émergence du nouvel ordre souhaité et accepté par le peuple.  S’inscrire comme l’alternative  crédible et responsable  qui garantit qu’il n’y a pas de vacance de l’État en attendant le renouveau de l’ensemble de l’État tunisien et la mise en place de l’ensemble des dispositifs et processus électoraux. Négocier avec l’armée ou la faire participer comme institution garante de l’ordre public et de l’esprit et des revendications de la révolution populaire. L’armée peut et doit donner sa garantie de préserver la nouvelle assemblée constituante et la nouvelle constitution ainsi que le respect de la nouvelle éthique  idéologique, sociale et politique : pas de monopole ni d’exclusive ni d’exclusion. 

Ouvrir dans la transparence des contacts pour la préparation d’un partenariat économique et politique avec le reste du monde en rendant compte au peuple et publiquement  des résultats des contacts pour que la Tunisie ne soit ni marginalisée ni boycottée ni mise comme cible à déstabiliser. Le parti islamique Nahda et le parti communiste des travailleurs  doivent prendre l’initiative historique de conduire l’élaboration de cette plateforme et son extension à toutes les forces politiques et sociales. Sur le plan marxiste ou islamiste il y a un accord fondamental : « le politique est en dernier instance le plus déterminant ». Il y a aussi des principes fédérateurs : la justice sociale et la pratique démocratique sans oublier le partage de la souffrance de l’exclusion, de l’oppression et de la torture et le désir de servir le peuple tunisien.

 

-        Les cercles éradicateurs profitent du « vide politique » pour mobiliser les alliances entre indigènes et esprit colonial fabricant l’indigène et tenir un discours éradicateur en porte à faux avec les préoccupations réelles du peuple tunisien ou du peuple français. Il suffit d’écouter par exemple Fadéla Amara  « attention à l’islamisation » et d’autres stupides pour se rappeler le rôle de ses Caïns dans la réalisation du scénario algérien d’où la France sort perdant toutes ses cartes au profit des États-Unis. La France est un pays vieilli idéologiquement  et politiquement qui peut se permettre d’avoir des comportements séniles alors que les États-Unis plus pragmatiques et plus jeunes sont plus offensifs et plus innovant. Chacun joue en rival pour nous dominer et  en allié une fois que nous sommes dominés par l’un deux. Dans cette rivalité  les pays du Maghreb sont jeunes et porteurs d’espoirs ils ne doivent pas laisser aux larbins de la France officielle d’assassiner leur avenir ni aux cyniques américains de leur voler leur labeur.  A titre d’exemple la France a été derrière les pseudos changements démocratiques en Mauritanie conduite par la révolution de palais des militaires mauritaniens faisant tomber l’homme des américains. A leur tour les opposants au régime militaire se sont appuyés sur les américains pour placer une nouvelle équipe dans un jeu démocratique de façade.

Les Arabes et les Africains doivent comprendre que Scipion l’Africain est un romain qui a fait tomber Carthage pour la grandeur de Rome qui a asservi la Numidie puis l’a découpé en royaumes vassaux.  Au moment où Obama félicite et encourage le peuple tunisien dans sa révolution il envoie son conseiller à Alger pour suivre de près et influer sur le déroulement des événements en faveur des États-Unis c'est-à-dire superviser des élections démocratiques qui  ne permettent pas l’arrivée des islamistes au pouvoir. Durant ce temps Éric Raoult le député UMP qui a main mise sur l’aristocratie musulmane parisienne se mobilise pour accompagner la révolution des « jasmins » pour qu’elle ne soit pas une révolution des cactus et surtout que les islamistes tunisiens soient exclus du processus du changement en cours en Tunisie.

 

 K. Marx a vu juste en disant qu’il vaut mieux provoquer le scandale pour éviter  d’être sa proie. A nous de nous protéger de la prédation et des prédateurs en nous libérant du rôle de victime et  en prenant de nouveau l’initiative historique : oser dire et oser faire avec force, sagesse et détermination:

 

{Et Nous écrivîmes pour lui, sur les tablettes, une exhortation concernant toute chose, et un exposé détaillé de toute chose. "Prends-les donc fermement et commande à ton peuple d'en adopter le meilleur. Bientôt Je vous ferai voir la demeure des pervers. J'écarterai de Mes signes ceux qui, sans raison, s'enflent d'orgueil sur terre.} Al A’raf 145

{Il dit: "Ce que Mon Seigneur m'a conféré vaut mieux (que vos dons). Aidez-moi donc avec votre force et je construirai un remblai entre vous et eux.} Al Kahf  95

 

Le Coran nous demande d’aller à l’essentiel avec force et sagesse : résoudre la contradiction principale. En Tunisie et dans le monde musulman elle n’est pas d’ordre idéologique entre islamiste et non islamistes mais d’ordre politique pour ou contre la liberté et la participation de tous. Elle est d’ordre civilisationnel : rester inféodé à l’Occident sous la conduite d’un dictateur mis pas l’Occident et sous les lois coloniales ou recouvrir son identité, son indépendance et ses références historiques et géographiques construites par les générations qui nous ont précédés et qui ont résisté au colonialisme.

