Société

Nouvelle révélation sur le lien entre glyphosate et cancer



Claire Robinson
Vendredi 14 Août 2015

Nouvelle révélation sur le lien entre glyphosate et cancer
 

GMWatch, Claire Robinson, 13 Août 2015
 

    Claire Robinson rapporte que lors de l'évaluation par l’OMS, le glyphosate a évité de justesse la catégorie cancérogène connu plutôt que cancérogène probable.
 

    Sur Harpers, un excellent article d’Andrew Cockburn explique qu’aux Etats-Unis, dans les départements universitaires de biologie, en passant par les bureaucraties de la flore et faune et les clubs de jardinage, l'hystérie envers les espèces envahissantes est largement répandue. Le glyphosate est l'arme de choix pour combattre les plantes envahissantes, considérées menacer les espèces autochtones. Plus de 90 pour cent des gérants de terres californiennes utilisent ce composé, particulièrement recommandé pour éradiquer les arbres eucalyptus. L'année dernière, le gouvernement fédéral a dépensé plus de 2 milliards de dollars pour lutter contre l'invasion de plantes étrangères, la moitié de ce qui était prévu au budget pour le glyphosate et les autres poisons.
 

    La forte exposition au glyphosate du public américain est devenue un problème particulièrement grave depuis la décision du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la Santé, de classer cancérigène « probable » cet herbicide. Assimilant la catégorie 2A (cancérogène probable) dans laquelle le CIRC a placé le glyphosate, et la catégorie 2B, « cancérogène possible pour l'homme », occupée par des denrées courantes comme le café et les légumes marinés dans le vinaigre blanc, Monsanto a essayé d’embobiner le public sur l'importance de la décision du CIRC. Son message étant : Nombre d’entre nous buvons du café et mangeons des légumes marinés sans souci, il ne faut donc pas s’inquiéter non plus du glyphosate.
 

    L'article de Cockburn révèle que la discussion au CIRC ne concernait pas le classement du glyphosate en catégorie 2A (probablement cancérogène) ou en catégorie 2B (cancérigène possible). La discussion était plutôt de savoir si le glyphosate devait être classé en catégorie 1 (cancérigène pour l'homme).
 

    Le groupe du CIRC était dirigé par Aaron Blair, un épidémiologiste ayant passé trente ans à l'Institut national du cancer. Cockburn paraphrase Blair comme suit :

    « Selon Blair, il y avait de bonnes raisons de déclarer que le glyphosate provoque sans aucun doute le cancer » - en d'autres termes, il devrait être classé en catégorie 1, comme cancérogène connu pour l’homme. Mais « Ce ne fut point le cas, a dit Blair, parce que « les données épidémiologiques était un peu brouillées (noisy). » En d'autres termes, alors que plusieurs études semblaient indiquer un lien, une autre étude sur des agriculteurs de l'Iowa et de Caroline du Nord, ne l'a pas fait. Blair a fait remarquer qu'une incohérence similaire s’était produite dans les études sur l’homme du benzène, aujourd’hui universellement reconnu cancérigène. Quoi qu’il en soit, cette anomalie isolée dans les données est la raison pour laquelle le groupe a classé le glyphosate comme déclencheur probable (au lieu de certain) du cancer. »
 

    Hugh Grant, PDG de Monsanto, a qualifié l'étude du CIRC de « science sans valeur » devant être rétractée. Mais Blair a répondu : « Historiquement, la même chose est arrivée avec le tabac, même chose avec l'amiante, même chose avec l'arsenic ... Ce n’est pas de la science sans valeur. »
 

    Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est qu’en comparant le glyphosate au benzène, au tabac, à l'amiante et à l'arsenic, Blair a placé le débat sur une perspective historique. Et nous connaissons tous la dangerosité de ces produits.
 

L’étude dans l’Iowa et en Caroline du Nord n’est pas rassurante

 

    Blair du CIRC mentionne l'Agricultural Health Study (étude sur la santé agricole) dans l'Iowa et en Caroline du Nord, une étude qui, selon l’explication de Cockburn, n'a trouvé aucun lien entre glyphosate et cancer. Or, en réalité, pour deux raisons, cette étude n'a rien de rassurant et ne contredit pas les autres études qui trouvent un lien.
 

    1. L'étude a trouvé « une association suggérée » entre l'exposition au glyphosate et le myélome multiple, un type de cancer du sang. Une étude contradictoire, commandée par Monsanto et publiée en 2015 avant les réévaluations du glyphosate par les États-Unis et l'UE, a utilisé un jeu de données différent et conclu  : « aucune preuve convaincante » de lien. Il est contestable que la redite d’analyse de Monsanto soit plus fiable que les conclusions de l’étude sur la santé agricole financée par l’État.
 

    2. Lors d’une étude séparée, également entreprise dans l'Iowa, des taux perceptibles de glyphosate ont été décelés dans les échantillons d'urine de familles agricoles et non agricoles. Les chercheurs attribuent cela au fait que des herbicides à base de glyphosate sont utilisés dans les jardins familiaux, ainsi que dans l'agriculture. Donc, selon l’étude sur la santé agricole, la population contrôlée est susceptibles d'être aussi mise en péril par le glyphosate que la population « exposée », de sorte que la différence entre les groupes pourrait être faible ou inexistante. L'implication de l'étude sur l'urine est que le lien réel entre glyphosate et cancer est possiblement bien plus fort que ce qu’a découvert l’étude sur la santé agricole.
 

Mauvaises herbes résistantes au glyphosate : espèces envahissantes suprêmes

 

    Énorme ironie mise en relief par l'article de Cockburn, la dépendance de l'Amérique au glyphosate cancérigène probable se retourne contre elle. Le recours excessif au glyphosate à la fois sur les espèces envahissantes et les cultures génétiquement modifiées tolérantes à cet herbicide, a entraîné le développement de mauvaises herbes résistantes au glyphosate. Dans l'article, le Dr Charles Benbrook, consultant agricole, est cité : « C’est un désastre ... Comme les mauvaises herbes résistantes se disséminent et deviennent de plus en plus un enjeu économique pour davantage d'agriculteurs, le seul moyen qu'ils connaissent pour réagir – la seule manière dont ils estiment pouvoir agir – consiste à pulvériser toujours plus. »
 

    Il est devenu courant pour les agriculteurs de pulvériser trois fois par saison au lieu d'une fois, et Benbrook estime que les doses supplémentaires d'herbicide s’élèveront à 75.000 tonnes en 2015. Les agriculteurs doivent désormais composer avec le marestail tolérant au glyphosate, qui grandit jusqu'à huit pieds de haut, avec des tiges assez épaisses, selon un agriculteur, « pour stopper dans son élan une moissonneuse-batteuse ». Selon Cockburn, c’est la suprême « invasion étrangère, faite par ici, en Amérique ».
  Original : www.gmwatch.org/news/latest-news/16347-new-revelation-about-glyphosate-cancer-link
Traduction Petrus Lombard



Vendredi 14 Août 2015


Commentaires

1.Posté par Marie VERSAVAUX le 18/04/2017 00:27 (depuis mobile) | Alerter
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Qui peut croire qu''un herbicide aussi agressif pour les mauvaises herbes pourrait être sans danger pour la terre et pour l''homme ?
Qui est assez naïf pour ne pas comprendre que tout ce que nous mangeons (faune et flore) n''en soit pas empoisonné ?

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