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Omar Mazri : Effet pygmalion inversé de la communication post coloniale partie 1 et 2


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Omar Mazri
Mardi 18 Janvier 2011

Omar Mazri : Effet pygmalion inversé de la communication post coloniale partie 1 et 2
L’Occident fondé sur les  mythologies grecques nous apprend que Pygmalion, roi de Chypre célibataire misogyne, sculpta une statue dont il tomba amoureux. Il la nomme Galatée, l'habille et la pare richement. Follement épris de sa créature  il demanda à la déesse Aphrodite de lui donner apparence humaine et vie. Pygmalion finit par épouser sa statue incarnée.  Les deux  filles nées de l’union de Pygmalion et de sa sculpture  adorable eurent un comportement  rebelle envers Aphrodite qui les châtia en allumant dans leur cœur le feu de l'impudicité. Elles finirent par perdre toute honte. Après avoir été ravalées en bêtes sexuelles sans retenues ni satiété elles ne trouvèrent le repos de leurs corps qu’après avoir été changées par Aphrodite en  rochers. Des rocs arides sans coeurs, sans esprit, sans désirs autres que briser autrui...

 


 L’aspect positif et édificateur du  mythe nous montre  que c’est par le regard sur l’autre que nous le sublimons  ou le diabolisons selon que notre regard soit un regard d’amour  qui fait d’un tronc d’arbre une femme belle et désirable ou que notre regard soit celui  de l’ignorant ou du haineux qui transforme des fragments d’humanités blessés et humiliés en  symboles de provocation, de diabolisation  pour appeler le  mépris et l’exclusion.  


Le psychopédagogue américain Rosenthal reprenant à son compte les travaux du sociologue Robert Merton sur  le mythe de pygmalion en tant qu'influence de l'attente sur le comportement,  avait fait une expérience sur des rats et constaté que ceux qualifiés de « brillants » avaient donné deux fois plus de réponses correctes, dans un test de labyrinthe, que ceux désignés comme « stupides ». Il énonce sa découverte : « Si des animaux considérés comme plus brillants par leurs dresseurs devenaient effectivement plus brillants grâce aux préjugés favorables de ceux-ci, cela pouvait être vrai aussi pour les écoliers ». En manipulant les instituteurs de plusieurs écoles en leur livrant de faux tests psycho techniques et de fausses analyses du QI il a poussé les maîtres d’écoles à changer leur regard sur leurs élèves.  Un an après les élèves désignés comme « aptes » repassent le test d'intelligence avec des résultats évalués réellement qui montrent le bond prodigieux que ces élèves ont fait dans leur capacité cognitive par le simple fait du bond prodigieux qu’ils ont auparavant fait dans le regard de leurs maîtres.  En psychologie on appelle cet effet l’effet pygmalion positif car sur le plan éthique il a refusé de désigner à la stigmatisation des maitres des élèves qu’il aurait pu présenter comme cancres ou retardés mentaux.


Ceci dit je vous propose de  lire un joli texte initialement intitulé « Halal est grand » et que j’ai rebaptisé effet « pygmalion inversé » pour montrer d’emblée la perversion que la malédiction du colonialisme introduit dans la perception de l’autre une fois le regard ethnocentriste et colonisateur a fait ses ravages dans la construction de la personnalité de ce que le colon appelle l’indigène. En lisant cet article digne des grands récits exotiques de l’Européen découvrant les colonies ou découvrant les indigènes montrés comme des bêtes dans l’exposition universelle de Paris vous allez comprendre par la preuve de l’absurde que la France n’a pas eu et n’a toujours pas vocation à civiliser les « incivilisés »  car elle n’a pas de rayonnement civilisateur sur les autres tant dans les colonies que dans la métropole.  Une fois lu le talent d’écriture au service de l’idéologie islamophobe de Bernadette Sauvaget dans son enquête parue à Libération du  08/01/2011 nous vous présenterons au-delà des clichés des carnets de voyage sur les colonies installées en Métropole  l’autre malédiction qui lie l’indigène se croyant musulman au  désintégrateur se croyant humaniste et ainsi on verrait les profondeurs sociologiques, psychologiques  et historiques qui - au lieu de fabriquer l’excellence comme l’effet pygmalion positif - ont fabriqué par pygmalion inversé de la médiocrité et de l’infériorité dans le regard de deux maudits, le colonisé et le colonisateur, exclus de l’humanité mais unis jusqu’à la mort du colonisé ou du colonisateur permettant la renaissance du survivant en civilisateur pour civiliser le ressuscité et l’aimer comme un humain et non comme désir fantasmatique ou comme mythe symbolisant la punition des dieux de ceux qui cherchent à aimer ce qu’ils ont façonné de leur mains faute de posséder le cœur et le miroir qui rend le moi aimable à ses propres yeux et l’ipséité respectable à ces mêmes yeux libérés de la fascination de la fabulation et de la dérive démiurge laïque ou judéo-chrétienne qui se partagent deux  dénominateurs communs : le monopole de l’humanisme et de la charité et la lutte idéologique contre l’Islam:


 
Enquête « « Halal est grand »

Autour de la mosquée Omar, dans le XIe arrondissement de Paris, les enseignes islamiques rivalisent avec les bars branchés. Un commerce prospère dans un quartier populaire où cohabitent bobos, imams et femmes voilées.


Par de Bernadette Sauvaget – Libération


Source : http://www.liberation.fr/societe/01012312355-halal-est-grand


 


Son quartier, c’est un peu son théâtre. Abdelkader a la gouaille du titi parisien, un joyeux sens de la répartie. Nerveux, il ne tient guère en place, dévale, à grandes enjambées, la rue Jean-Pierre Timbaud, dans l’Est de Paris, salue la pharmacienne, les patrons de bistrots, ses copains artistes. «Ici, c’est mon aquarium. J’ai trouvé un quartier cosmopolite qui me correspond» , dit celui qui est né à Saint-Dizier (Haute-Marne), fils d’un ouvrier algérien. Des hauteurs de Belleville aux abords cossus du Marais, la rue Jean-Pierre Timbaud relie ce qui reste du Paris populaire au Paris bourgeois. Retenu par des barrières invisibles, Abdelkader ne s’aventure guère de ce côté-là. «Je n’ai besoin de rien d’autre», dit-il encore. Belleville est un monde, son monde.


