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Nominations poutiniennes: la tactique de la surprise s'avère efficace (Gazeta.ru)



RIA-Novosti
Vendredi 2 Novembre 2007

Une seule chose est remarquable dans la nomination de Dimitri Rogozine au poste de représentant permanent de la Russie auprès de l'OTAN: le maître du Kremlin a une nouvelle fois démontré sa capacité à procéder à des nominations étonnantes au premier regard mais qui semblent tout à fait naturelles par la suite, note vendredi le journal Gazeta.ru.

A la différence de la plupart de ses amis politiques du camp nationaliste, on peut facilement imaginer M. Rogozine en tant que député au parlement de n'importe quel pays d'Europe occidentale. L'Europe contemporaine connaît en effet pas mal de xénophobes respectables à tendance populiste qui maîtrisent parfaitement l'art de la polémique publique tout en sachant en même temps garder un équilibre politique. Au fur et à mesure que les problèmes de migration s'aggraveront et que le développement économique de l'Ancien Monde se ralentira, ce type de politiciens sera même encore plus recherché qu'aujourd'hui.

Du point de vue de l'attitude de Moscou sur la scène internationale, la nomination de M. Rogozine est également plus que logique et correspond tout à fait à l'esprit de "démocratie souveraine". Le message numéro un est le suivant: les démarches et la réputation de tel ou tel personnage de la vie politique russe concernent uniquement la Russie et ne regardent en aucun cas ses partenaires. Ceux-ci travailleront avec la personne qui leur sera désignée. Message numéro deux: la réaction de ces partenaires n'intéresse personne en Russie.

Vers la fin de sa deuxième mandature, Vladimir Poutine a élaboré un style politique bien précis. Le président russe parle d'une manière réservée tout en étant trop expressif lorsqu'il formule ses pensées et utilise largement des métaphores éloquentes. L'attitude de M. Poutine ne ressemble pas à la rhétorique des "pères de la nation", très pathétiques et pompeux, qu'ils vivent en Orient ou en Occident. Des intonations plutôt sarcastiques se font entendre dans ses discours, la sévérité de ses énoncés est légèrement atténuée, semble-t-il, par une raillerie un peu sombre. Mais au lieu de modérer ses paroles, ces procédés produisent un effet tout à fait contraire, ce qui ne contredit pas forcément l'idée de l'orateur. La nomination de Dimitri Rogozine à l'OTAN est un reflet bureaucratique de cette approche.

Le style du président Poutine reflète, bien entendu, sa vision des relations internationales. D'après M. Poutine, l'Occident, profondément convaincu de sa suprématie morale et intellectuelle, est incapable de percevoir les choses qu'on lui propose si celles-ci lui sont présentées d'une manière constructive et courtoise. En tout cas, l'examen des questions soulevées par la Russie a piétiné pendant des années jusqu'à ce que le Kremlin ne commence, il y a quelques mois, à se comporter de cette façon. Or, quelle que soit l'attitude envers les dernières activités du président russe, celui a tout de même réussi à faire sortir l'Occident, si content de lui, de sa léthargie.

Par Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine "Rossia v globalnoï politike" ("la Russie dans la politique globale").

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.


Vendredi 2 Novembre 2007

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