MONDE

Neuf mois après le tremblement de terre catastrophique Quelle planification pour les 1,3 millions de déplacés haïtiens?


Dans la même rubrique:
< >

Mercredi 31 Octobre 2018 - 02:26 Le discours enflammé de Kadhafi (Vidéo 08.02.1988)


Neuf mois après le tremblement de terre catastrophique en Haïti qui a tué quelque 300 000 personnes et a fait 1,3 millions de sans-abris, plusieurs rapports et articles continuent de dénoncer les conditions terribles dans les 1 354 camps sordides, Ayiti Kale Je a décidé de se pencher sur la question.

• Y a t-il un plan pour les réfugiés, et si oui, quel est-il?
• Qui est responsable?
• Est-il efficace?

Une douzaine d'interviews, des dizaines de documents et de nombreux appels téléphoniques plus tard, Ayiti Kale Je a découvert qu’il existe un plan. Toutefois, il n'est pas facilement accessible aux médias ou au public haïtien, il n’est pas très bien coordonné et à ce jour, il n'est pas supervisé par un organisme d’éÉat ou un ministère haïtien, ce qui rend difficile voire impossible, la responsabilisation.

Ayiti Kale Je
Traduit par Ayiti Kale Je


Ayiti Kale Je
Lundi 8 Novembre 2010

Neuf mois après le tremblement de terre catastrophique Quelle planification pour les 1,3 millions de déplacés haïtiens?

Chaque semaine il y a de nouveaux rapports et articles sur les conditions terribles dans les camps. Cette photo provient d'une étude récente des conditions des camps et du rôle joué par les ONG  appelées Unstable Foundations.

Qui est responsable?
Alors que cinq ministères du gouvernement haïtien sont en quelque sorte touchés par la question (Planification, Intérieur, Travaux Publics, Affaires Sociales et Economie et des Finances), il apparaît que la planification et la coordination du relogement des 1,3 million de personnes déplacées internes ont jusqu'ici été supervisées et gérées par des entités étrangères - deux des 12 "Clusters" ("regroupements") - le Cluster Logement et de la Coordination et la Gestion des Camps (CCCM).
Les Clusters sont des regroupements d'organismes des Nations Unies, des organisations non-gouvernementales (ONG) et d'autres organisations internationales autour d'un secteur ou d’un service fourni au cours d'une crise humanitaire. Le personnel international essaie de réunir et de coordonner les ONG et les organismes en fonction du domaine d'intervention.
Les réunions nationales et locales des Clusters se produisent chaque semaine, mais les comptes rendus et les rapports des participants indiquent que – dans les cas du Logement et de la CCCM – les ministères participent rarement a ces réunions, dont beaucoup se déroulent en anglais. (Il faut indiquer que, les représentants du gouvernement au niveau local participent dans les réunions des Clusters.) [Voir  l'encart sur le Système "Cluster" en Haïti, ci-après]

Le Système "Cluster" en Haïti

Quand il y a une catastrophe humanitaire, les Nations Unies mettent en œuvre les "Clusters" – qui sont les groupements des "agences de l'ONU, des organisations non-gouvernementales (ONG) et d'autres organisations internationales autour d'un secteur ou d’un service fourni au cours d'une crise humanitaire," selon le site Web de la Mission Intégrée des Nations Unies au Timor-Leste.

Le système de Cluster a été mis en œuvre à partir de 2009 par Inter-Agency Standing Committee (IASC) ("Comité Permanent Inter-Agences"), un mécanisme de coordination des Nations Unies.

En Haïti il y a 12 Clusters qui sont constitués d'environ 40 à 60 agences et ONGs. [Page avec liens à tous les "Clusters"]

Immédiatement après le 12 Janvier, il y avait jusqu'à 70 à 80 réunions de Clusters chaque semaine, presque toutes à la "Log Base" – la Base Logistique de l'ONU non loin de l'aéroport. Maintenant il y a 40 à 50 par semaine, principalement au niveau des villes.

Bien que la coordination de chaque Cluster est assurée par une grande ONG ou un organisme multilatéral, après la phase d’urgence, les ministères et organismes locaux sont censés prendre la relève, afin qu'ils puissent coordonner et éventuellement diriger les agences et les ONG internationales.

Mais en Haïti "cela n'a pas été le cas," selon Jolanda van Dijk, coordonnatrice de "Inter-Cluster" en Haïti, qui travaille pour le Bureau des Affaires Humanitaires, OCHA.

Au lieu de cela, au niveau national tout au moins, le gouvernement haïtien a été lent à intégrer le processus.

Parfois, c'est parce que il n'y a pas un organisme haïtien spécifique qui puisse se charger du domaine auquel se consacre un Cluster. Par exemple, tandis que le ministère des Affaires Sociales a un département pour petits logements, il n'y a pas de "ministère du Logement." Il n’existe pas non plus un ministère spécifique qui pourrait intervenir dans le domaine de la "coordination de camp et de la gestion de camp."

Van Dijk a dit que les Clusters partagent aussi une partie de la faute.

"A quelques mois de la catastrophe, nous avons réalisé que Log Base est comme une île. Il est très loin, il est très isolé," dit-elle.