 


Le vendredi en début d’après-midi, dès la fin de la grande prière à la mosquée Omar, une foule impressionnante, des hommes surtout, s’égaille. Faute de place, certains ont prié sur le trottoir. En face, un bar, le Fidèle (c’est bien son nom !), à la clientèle exclusivement masculine, ne sert pas d’alcool. L’imam a son appartement à l’étage. Rue Jean-Pierre Timbaud, il n’est pas rare de croiser des femmes portant le voile intégral. Des petits groupes d’hommes, barbus et vêtus du khamiss (une robe passée par-dessus le pantalon), entrent et sortent de la mosquée, arpentent la rue.


 


Abdelkader partage un atelier d’artistes, tout près de là, réalise des collages. A la Maison des métallos, ancien haut lieu du syndicalisme CGT devenu centre culturel, il y gagne un peu de quoi vivre. «Je suis à l’accueil et placier, raconte-t-il. J’aime ça car c’est moi qui ouvre la porte aux gens à l’entrée des spectacles. Tu peux le faire avec élégance ou pas !» Mais il n’a jamais mis les pieds à la mosquée même s’il a été sollicité. «Ils n’ont pas insisté», dit-il. Comme beaucoup d’habitants du quartier, Abdelkader ignore ou feint d’ignorer le business islamique qui prospère aux alentours, s’agace même si l’on insiste pour en parler, manière comme une autre de s’en accommoder.


 


Epilation et tatouages


 


Monique, elle, vit là depuis une trentaine d’années, avoue volontiers n’avoir jamais mis les pieds dans les boutiques islamiques qui jalonnent la rue Jean-Pierre Timbaud, débordent vers la rue Moret, remontent le boulevard de Belleville.


 


Ce coin de Paris attire une clientèle musulmane, adepte d’une sorte de «halal attitude» très en vogue, à la recherche de livres ou de vêtements islamiques, d’ordinateurs pour enfants qui permettent d’apprendre les rudiments du Coran, de produits de beauté garantis sans alcool, d’une pharmacopée inspirée des premiers temps de l’islam. Sur quelques centaines de mètres, dès la sortie du métro Couronnes, le quartier prend des allures de «territoire» islamique avec ses boucheries halal, ses librairies musulmanes, ses magasins de vêtements, une quarantaine d’enseignes, une concentration unique en France. Discret, protégé par de lourds rideaux, un institut de beauté «ethnique» a même récemment ouvert, proposant épilations et tatouages orientaux.


 


Le périmètre pourrait ressembler à un ghetto ou un territoire islamisé, de ceux qu’aimeraient dénicher et dénoncer l’extrême droite. La réalité est autre, plus complexe. L’étiquette de ghetto agace d’ailleurs singulièrement les habitants. «Ici, les populations se mélangent», réfute l’une des pharmaciennes de la rue. Ancien bastion artisan et industriel de Paris (cette histoire s’est achevée à la fin des années 60), vieux quartier d’immigration, Belleville demeure un lieu de diversité.«C’est un concentré de mondialisation. C’est pour cela que j’aime y vivre», plaide Jérôme. «La rue Jean-Pierre Timbaud est pleine de paradoxes», relève, pour sa part, Abdelhak Eddouk qui y fut libraire pendant vingt ans. Iman à Grigny et aumônier de prison à Fleury-Mérogis, il gagne surtout sa vie en supervisant des traductions pour les libraires éditeurs du quartier. Barbe finement taillée, costume sombre, Abdelhak Eddouk rend visite régulièrement à ses clients. «Dans la journée, le commerce musulman est florissant, poursuit-il. Le soir, c’est un autre public, celui qui fréquente les bars assez branchés. La transition s’opère sans problème.»


 


«Couronnes», comme sa clientèle musulmane appelle l’enclave commerciale, raconte surtout beaucoup de l’histoire de l’islam en France. Le business islamique y est né dans l’orbite de la mosquée Omar, située en face la Maison des métallos. Ancienne fabrique industrielle, le bâtiment au toit de tuiles est discret, sans minaret. Avec ses 1 200 places, c’est l’un des plus importants lieux de culte musulman à Paris.


 


Réislamiser les ouvriers


 


Au milieu des années 70, Mohammed Hammami, grâce à la générosité financière de commerçants tunisiens prospères du quartier, y a créé son fief. Le leader religieux tunisien, ancien ouvrier en bâtiment, est alors l’une des figures incontournables du mouvement Tabligh en France. Né au Pakistan dans les années 20, prosélyte et fondamentaliste, le Tabligh - très actif aujourd’hui dans les banlieues difficiles, souvent comparé aux Témoins de Jéhovah - a joué en France un rôle majeur dans la réislamisation des populations immigrées ou issues de l’émigration. Quand la mosquée Omar s’installe rue Jean-Pierre Timbaud, la priorité du mouvement est de réislamiser les populations d’ouvriers maghrébins qui vivent en Occident. Dans le quartier, il y a des âmes à sauver.


 


Par strates successives, l’immigration a, en effet, façonné Belleville, dessinant aussi, au fil des arrivées, une carte des territoires. Fuyant les pogroms, les juifs des pays de l’Est s’y installèrent au début du XXe siècle. Plus tard, la décolonisation amena une nouvelle diaspora juive, tunisienne cette fois-ci. Pour soutenir l’essor économique des Trente Glorieuses, les ouvriers maghrébins traversèrent la Méditerranée, arrivèrent, à leur tour, à Belleville. La diaspora chinoise, elle aussi fraîchement installée, concentrait, au même moment, sur quelques rues, un nombre impressionnant de restaurants asiatiques.


 


Autour de la mosquée Omar, les boucheries halal furent les premières à ouvrir, suivies par une petite poignée de librairies musulmanes. Animée et passante, la rue Jean-Pierre Timbaud a toujours eu une tradition commerçante. Couronnes devient aussi un des grands pôles cultuels musulmans de Paris ; boulevard de Belleville, le Tabligh possède en effet un autre lieu de culte, la mosquée Abou Bakr. «J’ai connu le quartier comme la plupart des musulmans qui viennent à Paris. Qu’est-ce que l’on cherche ? Un lieu pour prier, une boucherie pour acheter de la viande halal, des magasins pour certains produits», raconte Abdelhak Eddouk.


