Histoire et repères

Notre Nakba et leur indépendance


L'anniversaire de la Nakba a lieu chaque année en mai. Mais nous, les Palestiniens de 1948, vivons en mémoire de la Nakba dans des circonstances différentes de celles de tous les autres Palestiniens. Ici, de l'intérieur d'Israël, nous pouvons entendre les sirènes annonçant le début de la célébration observée par ceux qui nous ont occupés alors que nous sommes encore profondément enracinés dans notre patrie. Nous souffrons parce que nous nous sentons aliénés dans notre propre pays, nous pleurons et crions et personne ne nous entend.


Dareen Tatour
Samedi 18 Mai 2019

Des Palestiniens fuient les plages de Gaza à bord de bateaux pendant la nakba palestinienne, en 1949. Photo  UNRWA
Des Palestiniens fuient les plages de Gaza à bord de bateaux pendant la nakba palestinienne, en 1949. Photo UNRWA
Le Jour de l'Indépendance d'Israël est fixé cette année au 9 mai, la fête suit le calendrier hébreu. Les Israéliens célèbrent 71 ans d'indépendance avec des pique-niques, des fêtes et des feux d'artifice. Mais nous les Palestiniens, nous pleurons ce jour comme notre Nakba, ou catastrophe en arabe, le début d'un nettoyage ethnique, la destruction de nos villages, et la création d'une population de réfugiés. Alors que le droit international considère comme terres palestiniennes occupées par Israël uniquement la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza, de nombreux citoyens palestiniens d'Israël comme moi se considèrent comme vivant également sous occupation. En effet, à la fin de la guerre de 1948, les citoyens palestiniens d'Israël ont vécu sous occupation militaire officielle à l’intérieur d’Israël pendant deux décennies.


Khadra Ibrahim montre ses documents de réfugiée. Elle est née dans le camp de réfugiés de Khan al-Sheikh en Syrie plusieurs années après la Nakba. Baharka est son quatrième camp de réfugiés. "Tous les Palestiniens ici sont fatigués", dit-elle. Photo Abed Al Qaisi
Khadra Ibrahim montre ses documents de réfugiée. Elle est née dans le camp de réfugiés de Khan al-Sheikh en Syrie plusieurs années après la Nakba. Baharka est son quatrième camp de réfugiés. "Tous les Palestiniens ici sont fatigués", dit-elle. Photo Abed Al Qaisi

Des Palestiniens fuient les plages de Gaza à bord de bateaux pendant la nakba palestinienne, en 1949. Photo  UNRWA
Des Palestiniens fuient les plages de Gaza à bord de bateaux pendant la nakba palestinienne, en 1949. Photo UNRWA

La création d'Israël a été accompagnée de la destruction de 531 villages palestiniens par les milices sionistes et les Forces de défense israéliennes à leurs débuts. Dans la région d'Acre, 30 villages ont été détruits, 64 villages dans le district de Ramla, 31 villages à Bisan, 88 villages près du village de Beer Sheva 88, 46 villages à Gaza, 59 à Haïfa, 16 dans la zone de Hébron, 25 autour de Jaffa, 39 près de Jérusalem, 6 à Jénine, 5 à Nazareth, 78 près de Safad, 26 à Tibériade et 18 dans la zone de Tulkarem.

Il est donc compréhensible que ce nouvel anniversaire de la Nakba soit commémoré comme un anniversaire de déracinement, de déplacement, de terrorisme et de nettoyage ethnique. Il s'agit de 71 années de souffrance, de déplacement et dans le monde, de 71 années de condamnation internationale sans résultat. Le peuple palestinien est toujours l'un des rares paeuples qui vivent en tant que réfugiés dans leur patrie. Il y a eu 71 ans de déprivation de droits où notre terre a été colonisée principalement par des gens venus du monde entier, affirmant que la Palestine était vacante, selon le slogan du 20ème siècle : "Une terre sans peuple pour un peuple sans terre".

En mémoire de la Nakba...

Les Israéliens célèbrent le Jour de l'Indépendance, mais aussi la souffrance de nos ancêtres, le déplacement de notre peuple et la mémoire des massacres perpétrés contre nous au fil des ans.

Cette victoire qui est célébrée est au prix de ce que le mouvement sioniste a fait durant ce qu'il appelle sa guerre d'indépendance : les milices sionistes et, plus tard, les FDI ont perpétré environ 70 massacres, au cours desquels environ 15 000 Palestiniens ont été tués, et ont détruit quelque 531 villes. Plus de 6 000 Israéliens ont été tués dans les combats. Rien que le week-end dernier, les forces israéliennes ont tué 24 personnes à Gaza et les Palestiniens ont tué 4 Israéliens.

À ce jour, toute la guerre d'Israël a créé une population de 7 millions de réfugiés palestiniens.