Les élites islamistes, laïques, nationalistes et libérales en terres d’Islam doivent se définir par rapport aux contradictions principales et se mettre en accord pour consacrer les efforts d’une décade dans la résolution des contradictions principales. Plus tard chacun peut s’impliquer dans la contradiction idéologique car le ciment social, le pacte social est construit solidement sur ce principe mohammadien que tous les arabes et tous les musulmans laïcs ou islamistes partagent dans cette étape cruciale qui ressemble à la période de l’oppression  mecquoise :

« laissez entre moi et le peuple (l’ espace de liberté) »



Mercredi 26 Janvier 2011


Commentaires

1.Posté par Aigle le 26/01/2011 10:52 | Alerter
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Il existe , certes , quelque rivalités d'ordre geo strategiques entre les cretins Elyseens et les cretins Capitoliens .Mais un CIMENT a forte densité les rassemblent et il est plus impactant que leurs rivalités : Une Ideologie anti arabe et anti musulmane qui a nourri toutes les avanies qu'ils ont fait subir aux peuples arabo musulmans et qu'ils continueront a faire si la revolution ( dont le moteur est le Peuple et non les partis et les soi disant elites qui ont vite fait de rejoindre Ghannouchi pour faire les Coqs et se placer en partenaires futurs des Occidentalocentristes , Bourguiba et benali ne leur ont pas servi de lecon ) si donc cette revolution s'arrete sans que l'objectif soit atteint c'est a dire la chute de la Dictature TRAITRE AUX INTERETS DE LA NATION TUNISIENNE et le PEUPLE A PROUVE CETTE FOIS QU'ELLE EXISTE LA NATION TUNISIENNE .

Quant a Rachid Ben amar , il faudrait plutot s'inquieter des possibiltés de son 'exclusion du processus en cours si ce n'est son assassinat par les Occidentalocentristes

2.Posté par djil74 le 26/01/2011 11:06 | Alerter
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le pouvoir est une sorte de maladie de notre ère, très peu de gens peuvent y résister une fois installe !
une fois qu on y goute ,,,,,,on veux plus laisser la place a d autres !
donc concernant les militaire tunisiens ,on espère qu ils sont honnête !
et ne se laisserons pas contaminer par cette maladie du pouvoir !
sinon ............c est rebelote !
wait...and......... see

3.Posté par AS le 26/01/2011 14:20 | Alerter
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ils ont perdu le controle de la situation et ils ont tente de discrediter Marzouki le palestinien, laicard de gauche mais veritable dissident... le fait qu'il parle avec un arabe limite de niveau 6 college le Ammar, tant de fautes dans ses expressions siginifie beaucoup mais il suffit que ca bouge chez les voisins pour qu'il tienne plus en compte la ligne locale... les americains truquent les futures elections, les franco-israeliens sement le chaos, le pillage et les attentats viendront avant les elections pour empecher tout opposant honnete de participer a un gouvernement... or il faut dans tous les pays ecarter du pouvoir les pro-israeliens, americains et les pousser a la faute... au terrorisme pour mieux les chasser... ce que sarkozy va faire et provoquera sa chute et celle de tous les reseaux illegaux en afrique... patience, determination et lutte ouverte ou clandestine donnera le dernier mot aux peuples opprimes insha Allah...

gare a ne pas reproduire les erreurs passees, notamment celles commises en Algerie en 1988-1990

4.Posté par tarik le 26/01/2011 23:50 | Alerter
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Ce General d'operette est venu reciter ce que ses sponsors US lui ont demandé de claironner a haute voix :
"Changement de dictateur oui ...mais pas d"evolution de la société Arabe " voilà ce que je comprend comme message de la part de ce singe en tenue verte !
on dirait que Ben Ali s'est maintenu tout seul au pouvoir a la force de ses biceps peut etre .....ce sont les memes qui l'encensaient hier et qui le désavouent aujourd'hui ......"le Roi est mort ???.....a bas le Roi !!"

5.Posté par le_tout_puissant le 27/01/2011 00:32 | Alerter
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Un sourire aussi radieux ne peut être que suspect!

6.Posté par tout a fait thierry le 29/01/2011 09:10 | Alerter
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attention les frères il faut pas se rebeller contre le gouverneur attention

(j'ironise)

7.Posté par nabs le 29/01/2011 10:41 | Alerter
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ce qui me fait kiffer outre les salvatrices revoltes du monde arabe c'est de voir tout ces experts
casse-croute qui se mettent à begayer des que l'animateur-journaliste leur demande la suite des evenements en egypte..ils ont pris une telle claque d'humilité avec la revolution tunienne(je deteste te terme de jasmin)
qu'ils ne s'en sont pas remis!!!

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