Mais pourquoi le commerce islamique a-t-il prospéré à cet endroit ? Pourquoi pas ailleurs dans Paris, comme à la Goutte d’or ou rue de Tanger, quartiers eux aussi d’immigration qui drainent, autour de leurs mosquées, une foule importante de musulmans pratiquants ? Est-ce la commodité des transports, la centralité du lieu ? Est-ce le poids idéologique du Tabligh qui prône un retour aux fondements de l’islam, une distance par rapport aux valeurs occidentales ? Nul ne sait ou n’a encore trouvé de réponse définitive. Quoi qu’il en soit, Hervé Terrel, spécialiste de l’islam en France, remarque, dans l’une des rares études consacrées à la rue Jean-Pierre Timbaud, que les premiers commerçants de l’enclave islamique se situaient dans la mouvance religieuse du Tabligh.


 


De l’exil à l’import-export


 


Rue Jean-Pierre Timbaud, les années 90 marquent un tournant. La présence de l’islam s’y affirme. «Cela s’est développé assez vite, se souvient la pharmacienne. Quand les commerçants partaient à la retraite, ils vendaient, et une enseigne islamique prenait la place.» Les librairies musulmanes commencent à se multiplier. Pour répondre à de nouveaux besoins ? Au même moment, les réseaux de l’intellectuel Tariq Ramadan se mettent en place, influents auprès des générations issues de l’immigration, nouvelles cibles de la réislamisation. L’Union des organisations islamiques de France - UOIF, proche des Frères musulmans et fondée par des étudiants marocains ou tunisiens venus terminer leurs études en France - monte en puissance tandis que les affaires de voile éclatent dans les établissements scolaires. Le livre devient un instrument de la réislamisation des deuxième et troisième générations, instruites par les écoles de la République et contestant l’islam traditionnel de leurs parents.


 


L’époque est aussi politiquement sulfureuse. La révolution iranienne et la première guerre du Golfe ont tendu les relations entre l’Occident et les pays musulmans. L’islamisme politique gagne du terrain et l’Algérie bascule dans la guerre civile. Exilés, des militants islamistes algériens et tunisiens trouvent refuge rue Jean-Pierre Timbaud. Ils y ouvrent des librairies, des affaires d’import-export ou des agences de voyage pour organiser le grand pèlerinage à La Mecque. Malgré elle, semble-t-il, la mosquée Omar est aspirée dans la tourmente. Quelques terroristes, comme Boualem Bensaïd impliqué dans les attentats de 1995 à Paris, fréquentent le lieu de culte. Une poignée de jeunes fidèles ira aussi s’enrôler, à l’étranger, dans les maquis islamistes.


 


Dans ces affaires-là, rien, de l’avis d’un ancien inspecteur des renseignements généraux, n’a jamais pu être retenu contre le prudent Mohamed Hammami. Le vieux «cheikh» a désormais passé la main à son fils Hamadi qui gère la mosquée. Lui vit retiré dans un château en Seine-et-Marne à Grisy-Suines, où il a essayé d’établir, sans succès, une école coranique. Malgré tout, la réputation de la mosquée Omar ne s’est pas relevée de ces troubles affaires. Méfiants et las, ses responsables se retranchent aujourd’hui dans le silence.


 


Rue Jean-Pierre Timbaud, aujourd’hui, la parenthèse de l’islamisme politique est, semble-t-il, refermée. Beaucoup de commerces ont changé de main, d’autres ont ouvert. Du business, rien que du business, assure-t-on ; une mosaïque de commerçants indépendants, concurrents entre eux. Est-ce le souvenir des périodes troublées ? Est-ce la crainte de participer, d’une manière ou d’une autre, à une stigmatisation de l’islam à l’heure où l’extrême droite, à travers toute l’Europe, et Marine Le Pen, en France, font de la présence musulmane et de la peur de l’islamisation, un enjeu électoral ? Pour vivre heureux et prospère, faut-il vivre caché ? A Couronnes, le petit monde du commerce islamique n’aime guère se raconter, voire cultive habilement l’art de parler pour ne rien dire.


A la radicalité politique des années 90 a succédé la radicalité du mode de vie. Couronnes suit le mouvement et l’amplifie. «Les commerçants de la rue Jean-Pierre Timbaud répondent à la demande de leur clientèle», soutient Abdelhak Eddouk, l’ex-libraire. La halal attitude a pris d’assaut la garde-robe, investi la salle de bain, gagné l’armoire à pharmacie. Les années 2000 ont vu fleurir, à Couronnes, les boutiques de vêtements. Zeina, l’un des plus imposants magasins du quartier, y a ouvert en 2004. A l’intérieur, deux femmes voilées accueillent la clientèle. La gamme vestimentaire est plus étendue que dans les autres boutiques de la rue, et aux articles islamiquement corrects se mêlent d’autres plus ethniques, comme les traditionnelles djellabas.


 


Tapis de prière avec boussole


 


Les librairies ont su, elles, diversifier leur offre, confinant au bazar. «Personne ne pourrait plus vivre en vendant seulement des livres», plaide Abdelouabab Bajou, le patron de la librairie Al-Azhar, l’une des plus anciennes de la rue Jean-Pierre Timbaud. Chacun propose une gamme large de produits pour satisfaire une clientèle pieuse et… consumériste. Le tapis de prière s’est modernisé, intégrant la boussole pour se tourner correctement vers La Mecque ; aux heures rituelles, le téléphone portable appelle à la prière ; le MP3 psalmodie le Coran en une quantité incroyable de langues. Des produits fabriqués, la plupart du temps, en Chine, alliant nouvelles technologies et marketing religieux.