Célébrer l'indépendance d'Israël, c'est célébrer les emprisonnements de Palestiniens s. De 1967 à aujourd'hui, le Bureau central palestinien des statistiques rapporte qu'Israël a détenu à un moment ou un autre environ un million de Palestiniens. De 1948 à aujourd'hui, le Bureau central palestinien de statistique calcule que 100 000 Palestiniens et autres Arabes ont été tués dans le cadre du conflit avec Israël, dont 20 000 dans des guerres au Liban.

Et ne parlons pas du nombre d'arbres qui ont été tués depuis la Nakba en 1948 jusqu'à aujourd'hui. Le Bureau central palestinien des statistiques estime qu'environ un million d'arbres sur des terres appartenant à des Palestiniens ont été déracinés depuis l'an 2000.

Le souvenir de la Nakba...

Nous le saluons avec nos larmes et nous supprimons nos douleurs et nos péchés. Nous le saluons le jour même où les Israéliens commémorent la création de leur État. Depuis les cendres de la Nakba jusqu'à la bataille pour rester sur nos terres afin de préserver notre patrimoine et notre identité, et pour affronter une série de lois autoritaires et racistes.

Le jour de leur indépendance, le jour de notre Nakba, oh, comme ce jour est dur et mortel. Nous marchons dans les rues de nos villes et voyons les nouvelles bannières israéliennes exposées partout, sur nos écoles, dans nos rues, sur les voitures et les stations-service... nous sommes fatigués de cette vie et on nous tue tous les jours, mille fois tandis que les Israéliens agitent des drapeaux bleus et blancs. Quand nous les regardons, ils nous rappellent nos martyrs, nos prisonniers derrière les barreaux.

Nous commémorons les maisons de nos ancêtres détruits, nous commémorons la Nakba par une marche de retour et des visites dans nos villes désolées, nous envoyons des messages de nostalgie aux réfugiés déplacés qui attendent leur retour. Nous renouvelons leur fidélité et visitons leurs villages détruits. Nous errons sur le sol de nos villes et nous nous asseyons sur les pierres qui restent des décombres des maisons qui s'y trouvaient autrefois. Nous souffrons et silence et nous restons fiers, bien que la liberté ne soit qu'un rêve.



Traduit par Fausto Giudice
Merci à Tlaxcala
Source: https://bit.ly/2JqCdZl
Date de parution de l'article original: 09/05/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26048


Vendredi 17 Mai 2019


Commentaires

1.Posté par JBL1960 le 18/05/2019 16:26 | Alerter
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Nous souffrons parce que nous nous sentons aliénés dans notre propre pays, nous pleurons et crions et personne ne nous entend.
=*=
Nous vous entendons, et nous comprenons vos souffrances et même petitement, nous agissons à notre niveau afin que la Doctrine chrétienne de la découverte, la même dont tous les empires coloniaux se prévalent depuis 1492, pour nous tourner vers les Natifs et les descendants des Nations premières et de les considérer comme des humains et non comme Res Nullus : James Truslow Adams identifia un tel processus mental de négation lorsqu’il écrivit : “Un païen était considéré comme nullus, de cette façon sa propriété n’avait pas de propriétaire, ainsi le sol américain pouvait être approprié par qui que ce soit la trouvait en premier.” Quelqu’un qui est classifié comme non-existant est, du point de vue de celui que l’a classifié de cette façon, le propriétaire de rien du tout. Ainsi la catégorie “nullus” a servi de but pour assigner mentalement les peuples indigènes dans la catégorie des politiquement inexistants sans concept de nation indépendante contre les nations chrétiennes européennes. Le terme nullus est dérivé du latin null voulant dire “rien, aucun, invalide et nul (et non avenu)”. [NdJBL : voilà pourquoi ce n’est pas anodin, quand notre Chef d’État actuel E. Macron, nous appelle » les ceusses qui ne sont rien « ]. Le terme “vide, nul” est dérivé du latin vacuum signifiant “vide” ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2019/03/04/effondrer-le-colonialisme-par-apostasie-collective-ou-renonciation-au-bapteme-jo-busta-lally-mars-2019/

C'est pour avoir ressenti la souffrance des Natifs, et Nations premières, également prisonniers en leurs propres Terres et résister, lutter à leurs côtés, que nous essayons de faire de même avec les peuples palestiniens, notamment en relayant, diffusant, traduisant, et publiant, en français, des textes essentiels comme les travaux de recherches du Dr. Ashraf Ezzat, du Pr. Israel Finkelstein dans "La Bible 'déterrée'" et tant d'autres afin de faire tomber l'empire anglo-américano-christo-sioniste car oui, un empire sans terre est un empire à terre ► https://jbl1960blog.wordpress.com/faire-tomber-lempire-anglo-americano-christo-sioniste-par-apostasie-collective-en-recusation-de-la-doctrine-chretienne-de-la-decouverte-maj-le-16-mars-2019/

Nous ne sommes pas responsables des horreurs commises par nos ancêtres, mais nous le deviendrions si connaissant les faits nous décisions de ne rien faire. Et ce n'est pas mon cas.

JBL

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