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Notre meilleure banque est notre sous-sol : Protégeons-le pour les générations futures


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«Aujourd'hui, c'est simple, soit vous faites confiance aux gouvernements, soit vous achetez de l'or.»

Propos d'un courtier londonien


Professeur Chems Eddine Chitour
Mardi 16 Août 2011

Notre meilleure banque est notre sous-sol : Protégeons-le pour les générations futures
Mon attention a été attirée ces derniers jours par trois événements concernant, d'une part, la crise financière et ses dégâts collatéraux, la chute des prix du pétrole, et le silence pesant des autorités du pays quant à la santé économique et financière du pays, d'autre part. Chacun de nous a suivi les événements de la crise américaine, la dégradation de sa note par Standard and Poor's pour la première fois dans l'histoire, et les conséquences notamment dans une Europe en pleine perturbation du fait des crises grecques portugaises, et celles prévisibles comme celles de l'Espagne et de l'Italie. Toute la planète est prise de panique à cause d'une crise financière qui menace l'économie mondiale. Les autorités politiques algériennes n'expliquent pas au pays ce qui se passe et si l'Algérie a fait ce qu'il fallait pour sortir au mieux de cette crise.

Mieux encore, les autorités annoncent qu'elles ont vaincu le chômage! Habib Kharroubi du Quotidien d'Oran, par dérision, invite les pays qui en souffrent à prendre exemple sur l'Algérie: «Les pays industrialisés, englués dans la crise, la récession et le chômage et ne sachant quoi faire pour se sortir de cette situation, n'ont qu'à se mettre à l'exemple de l'Algérie qui, à en croire le bilan rendu public par les services de son Premier ministre, nage dans la croissance et serait sur le point d'atteindre le plein-emploi. L'exemple s'impose, d'autant que la prouesse algérienne, argumentée par des chiffres qui laissent pantois, aurait été réussie en un semestre. Comme quoi, l'Algérie est vraiment cette nation où le miracle est chose naturelle. Dans le pays, il a soulevé un tollé d'indignation. Politiques, experts et commentateurs. S'ils ne croient pas un tant soit peu à la réalité du contenu de ce bilan, les Algériens se posent néanmoins la question de savoir quels sont les motivations et les calculs qui ont poussé le Premier ministre à assumer le risque de susciter un débat susceptible de réduire à néant la belle représentation faite par ses services de la situation économique et sociale de l'Algérie.(1)

Dans plusieurs de mes écrits, je m'étais interrogé naïvement - n'étant pas spécialiste en économie et finance - pourquoi l'Algérie ne convertissait pas une grande partie de ses réserves en dollars, fruit d'une rente imméritée en or, même si elle est une «relique barbare selon Keynes» et dans le même temps un placement refuge depuis que le monde est monde. Les dernières contributions me donnent raison. Pourquoi pas? Nous allons d'abord expliquer brièvement l'or et son sortilège. Tout pays a le devoir de se défendre en cas d'agression économique et financière. A titre d'exemple, au soritr de la deuxième guerre mondiale la France était exangue, en priorité elle devait protéger ses ressoruces en or et lutter contre l’évasion de l’or. Ainsi et à tritre d’exemple, , le 7 octobre 1944, De Gaulle publiait une ordonnance interdisant à tout propriétaire d'or, d'en effectuer la cession, à titre onéreux ou gratuit, sous quelque forme que ce soit, à toute personne de transporter de l'or pour quelque motif que ce soit. Elle était complétée le 17 janvier 1945 par une ordonnance invitant les détenteurs d'or à se faire recenser auprès de l'Office des Changes. Puis la loi 45-0140 du 26 décembre 1945 donnait au gouvernement l'autorité pour procéder à la réquisition de l'or, des devises et des valeurs mobilières étrangères.


Une brève histoire de l'or

L'or a accompagné la civilisation humaine, métal inaltérable, la quantité d'or existant sur terre est un invariant. Elle serait de l'ordre de 300.000 tonnes, nous en avons extrait la moitié, et l'autre moitié attend d'être extraite. On estime que depuis la Préhistoire, 145.000 t d'or ont été extraites d'après le World Gold Council en 2001. Aujourd'hui, on extrait environ 2 500 t d'or par an. Longtemps premier producteur mondial d'or, l'Afrique du Sud a été détrônée en 2007 par la Chine, qui conforte depuis lors sa première place par la découverte de filons importants, assurant 13,8% de la production mondiale en 2010. Les banques centrales du monde cumulaient ainsi 27 113 tonnes d'or en juin 2010, dont près de 40% détenus dans la zone euro et 30% par les États-Unis (la Chine ayant exprimé son intention de porter ses réserves à 5000t), tandis qu'environ 15.000 tonnes d'or seraient détenues au titre de l'épargne privée en Inde.