 


A Couronnes, on peut aussi dénicher des bouteilles d’eau Zam Zam, importées d’Arabie Saoudite, tirées à une source miraculeuse de La Mecque et dont les vertus s’apparentent à celles de l’eau de Lourdes. Dans les rayons aussi des librairies-bazars, le dentifrice au siwak (une plante qu’on trouve aux alentours de La Mecque), provenant de Malaisie ou d’Arabie Saoudite, succédané modernisé du bâton de siwak utilisé par le Prophète et ses compagnons. La halal attitude surfe aussi sur la vague des produits naturels. Base d’une sorte de médecine coranique, la graine de nigelle, elle aussi recommandée par un hadith (une parole rapportée) du Prophète et réputée soulager les maux les plus divers, se décline en poudre ou huile essentielle. Pour les enfants, les plus orthodoxes peuvent acheter des bonbons halal, garantis sans ingrédients à base de porc. Excessif ? Abdelhak Eddouk le pense. «J’ai même vu des blousons en cuir garantis, eux aussi, halal», s’agace-t-il.


 


Avec trois amies, cet après-midi-là, Sana, étudiante en biochimie et en biologie à la faculté d’Orsay, flâne après ses cours, dans les boutiques islamiques de la rue Jean-Pierre Timbaud, un peu comme d’autres iraient faire les grands magasins. Récemment, elle a décidé de porter le voile. «C’est un prêche de l’imam de ma mosquée en Seine-et-Marne qui m’a fait franchir le pas, livre-t-elle. Il pleurait et s’excusait de n’avoir pas suffisamment défendu les femmes musulmanes contre la loi sur le voile intégral.» Elle connaît bien Couronnes. «J’y suis déjà venue acheter des livres», dit-elle. Cette fois-ci, Sana cherche quelques voiles à assortir avec ses vêtements. «On en trouve sur les marchés, poursuit-elle. Mais ici, il y a plus de choix.» Quelques magasins proposent même le niqab, le voile intégral de la péninsule arabique, au prix de 10 euros.


 


Infirmière en réanimation, Adeline, elle, tente de trouver un DVD d’une récitation du Coran par un cheikh koweïtien très réputé. Voilée et revêtue d’une abaya noire (robe qui descend jusqu’aux pieds), elle parcourt les librairies de Couronnes car sa recherche est très pointue. Née dans une famille agnostique franco-portugaise, elle raconte s’être convertie seule à l’islam, en lisant des livres, au terme d’une longue quête spirituelle. «Pour mes parents, explique-t-elle, c’est lorsque j’ai décidé de porter le voile que cela a été difficile à accepter.» Brillante étudiante en médecine, mariée à un musulman, elle a abandonné ses études en troisième année. «J’avais d’autres priorités», se borne-t-elle à expliquer. A l’avenir, elle envisage de s’installer comme infirmière libérale pour mieux conjuguer sa foi et son mode de vie.


 


Tractation sans essayage


 


La clientèle qui fréquente Couronnes ressemble beaucoup à Sana et à Adeline. Peu habitent le quartier, comme les fidèles qui se rendent dans les deux mosquées du Tabligh. En fin de semaine, les jeunes couples et les familles y déambulent, venant de toute la région parisienne, voire de plus loin. Quelques femmes en niqab glissent furtivement d’un magasin à l’autre avant de regagner, au pas de charge, le métro ou leur voiture. Ces deux-là habitent les Yvelines, voyagent en transports en commun, disent n’avoir jamais été inquiétées depuis le vote de la loi qui interdit le port en public du voile intégral. Rue Jean-Pierre Timbaud, elles ont acheté un jilbeb, l’un des «must have» de la garde-robe islamique, un deux-pièces, cape pour le haut enserrant le visage et descendant jusqu’aux genoux, ample jupe longue pour le bas. La transaction été rapide, sans essayage.


 


Le magasin El Bassira est très réputé parmi les musulmanes orthodoxes pour les jilbeb. La marchandise, comme beaucoup de vêtements islamiques, est importée de Syrie. «Plus on tape sur l’islam et plus mon magasin se remplit», se réjouit, un brin provocant, le maître des lieux. Etonnamment, c’est un homme. Mais son look islamiquement correct, longue barbe et khamiss est rassurant pour les clientes.


 


Rue Jean-Pierre Timbaud, cette allure-là est familière. D’apparence tolérante et paisible, le quartier a, malgré tout, ses règles implicites. Pas de rixes dans les bars, vite contrôlées par quelques «barbus». On n’y rit pas non plus avec le look islamique. Quand un artiste photographe a tenté la «performance» loufoque de sortir en burqa, un verre de bière de la main, la plaisanterie fut de courte durée.


 


Ces règles implicites ont fini par peser sur Sophie, une comédienne qui a vécu là pendant cinq ans. Elle a récemment déménagé. «C’est un quartier bobo et populaire et je cherchais un univers qui me correspondait, raconte-t-elle. Au départ, je n’ai pas vu ce que je vois aujourd’hui. Rue Jean-Pierre Timbaud, le regard est essentiellement masculin, jugeant si tu es habillée de manière profane, occidentale. L’un des commerçants musulmans m’a dit un jourque j’irai en enfer car nous n’avions pas le même Dieu.»


Voilée et vêtue d’un jilbeb, une jeune femme musulmane confie, elle,, s’y sentir à l’aise. «Ce n’est pas comme dans les transports en commun ou ailleurs, dit-elle. Là, je passe inaperçue, comme quelqu’un de normal.»


 


«Nous faisons de la résistance !»


 


Pour le commerce islamique, Couronnes continue d’être attractif. Les éditions musulmanes Al Bouraq, parmi les plus importantes du secteur en France y ont implanté en avril 2009 une librairie, leur deuxième à Paris. «C’est un lieu où il faut être, une vitrine indispensable pour une activité comme la nôtre», explique Wissam Nadour, l’un des patrons de la maison d’édition fondée il y a une quinzaine d’années par une famille libanaise. Pour s’installer rue Jean-Pierre Timbaud, Wissam Nadour a dû être patient  ; les opportunités commerciales y sont rares.


