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Non au tatouage Biopolitique


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G. Agamben est professeur de philosophie à l'Université de Venise et New York

Les journaux ne laissent aucun doute: qui voudra désormais se rendre aux Etats-Unis avec un visa sera fiché et devra laisser ses empreintes digitales en entrant dans le pays. Personnellement, je n’ai aucune intention de me soumettre à de telles procédures, et c’est pourquoi j’ai annulé sans attendre le cours que je devais faire en mars à l’université de New-York


Jeudi 24 Mars 2005

Je voudrais expliquer ici la raison de ce refus, c’est-à-dire pourquoi, malgré la sympathie qui me lie depuis de nombreuses années à mes collègues américains ainsi qu’à leurs étudiants, je considère que cette décision est à la fois nécessaire et sans appel et combien je tiendrais à ce qu’elle soit partagée par d’autres intellectuels et d’autres enseignants européens.

Il ne s’agit pas seulement d’une réaction épidermique face à une procédure qui a longtemps été imposé à des criminels et à des accusés politiques. S’il ne s’agissait que de cela, nous pourrions bien sûr accepter moralement de partager, par solidarité, les conditions humiliantes auxquelles sont soumis aujourd’hui tant d’êtres humains. L’essentiel n’est pas là. Le problème excède les limites de la sensibilité personnelle et concerne tout simplement le statut juridico-politique (il serait peut-être plus simple de dire biopolitique) des citoyens dans les Etats prétendus démocratiques où nous vivons.

On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelle et proprement inhumaines. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables.

On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées. Le fichage électronique des empreintes digitales et de la rétine, le tatouage sous-cutané ainsi que d’autres pratiques du même genre sont des éléments qui contribuent à définir ce seuil. Les raisons de sécurité qui sont invoquées pour les justifier ne doivent pas nous impressionner : elles ne font rien à l’affaire.

L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensembles des citoyens.

Ce qui est en jeu ici n’est rien de moins que la nouvelle relation biopolitique « normale » entre les citoyens et l’Etat. Cette relation n’a plus rien à voir avec la participation libre et active de la sphère publique, mais concerne l’inscription et le fichage de l’élément le plus privé et le plus incommunicable de la subjectivité : je veux parler de la vie biologique des corps. Aux dispositifs médiatiques qui contrôlent et manipulent la parole publique correspondent donc les dispositifs technologiques qui inscrivent et identifient la vie nue : entre ces deux extrêmes d’une parole sans corps et d’un corps sans parole, l’espace de ce que nous appelions autrefois la politique est toujours plus réduit et plus exigu.

Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.

Il y a quelques années, j’avais écrit que le paradigme politique de l’Occident n’était plus la cité, mais le camp de concentration, et que nous étions passés d’Athènes à Auschwitz. Il s’agissait évidemment d’une thèse philosophique, et non pas d’un récit historique, car on ne saurait confondre des phénomènes qu’il convient au contraire de distinguer.

Je voudrais suggérer que le tatouage était sans doute apparu à Auschwitz comme la manière la plus normale et la plus économique de régler l’inscription et l’enregistrement des déportés dans les camps de concentration.

Le tatouage biopolitique que nous imposent maintenant les Etats-Unis pour pénétrer sur leur territoire pourrait bien être le signe avant-coureur de ce que l’on nous demanderait plus tard d’accepter comme l’inscription normale de l’identité du bon citoyen dans les mécanismes et les engrenages de l’Etat.

C’est pourquoi il faut s’y opposer.


par Giorgio Agamben



Vendredi 5 Août 2005


Commentaires

1.Posté par canada le 11/05/2006 21:26 | Alerter
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Cher collègue,
Il m'est également insupportable de survivre à ces procédés qui pourraient être pardon qui sont bel et bien la suite du terrorisme moderne qui pourrait de surcroix tomber ds n'importe quelle main d'égaré élu par hasard ou par ignorance des peuples bien préservés de la connaissance par les histoires précédentes.
iL EST à cet égard assez troublant de constater combien tous les messies et les illuminés dans l'histoire des religions de cette planète cultive un certain mystere et des possibilités multiples d'interprétation sémantiqueS...
Permettez moi néanmoins de vous soumettre une critique qui pour moi est constructive à l'image de ce platon et de sa grotte...
Je serai volontairement un peu provocatrice.
Pourquoi encore et tjrs faire mention des camps d'Austwitch alors que avt et depuis des milliers de morts d'innocents d'enfants sont tombés sur l'autel du sacrifice?
Pensez vous rééllement qu'un enfant une femme un homme valent plus cher dans votre mémoire si ils sont morts dans un camp du nord ou du sud?
Aujourd'hui, cher collègue, le camp est planétaire,les poisons de l'alimentation des pays développés, les famines du "quart monde",les bombes israelopharmacolobbien,les envahissseurs au service des gains immédiats,bref la connerie planétaire est le veritable ghetto.
Nous vous serions donc mes élèves et moi m^me fort reconnaissants de ne plus évoquer systématiquement le leitmotiv d'un pan de l'histoire qu'il convient de remettre à sa juste place....
Cordialement
CC

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