Dans l’histoire économique et financière, l'or a servi d'étalon monétaire exclusif (l'étalon-or), d'abord au Royaume-Uni puis dans le monde entier après l'abandon du bimétallisme or-argent dans les années 1870. La guerre de 1914 met fin à ce système qui ne put jamais être remis en place. Avec les accords de Bretton Woods, en1944, c'est un étalon de change or (Gold Exchange Standard) qui est mis en place. Le dollar est défini en un certain poids d'or et les autres monnaies en dollar. En 1971, les États-Unis suspendirent la convertibilité du dollar en or et en 1976, les accords de la Jamaïque entre les pays du FMI démonétisent l'or qui, dès lors, n'a plus de rôle monétaire officiel. Depuis, le prix de l'once n'a cessé de grimper, il a évolué ainsi: en moyenne annuelle 2001 de 300 dollars, 2004 de 400 dollars, 2005 de 600 dollars,. La crise monétaire et bancaire qui s'étend depuis septembre 2007 n'a fait qu'accélérer le mouvement. L'once frôle les 1000 dollars, au début de l'année 2008 et à nouveau au début de l'année 2009. 2008/2009 moyenne fluctuant entre 800/1000 dollars.

Le 25 avril 2011, l'or atteint un niveau de 1509 USD l'once, un record dû à l'incertitude de l'économie mondiale, l'or servant de valeur refuge face aux irrégularités de la Bourse. En juillet 2011, la crise de la dette dans la zone euro (dette de la Grèce, mais aussi Portugal, Espagne, Italie), et aussi celle des Etats-Unis, a été l'occasion pour les investisseurs et épargnants de prendre conscience de ce problème de surendettement, et de s'interroger sur un relatif manque de contrepartie à la monnaie en circulation: franchissant un record de nombre de séances de hausse consécutives. En août 2011, avec la crise grecque dans la zone euro et la crise de l'endettement américain, il a franchi le cap de 1.800 $ pour stationner autour de 1750 $.

Si l'on compare les cours de janvier 1968 (35,2 dollars l'once) à ceux de mars 2008 (1023,50 dollars), on constate que les prix de l'or ont été multipliés par plus de 26. Le calcul montre que les 675$ de janvier 1980 équivalent à 1967$ de août 2011. Le record sur un jour à 850$ équivaut lui à 2477$ actuels supérieur aux 1800 dollars du 11 août 2011. En dollars courants, on est passé de 35$ en juillet 1971 à près de 1800 $ 40 ans plus tard. Pour rappel la quantité d’or est de loin inférieure à la quantité de papier-or, ainsi en avril 2010, l'audition d'un trader de JP Morgan Chase par la Cftc a révélé qu'il y aurait 100 fois plus de papier-or en circulation que de l'or physique.

Qu'en est-il de l'Algérie?

La situation en Algérie est anomique. Nous produisons d'une façon frénétique des ressources fossiles pour avoir des dollars qui s'effritent inexorablement! Pour l'économiste Abderahmane Mebtoul, et selon les statistiques du FMI de 2009, l'Algérie disposait, courant 2009, de 173,6 tonnes d'or avec une valeur en termes de lingots de 6,07 milliards de dollars, soit 4,3% des réserves de change de l'époque et au cours d'août 2011 un montant de 9,11milliards de dollars, soit un gain net de plus de 3 milliards de dollars entre mars 2009 et août 2011. Depuis, le montant a vraisemblablement augmenté mais le ratio global est stable ou en très légère augmentation puisque les réserves de change sont estimées à 160 milliards de dollars en juillet 2011officiellement et plus de 173 milliards de dollars, selon les statistiques internationales, posant d'ailleurs le problème de la transparence de la gestion des réserves de change.(2)