 


S’il faut être là, c’est que Couronnes, comme l’explique l’éditeur, est une plaque tournante, fournissant les autres points de vente à travers toute la France. Le développement de ce commerce islamique signe, à sa manière, la communautarisation d’une frange de la population musulmane qui, par son mode de vie, conteste les valeurs et les mœurs occidentales. Même si elle est visible et active, cette frange demeure minoritaire. Grosso modo, les mouvements très fondamentalistes, comme le salafisme et le tabligh, toucheraient, en France, entre 200 000 à 300 000 personnes, soit 15 à 20 % des musulmans pratiquants.


 


«Ici, nous faisons de la résistance», lance Abdelkader. Au fondamentalisme, à la communautarisation ? Non, à la «boboïsation» ! «Ce qui nous préserve, c’est peut-être la mosquée», poursuit-il. Aux alentours, les bars et les restaurants branchés ont déjà lancé leur assaut. Depuis une quinzaine d’années, la rue Oberkampf, parallèle et voisine, est un haut lieu des nuits parisiennes. Le commerce islamique pourrait-il perdurer là sans la présence de la mosquée Omar ? A l’étroit dans ses murs, elle s’est déjà vu refuser un permis de construire pour édifier un étage supplémentaire. Elle aurait d’autres projets : raser et reconstruire. Mais, pour le moment, ce secret-là est bien gardé…


 


A suivre pour lever le secret bien gardé de l’intégration et de l’assimilation qui ont désintégré les Musulmans mis sous la coupe d’un ethnocentrisme qui n’a pas la vocation de civiliser mais de désintégrer tant le colonisable qui se plie que l’homme libre qui refuse d’être colonisé.



Omar Mazri : Effet pygmalion inversé de la communication coloniale partie 2

Nous avons vu dans la première partie le talent, réel, d’une journaliste, qui aurait pu être mis au service de la littérature, de la psychologie  et de la sociologie comme le père Goriot du journaliste et romancier Honoré de Balzac. Ce talent littéraire est devenu un gâchis en   interpellant, avec maladresse,  la société catholique de droite et la société protestante de gauche à pratiquer l’amalgame au lieu de la vraie charité humaine préconisée par Balzac: « J'avais entrepris une lutte insensée ! Je combattais la misère avec ma plume ». Libéré de la tragédie grecque il lance le roman moderne qui dissèque les maux de la société : il aurait pu inspirer l’auteure de l’article enquête « Le grand halal » et la laisser manifester son talent « d’esprit de finesse » au service de « l’esprit de justesse » au lieu de tomber dans « l’esprit de géométrie » si détestable à  Blaise Pascal.

En jalonnant sa belle écriture de sous titres trop évocateurs de son esprit borné elle a balisé l’esprit du lecteur qui se trouve ravalé au rang des miteux qu’elle décrit sous l’angle de Pygmalion inversé : une islamophobie contre le souk qui s’agrandit, contre la ruralité afro musulmane  qui s’installe au cœur de Paris, contre la résistance qui se tisse contre la civilisation à partir de la Mosquée d’Omar en passant par le voile,  l'Irak, l'Iran, le Tabligh, les Talibans… L’islamisation rampante que dénonce Marie le Pen vociférant sa haine. Il est vrai que la campagne présidentielle a besoin des bougnouls et des ratons pour se donner contenance, prestige et élan éradicateur pour mobiliser un électorat qui a perdu le sens des enjeux et l’envie de vivre. La République en le spoliant de la politique l’a figé comme des fragments de rocs que chaque pygmalion sublime en début de campagne et que chaque Aphrodite désintègre en fin de campagne.

Faute de vision on déblatère sur la Mosquée d’Omar sachant pertinemment que  cette Mosquée sans l’esprit d’Omar qui l’animerait et qui animerait ses fidèles ne serait qu’un entassement de fragments de cailloux que la culture indigène a produit par l’échec de l’intégration qui s’est sédimenté sur celui de l’assimilation. Tous les ingrédients  sont devant les yeux pour être vus avec réalisme et dénoncer les résultats ici et ailleurs de la fabulation du rôle civilisateur du colonisateur. Si l’auteure, maniant avec brio les mots, n’avait pas fait preuve d’esprit manipulatoire elle aurait vu l’effet pygmalion des maux du  néo colonialisme  comme Balzac l’avait vu avant la colonisation : «Nous sommes habitués à juger les autres d'après nous, et si nous les absolvons complaisamment de nos défauts, nous les condamnons sévèrement de ne pas avoir nos qualités.»

Par respect au talent balzacien de l’auteure nous allons explorer la seconde piste qu’Honoré a légué à son pays civilisateur : « Il y a deux histoires : l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des événements». Sur cette piste que l’auteure a occultée comme si la tare que présente les Musulmans de France est imputable à eux par une sorte de tragédie congénitale nous allons revenir à celle de Malek Bennabi dont le talent de psychologue et de sociologue a été consacré au rôle désintégrateur du colonisable et du colonisateur sur l’identité,  l’imaginaire et l’avenir du colonisé surtout quand le colonialisme passe la main à ses vassaux pour maintenir les colonies sous sa dépendance et les indigènes en état de subordination sociale, intellectuelle et culturelle,  des auxiliaires dont il faut entretenir l’état de délabrement moral et économique. Ceux qui sont en insubordination  sociale, politique et idéologique il faut en faire des isolats de pestiférés.

Avant de présenter l’analyse lucide et d’actualité de Malek Bennabi il faut garder à l’esprit une vérité religieuse, idéologique et historique : l’Islam est entré dans la conscience universelle comme acte libérateur et civilisateur selon une démarche simple et efficace qui a consisté a faire déplacer sur le plan spirituel et psycho affectif  le païen, l’opprimé ou le non civilisé vers le monothéisme, la liberté et la civilisation en passant par le sublime de l’idée, de la pensée et de la réalisation de la justice et de la vérité. La décadence qui a produit le colonisable a effacé le sens du sublime ne laissant dans l’être ontologique et social que le rite sans âme et la religion sans vocation civilisationnelle. Le colonialisme mené par une volonté de rapine, une culture d’empire et une soumission de soi à l’excédent de sa propre puissance matérielle  a fait passer le Musulman du sacré sans vocation à un profane sans instrument sans le faire passer par le sublime de l’idée et de la pensée : il est passé du monde du sacré au monde des choses et des idoles du matérialisme occidental dépossédé de sa langue, de sa religion, de sa terre, de son identité, de son autonomie à fabriquer de la pensée autonome. La libération confisquée après la décolonisation a accentué cette dépossession comme elle a accentué le flux migratoire  comme témoignage historique de la double malédiction qui lie le colonisateur au colonisé sur plusieurs générations : la tragédie grecque dont on connait l’issue funeste mais dont on continue à en jouer tous les actes avec la même jouissance du chœur qui répète à l’unisson l’écho du destin ; la tragédie post moderne de la mondialisation qui fabrique des ilotismes culturels unis par le seul fait consumériste qui exclue le  monden musulman et le rend plus vulnérable car sa misère est trop visible et sa population sans représentativité sociale ni politique pour se défendre ou améliorer sans sort à moins de fuir dans la résignation ou l’émeute. Dans un cas comme dans l’autre le Musulman, d’ici ou d’ailleurs, ne fait que « consommer son malheur » à l’instar  d’ailleurs de la société non musulmane sans projet d’avenir sans idée de la civilisation et qui se comporte quand elle est riche et savante,  comme César Biroteau un des spécimens de la décadence et de la condition humaine de Balzac. L’absence du romantisme de Balzac et de son époque facilite la mise en scène cruelle d’une population dont les femmes portant le voile ont défrayé les encyclopédies tellement le génie littéraire français a eu du mal à trouver le mot le plus convenable pour les oblitérer : ostensible ou ostentatoire !

Revenons à Malek Bennabi pour comprendre la genèse occulte du « grand halal » de la pensée judéo-chrétienne au service de la pensée laïciste qui témoigne après deux siècles de colonisation civilisation de son échec à comprendre l’autre car elle est prisonnière de son monologue et de son regard pygmalionien affreusement positif sur Soi et cruellement négatif sur l’autre faisant de ce regard inquisiteur un complexe d’amétropies caricaturales qui ne servent ni la vérité ni les exigences  du vivre ensemble et encore moins la dignité humaine.

 

Extraits : Le chaos du monde musulman – Les facteurs externes :

 

«Lorsque les tyrans s'emparent d'une cité, ils la pervertissent et humilient son élite. Ainsi agissent-ils.» Coran.

… Mais il y a aussi, nous l'avons dit, un aspect externe : celui de la colonisation. Ici, le colonialisme ne se manifeste pas seulement sous la forme d'un mythe inhibiteur, comme psychose paralysante, mais sous forme tangible d'actes éliminatoires, tendant à faire disparaître les valeurs de l'individu et les possibilités de son évolution…

Cette ingérence s'étend à tout: on assignera aux enfants du colonisé une «une école indigène» qui indigénisera leur esprit; et si le colonisé est gérant de café, on lui assignera une raison sociale qui indigénisera son commerce…

La vie du colonisé est ainsi cernée de toutes parts par un dirigisme plus ou moins apparent, mais qui n'omet aucune circonstance, aucun détail. Sous cette forme, évidemment, le colonialisme figure comme élément essentiel dans le chaos musulman. Il y intervient non seulement en raison du contact direct entre administrés et administrateurs, entre colons et colonisés, mais aussi, d'une manière occulte, dans les rapports des musulmans entre eux. Sa «présence » - le mot est tout un programme - se manifeste dans les détails les plus imprévus et les plus insignifiants de la vie quotidienne.

Le promeneur qui traverserait en flânant les rues d'Alger pourrait constater dans la même matinée au moins deux ou trois scènes très significatives. Il verrait, par exemple, de petits enfants vendre des oranges, traqués par la police: l'un d'eux se sauve en semant derrière lui sa pauvre marchandise, tandis que le policier qui le pourchasse a l'air tout aussi sérieux et satisfait de son rôle que s'il s'agissait d'une «mission». Un peu plus loin, le même promeneur pourrait voir d'autres enfants : leurs regards crapuleux guettent la dupe charitable tandis que, par une sorte de dégradation de leur propre malheur, ils jouent une «scène de misère» déchirante, en récitant une irritante litanie. Mais le policier qui passe et repasse devant ce spectacle avilissant ne dit pas un mot. Plus loin encore, le promeneur verrait des chiromanciens dignement enturbannés inviter le touriste étranger, la femme qui passe: là encore le policier ne souffle mot. Ces scènes quotidiennes ont leur signification. On y découvre toute la philosophie colonialiste, qu'on pourrait exprimer par le verset mis en exergue: «Certes, quand les tyrans occupent une cité, ils la pervertissent et humilient son élite. Ainsi agissent-ils.»

Le colonialisme est méthodique : toute son œuvre est une mise en scène, un truquage pour donner à la physionomie du pays colonisé un air «indigène». Tout écueil que pourrait rencontrer son œuvre est écarté systématiquement. Il élimine la véritable élite - non pas celle que sa faveur particulière a dé signée pour représenter le peuple colonisé - mais l'élite naturelle qui témoigne des plus hautes vertus d'un peuple. Afin qu'elle ne se reforme pas,  qu'elle n'émerge pas de nouveau, on installe tout un système de perversion, d'avilissement, de destruction, dirigé contre toute dignité, toute noblesse et toute pudeur. Et c'est ainsi que le peuple colonisé se trouve campé dans un cadre artificiel dont le moindre détail contribue à maintenir en porte-à-faux l'existence des individus. Cette technique de la désorientation

est en fait un véritable sabotage, qui s'adapte continuellement aux situations nouvelles, qui se dresse en face de toute initiative et de toute énergie neuve pour les capter et les détruire.

 

 La «renaissance musulmane », ne pouvait donc manquer de susciter chez le colonisateur l'intérêt le plus passionné. Il est facile de deviner quels éléments de perturbation, quels

facteurs d'inharmonie le colonialisme va introduire dans la société musulmane moderne. Son pouvoir et son ambition illimités lui ont inspiré la pensée folle et tragique d'arrêter la marche

de la civilisation dans les pays colonisés. En face du modernisme - du tajdid - il va dresser un archaïsme artificiel comme une scène de théâtre, où les figurants, marabouts, pachas, alems ou universitaires truqués, devront jouer la scène de la «tradition islamique», - «tradition» qui devient le mot d'ordre de toute la politique coloniale.