Qu'aurait pu faire l'Algérie avec cet argent placé d'une façon paresseuse et sans imagination uniquement dans les bons du Trésor américain? Pour Abderahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, présentant son dernier ouvrage la Martingale algérienne «Le risque d'une hyperinflation est grandissant. Les 173 milliards de dollars de réserves de change ne servent absolument à rien. Nous avons favorisé la maximisation des profits en surexploitant les puits de pétrole et de gaz pour accumuler de l'argent et le mettre dans des caisses oisives, pour ne rien faire avec. Sur l'actualité économico-financière et les choix des responsables algériens, le constat de Hadj Nacer est sans appel. Il s'agit notamment des placements des réserves de change, 170 milliards de dollars, aux États-Unis. Non seulement cette somme ne rapporte rien mais pèse aussi sur elle le risque de perte. Le bon sens voudrait que cette réserve soit utilisée pour l'achat d'actifs réels. L'Algérie négocie avec le constructeur Renault pour une usine d'emboutissage, l'Algérie paraissant dans une posture de demandeur, alors que Volvo était en vente. L'acquisition d'actifs à l'étranger permet de gagner du temps, acquérir la technologie. «Nous avons 170 milliards de dollars, il faut que ça nous serve», L'actuelle crise financière «met en danger notre argent stocké dans des caisses oisives». On pouvait bien acheter le groupe franco-espagnol, Sipsa quand il a été mis en vente, en lieu et place»(3)


Or ou pétrole: le dilemme récurrent pour assurer l’avenir

Selon le ministre algérien des Finances, 80% des 157 milliards de dollars sont déposés à l'étranger, (160 milliards de dollars de réserves de change annoncé le 21 juillet 2011), soit 125,6 milliards de dollars, une fraction dans les banques internationales dites cotées AAA, et en majorité en bons de trésor dont 45% aux USA, 45% en euros, le reste en yens et livres sterling. Toute dépréciation combinée à l'inflation mondiale donnerait un rendement négatif. Aussi, je suis sceptique pour les 80% des réserves de change algérien placées à l'étranger quant aux déclarations du gouverneur de la Banque d'Algérie, lequel affirme que le rendement de ces réserves est de l'ordre de plus de 4%, ramenant presque 5 milliards de dollars d'intérêts par an. Un exemple si l'Algérie avait placé ses réserves de change au moment où l'once d'or était coté à 800 dollars, et comme l'once est actuellement à 1600 dollars, on aurait doublé les réserves de change de l'Algérie, c'est-à-dire plus de 300 milliards de dollars en termes de parité de pouvoir d'achat (4)

Etant mono-exportateur d'une ressource immanente qui n'est pas le fruit de l'effort, nous ajoutons à la gabegie d'une exploitation irrationnelle des hydrocarbures , une gestion pantouflardes avec une mentalité bloquée aux reflexes du « bal de laine » des avoirs dans les banques étrangères dans lesquelles nous n’avons aucun droit aux décisions prises . Le but est de ne s’occuper que de l'immédiat. Comment gagner du temps, calmer les foules et comme dit un proverbe du terroir: «Nhar idaz nhar», «chaque jour pousse le jour» au lieu d'aller à marche forcée vers la création de richesse, on distribue la rente notamment aux classes dangereuses. Brûler un pneu, couper une route est le nouveau langage de la jeunesse.

Pourtant on sait que les ressources fossiles ne sont pas éternelles , -dans le cas de l’Algérie, d’après l’AIE et le BP statistical Review, l’Algérie produirait juste 0, 7 million de barils, ce qui sera insuffisant pour ses propres besions- de plus, on sait que les cours du pétrole sont fonction de facteurs naturels et économiques (probabilité d'épuisement des ressources à l'horizon 2050, réchauffement climatique, mais aussi géopolitiques: guerres (montée ou baisse des «réserves stratégiques» des pays impliqués), tensions diplomatiques, etc.