 

D'autre part, en face de l'effort réformiste, on voit se dresser un obscurantisme tapageur qui ressuscite continuellement des anachronismes périmés et des mythes disparus. Parce que le colonialisme veut inlassablement réédifier le panthéon ruiné du maraboutisme, on promènera dans certaines capitales des figurines momifiées, tirées du moyen-âge post-almohadien, pour figurer, dans la scène rétrospective de la politique indigène, «l'Islam traditionnel». A chaque instant, le colonialisme clame à l'histoire des peuples colonisés le mot de Josué: «Stat Sol»,

«Arrête-toi, Soleil.»…

 

Guidé par la pensée sacrilège d'arrêter la marche des peuples vers la lumière, le colonialisme n'hésita pas à mêler le sacré à l'impur pour sauver ses intérêts matériels…

 

Quoi qu'il en soit, c'est par de tels moyens de déviation, de corruption, de falsification, que le colonialisme entend faire la «politique coloniale» et se rend ainsi responsable d'une grande part du chaos du monde musulman. Dans ce domaine, il n'est pas possible de se dégager du détail, de résumer, de condenser en quelques expressions systématiques. Le système ne se sépare pas du détail, qui fournit un témoignage direct et concret sur la responsabilité du colonialisme. Mais d'autre part, nous n'avons pas la prétention - qui serait saugrenue - d'exprimer ici tous ces détails discordants qui s'introduisent sans cesse dans la vie musulmane comme des grains de sable dans les rouages d'un moteur. L'œuvre coloniale est un  immense sabotage de l'histoire…

 

C'est sous le même angle qu'il faut admirer le choix particulier que fait l'administration en désignant certains personnages défavorisés physiquement et moralement pour «représenter» les populations musulmanes dans telle ou telle assemblée. Astuce d'ailleurs cousue de fil blanc, et capable tout au plus d'abuser ses auteurs, qui sonnent inlassablement les douze coups fatidiques de minuit en croyant encore pouvoir assoupir la conscience musulmane. Naïf et entêté, le machiavélisme colonialiste ne se laisse abattre par aucun échec et mobilise encore et tous les jours des sonneurs de minuit, à qui l'on distribue des sommes importantes au lieu de les consacrer à des tâches plus utiles. En certains travaux d'urbanisme - dans le peu  d'urbanisme concernant la population indigène - il est toujours facile de noter le trait «indigène» dont on veut absolument souligner la vie musulmane.  On peut le constater notamment dans ces sortes de silos-villes qui marquent d'ailleurs un progrès sur les bidons-villes où croupit la population pauvre des grandes agglomérations. Mais le style silo-ville, comme on le voit dans la banlieue d'Alger, tient à garder un touchant cachet «indigène» en arrondissant en dos d'âne des toits curieux de ses maisons: ce qui n'est évidemment qu'une manière comme une autre de nier le goût musulman et d'effacer le souvenir du beau style arabe qui a laissé d'impérissables monuments en Espagne…

 

Si le monde n’est pas définitivement démoralisé, s'il n’a pas perdu tout sens moral, c'est que l'âme humaine est vraiment indestructible et éternelle. Les théologiens de toutes confessions devraient rendre grâce au colonialisme d'avoir démontré impérativement l'immortalité de l'âme. Aucune autre époque n’a su mieux régénérer dans l'homme les données de la brute, par toutes sortes de fermentations dont les champignons sont fournis par ces laboratoires bien agencés et puissamment pourvus de moyens matériels et psychologiques : lois, banques, administrations, journaux,  prisons et écoles «indigènes». C'est grâce à ces laboratoires que l'écume de la société musulmane est aujourd'hui à la surface et son élite au fond; même la vie intellectuelle d'un pays colonisé n'est qu'une simple fermentation pour distiller certaines idées que le colonisateur recueille soigneusement pour en faire les idées directrices de la «boulitique».

 

Le Maréchal Franchet d'Esperey dira un jour, au cours d'une revue : « Le grade n'est pas un droit mais une faveur pour l'officier indigène». Pour le petit écolier comme pour l'intellectuel musulman, il en est de même: le diplôme ou la situation ne sont pas des droits, mais de simples faveurs. Et l'on se doute des échantillons pitoyables de l'élite musulmane qu'engendrent de telles faveurs. Par contre, si un cerveau remarquable se révèle, on essayera par tous les moyens de le briser, et s'il est trop dur, on brisera sa famille, pour le paralyser.

On décale ainsi toute la vie intellectuelle d'un peuple et du même coup toute son évolution. Sur le plan économique et social, on emploie naturellement le même procédé: détruire l'armature existante dans le pays colonisé et l'empêcher par tous les moyens de se refaire…

 

Ainsi, dans chaque domaine de la vie sociale, aperçoit-on, parfaitement jumelées, les deux faces du chaos - colonisabilité et colonisation. Si la vie culturelle elle-même n'échappe pas au contrôle du colonialisme, c'est parce que celui-ci sait que la religion demeure l'unique, l'ultime moyen de refaire la santé morale d'un peuple qui a perdu, dans la crise de son histoire, tout ressort moral. Si aujourd'hui il y a quelque chose qui vibre encore dans l'âme musulmane, quelque chose qui la rend capable de se transformer et de se dépasser, c'est bien l'Islam.

Aussi le colonialisme s'attaque-t-il partout à cette puissance de résurrection. L'Islam devient donc l'objet de toutes les restrictions, de toutes les surveillances…

 

C'est l'administration elle-même qui désigne le personnel du Culte - le muphti et l'imam - non pas à la satisfaction de la communauté musulmane, mais au gré des  colons. Et, par ce  dispositif, elle tient en ses mains les suprêmes moyens de corruption. L'homme qui dirige les dévotions à la mosquée n'est pas choisi pour sa conscience morale ou pour sa science théologique, mais surtout pour son utilité administrative, comme simple adjudant des prières. Cette situation du culte n'est pas celle qui trouble le moins la conscience du croyant, en le plaçant devant des faits parfaitement perturbateurs: un imam qui moucharde, un muphti corrompu et corrupteur, un cadi prévaricateur.

 

On veut faire de l'Islam lui-même un aspect pittoresque de la «vie indigène».

 

Et c'est ainsi que l'administration accumule les écueils et les entraves sur la voie de la renaissance musulmane. Mais ici du moins, une confrontation directe devient possible entre la colonisabilité et la colonisation comme facteurs de paralysie. Cette confrontation nous permet de nous rendre compte, sur le vif, que le colonisé peut toujours se libérer de sa colonisabilité, dans la mesure où il applique son intelligence et son effort à surmonter les difficultés, à contourner les écueils, à rompre les entraves. Ici du moins, - parce que le musulman, même au stade post-almohadien, ne souffre pas d'atteinte à sa religion, - nous le voyons et nous l'avons vu, en Algérie notamment, édifier lui-même ses nouvelles mosquées où il va librement faire ses dévotions, et ses nouvelles écoles où son fils poursuit librement ses études. Ces initiatives nous prouvent à quel point il ne s'agit pas de discourir sur la liberté du culte, ni sur l'extension de l'enseignement, mais de faire des œuvres sociales et d'accomplir des

devoirs impérieux. Il est évidemment excellent d'obtenir les «droits» que l'on a réclamés, mais il ne s'agit pas, comme on le fait malheureusement encore, de renverser l'ordre des valeurs en mettant les «droits» avant les «devoirs», - ce qui ne pourrait qu'augmenter la confusion, le désarroi et le chaos en multipliant les faux pas de la «boulitique».

 

Le colonialisme fait encore sonner minuit, mais dans le monde, musulman, l'heure du sommeil et des fantômes est passée, sans rémission.

 

Ces longs extraits de Malek Bennabi restent l’analyse  la plus simple mais la plus percutante sur la politique de la culture indigène dans les colonies qu’on retrouve reproduite dans la métropole et ses banlieues et bien entendu dans les  nouveaux comptoirs commerciaux de la rente et du despotisme local des  pays musulmans dont l’indépendance a été confisquée ou demeure inachevée faute d’analyse sérieuse sur  l’esprit colonisable qui  permet d’opérer le bouturage de l’esprit indigène.  C’est le même phénomène pygmalion inversé qui fait voir le Musulman à ses propres yeux en situation d’infériorité ou en situation d’arrogance futile et le néo colonisateur en situation de dominant et de civilisé porteur du beau et de la vérité universels que le dominé incivilisé ne peut comprendre les mécanismes ni accéder à leurs moyens et à leurs avantages.

 

Les reproches que nous faisons à l’auteure de l’article « le grand hallal » ne nous dédouanent pas de faire un reproche plus grand, voire un blâme, à nous-mêmes et à notre communauté dont le laxisme, l’insouciance, l’inconséquence, la laideur et l’insenséisme dépassent l’entendement. Le colonialisme ne peut tout expliquer ni tout justifier. Il ne peut exercer son talent destructeur que s’il trouve un terrain favorable et propice. Hélas ce terrain est partout le même ainsi que les images que nous véhiculons sur ces terrains indigènes en Europe, en Afrique ou en Arabie.

 

Et pourtant il suffit de peu de volonté et de courage  pour corriger ces regards fallacieux et ces liens aliénants : reconquérir son humanité et se libérer de la malédiction des faux mythes. Le temps joue en faveur des opprimés et des méprisés s’ils comprennent les causes de leur domination et voient le chemin de leur libération, la leur et celle de leurs geôliers :

 

{Ils ont élaboré des stratagèmes et Allah  a élaboré Ses stratagèmes : mais Allah est le Stratège infaillible} Coran  

 Le temps joue en défaveur des arrogants et des méprisants à moins qu’ils ne prennent conscience de leur impasse et de la nécessité historique, sociale et culturelle de vouloir vivre ensemble apaisés, justes et équitables partageant les mêmes territoires, les mêmes interactions, le même destin sur terre dans un échange mutuel de respect, de reconnaissance, de droits et d’obligations en prenant de la hauteur sur les préjugés,  la peur et l’ignorance :

 

{Élevez-vous à une parole normative entre nous et vous…} Coran

 

Il faut nous  élever au dessus de la culture indigène sinon les mythes inhibiteurs vont nous  précipiter tous  dans le suicide collectif et le spleen qu’a connu l’empire romain entamant le périgée de sa grandeur. Rappelez-vous la flamme « civilisatrice » du colonialisme : elle s’est révélée à l’usage une torche incendiaire qui continue de ravager les cœurs, les esprits et les mœurs tant du colonisé que du colonisateur, dans les ex colonies comme dans la métropole. Réveillons-nous de l’hypnose et inversons le cours de l’histoire positivement avant que l’irréversible destin ne s’accomplisse à notre détriment que nous soyons Musulmans véhicules de laideur et de fausseté ou non musulmans producteurs de laideur et de faux mythes :

 

{Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur.  Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés. N’as-tu pas vu qu’ils sont errants dans chaque vallée, et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? Sauf ceux qui devinrent croyants et ont fait les œuvres méritoires, et ont beaucoup psalmodié le Nom d’Allah, et se défendent après avoir subi l’injustice. Et ceux qui furent injustes sauront vers quelle inversion funeste ils seront conduits !} [Coran les poètes 227]

 

Le libre arbitre nous donne le choix et la responsabilité de choisir ou bien un effet pygmalion funeste ou bien un effet pygmalion salutaire et mutuellement bénéfique.  Le Coran nous donne à nous les Musulmans l’obligation de changer positivement et tout manquement au Coran est une trahison envers Allah et Son Prophète. Il appartient à ceux qui se réclament de l'humanisme des Lumières ou de l'amour chrétien de rompre avec l'inversion funeste  en cherchant à comprendre la genèse des phénomènes, à en assumer la part de responsabilité et surtout de chercher avec nous et avec les hommes de bonne volonté les issues favorables pour vivre ensemble apaisés et rassurés loin du tapage médiatique et de la manipulation idéologique





Lire partie 3: http://www.alterinfo.net/Omar-Mazri-Effet-Pygmalion-partie-3-Regards-sur-la-Revolution-en-Tunisie_a53976.html



Mardi 18 Janvier 2011


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