Après 5 années de hausse quasi continue depuis 2002, hausse due en grande partie à une forte demande non anticipée venue du développement économique de la Chine, les cours du pétrole brut avaient atteint le record historique de 150 $ le baril en juillet 2008. Un véritable effondrement des cours dû à la spéculation a ensuite été observé dans le sillage de la baisse généralisée des marchés financiers et en particulier du krach de l'automne 2008, conjugué à un fléchissement de la demande mondiale. D'un prix de 19,4 dollars le baril de brut...en janvier 2002, la hausse ne cesse de s'accélérer: 55,25 $ en mars 2005, 96 $ en octobre 2007, la barre des 140 $ franchie début juillet 2008... Autour de 100 $ actuellement après des pointes à 120 $. D'après les experts, il s'agit d'une augmentation inéluctable, et qui est encore loin d'avoir atteint ses sommets. Les futurs produits financiers se basant sur l'évolution à terme des matières premières, tablent ainsi sur un baril à plus de 400 $ à l'horizon 2016!

Le dilemme de l'Algérie est le suivant: Pourquoi alors, continuer à pomper frénétiquement une ressource qui sera de plus en plus rare à l'échelle mondiale et donc de plus en plus chère pour avoir des dollars qui s'effritent et qui rapportent dans le meilleur des cas des miettes? N'eut-il pas mieux valu de n'extraire que les quantités strictes pour le développement, n'hypothéquant pas de ce fait l'avenir des générations futures? De plus, les prix du gaz, maintenus très bas à l'échelle internationale, à même pouvoir calorifique, le pétrole est 4 fois plus cher que le gaz. C'est un scandale qui fait que nous bradons le gaz, qui risque de venir à nous manquer dans une génération au rythme de l'hémorragie actuelle.

Pourquoi alors ne pas mettre en place un modèle énergétique, une sorte de feuille de route qui trace le cap pour la stratégie énergétique épargnant les énergies fossiles, développant à marche forcée les énergies renouvelables et mettant en place une politique d'économie de l'énergie (gain d'au moins 25%) pédagogiquement expliqué au peuple car c'est lui, convaincu, qui fera ses économies.

Au risque de me répéter, notre meilleure banque est notre sous-sol, une calorie d'épargnée coûtera cent fois plus dans une génération. A cette échéance, si rien n'est fait, l'Algérie devra importer du pétrole, avec quoi? Il nous faut être prudent et ne pas donner crédit aux sirènes du nouveau soporifique; le gaz de schiste. Son exploitation posera d'énormes problèmes de coût et serait catastrophique pour l'environnement. Ce que déclarent messieurs les économistes Hadj Nacer et Mebtoul, nous le crions depuis plus d'une quinzaine d'années, il faut placer utile ce que nous avons comme réserves.

Dans une contribution précédente en juin 2008, j'avais calculé que si l'Algérie faisait le forcing pour convertir la moitié de ses réserves en or à 900 dollars l'once, ses réserves seraient multipliées par deux et c'est au total 300 milliards de $ au lieu de la moitié actuelle qui aurait rapporté 3 milliards de dollars. Pourquoi ne diversifions-nous pas nos avoirs?

Comme l'écrit M. Hadj Nacer, nous aurions pu nous porter acquéreurs de groupes internationaux en vente. De plus, l'exemple de la Norvège est à méditer. Ce petit pays à un fonds de pension pour les générations futures de 200 milliards de dollars. Ce fonds de pension diversifie en acquérant des immeubles dans les grandes capitales, notamment à Paris. Le monde est en ébullition, en Algérie nous donnons l'impression de nous être installés confortablement dans les temps morts!

Que faire? Pour cela, en un mot comme en mille, nous ne pouvons remettre l'Algérie au travail qu'en mettant en place un projet de société qui sera opposable à chacun de nous, dans la mesure où on prendra le temps pour convaincre qu'en définitive, avons-nous un désir d'être ensemble pour constituer une Nation. Il est temps de savoir ce que nous voulons. Il nous faut tout faire pour sortir de la malédiction du pétrole en commençant par une mise à plat du système éducatif pour former notre élite seule capable de mener l'Algérie à bon port quand la rente ne sera plus qu'un lointain souvenir...

1.Kharroubi Habib: L'Algérie, pays des miracles: la mystification continue! Le Quotidien d'Oran, 13 août 2011

2.A Mebtoul: Les réserves d'or en Algérie, Mercredi 3 août 2011


3.Réserves de changes de l'Algérie à l'étranger: Les autorités fuient le débat El Watan 13 08 2011

4.http://www.reflexiondz.net/professeur-Abderahmane Mebtoul-a-la-radio-Algérie-Inter-nationale-RAI-Quelle-strategie-pour-les-placements-algeriens-a-l_a12520.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Mardi 16 Août 2011


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