Les soldats de l'ONU restreignent également l'accès et les Haïtiens invités au réunions etaient régulièrement refoulés.

Maintenant, de nombreux Clusters organisent des réunions à l'échelon municipal, mais l’examen des procès-verbaux publiés en ligne, et les enquêtes sur le terrain indiquent que, dans la plupart des Clusters, les ministères ou les agences nationales ne sont pas encore en charge.

L'unique exception est le Cluster "Eau, assainissement et hygiène" (WASH), considéré par tous – van Dijk, le personnel du Cluster et les Haïtiens qui s’y connaissent – comme "le meilleur" Cluster. Les rencontres sont coordonnées par un membre de la Direction Nationale de l'Approvisionnement en Eau et l'Assainissement (DINEPA) et elles sont tenues dans la cité ou la ville concernée.

Mais en général, la transition vers les ministères a été beaucoup plus lente en Haïti que dans d'autres pays, a déclaré van Dijk.

Une des raisons qui l’explique est l'ampleur de la catastrophe et le fait que "sept des 11 ministères se sont effondrés," a t-elle noté.

Mais une autre raison pourrait être le fait que de nombreuses réunions sont toujours organisées en anglais à la Logbase, selon Pierre Gary Mathieu, directeur de la Coordination Nationale pour la Sécurité Alimentaire (CNSA), entité dépendant du Ministère de l'Agriculture.

"Je n'irai plus [à ces réunions] parce que je suis en Haïti, et je ne peux pas accepter que les étrangers assurent la coordination des Clusters," dit Mathieu à Ayiti Kale Je.

Mathieu a convenu que le gouvernement n'avait pas la capacité de coordonner tous les organismes et les ONG tout de suite après le tremblement de terre. Mais maintenant, dit-il, "il est temps pour le gouvernement de prendre la relève... Les décisions stratégiques doivent être prises par l’Etat, et les ONG peuvent suivre cette stratégie."

Bien sûr, le gouvernement doit accélérer le processus aussi, a noté Mathieu.

"Les Clusters sont utiles, ils permettent aux gens de partager l'information, a t-il ajouté. "Mais le gouvernement national doit prendre le contrôle maintenant."

Un récent mémorandum de Tania Bernath, qui travaille avec van Dijk au bureau de Inter-Cluster de l'OCHA, indique que certains pensent que les ministères ne sont pas à la hauteur.

Le document, intitulé "Draft Transitioning the clusters," daté du Septembre 28, fait le tour des 12 Clusters et fait une évaluation de la participation entre ces organismes et le gouvernement. Le gouvernement semble "ne pas comprendre le système dans la plupart des clusters," note le document.

"De nombreux exemples de manque de coordination, au sein du gouvernement et entre le gouvernement et les cluster, à différents niveaux ..."

En ce qui concerne le Cluster Protection qui est lié aux droits humains, il y a "très peu d'interaction avec les structures gouvernementales."

Quant au Cluster Camp Coordination and Camp Management ("coordination de camp et gestion de camp", )il y a un "manque de participation des pouvoirs publics nationaux dans le groupe," note le document.

"Nous voulons vraiment que le gouvernement haïtien soit impliqué," a dit van Dijk à Ayiti Kale Je.

Les semaines et les mois à venir diront si, et comment, l'intégration planifiée et un éventuel transfert aux autorités gouvernementales auront lieu.

Les critiques de Mathieu et d'autres ressemblent à des critiques antérieures qui émanait du même bureau qui a lancé le System Cluster il y a un an.

Il y a trois mois, dans son rapport de six mois à la suite du séisme, le IASC, a noté que "l'engagement de la communauté humanitaire internationale avec la société civile haïtienne et les autorités locales, et leur inclusion dans les mécanismes de coordination commun" auraient pu être améliorés.

Le rapport a noté que si cela "s’était réalisé d'une manière plus systématique, cela aurait considérablement amélioré la compréhension de la communauté humanitaire du contexte opérationnel, et contribué à une disposition plus durable de l'aide, ainsi qu’au renforcement des capacités locales et nationales."

Trois mois ont passé, mais il semble que les Clusters ont encore du chemin à faire.
 

Le manque de coordination et de participation du gouvernement au niveau national est un obstacle, d’après Gehard Tauscher, le coordonnateur du Cluster Logement. Il ajoute qu'il souhaite que «toutes les strates du gouvernement se réunissent pour parler d'une seule voix."
"Je voudrais qu'ils enferment tous les gens dans un endroit agréable pour un week-end - l'ONU, le personnel des ONG et le gouvernement national - et qu’ils ne les laissent pas sortir avant qu'ils aient pris des décisions",  a t-il dit.
Un membre du personnel du Cluster Logement, Deborah Hyde, chargée de l'information pour le Cluster Léogane, a fait preuve d'un peu moins de tact.
"Nous avons besoin de leadership et, malheureusement, dans ce pays, la capacité pour cela n'est pas là",  dit Hyde à Ayiti Kale Je.
Tauscher et d'autres ont reconnu que le gouvernement national n’a pas pu prendre la question du logement en main immédiatement, en partie à cause du fait qu'il a été directement touché par le tremblement du terre – environ 20% des employés d’administration publique ont été tués ou blessés, et sept des 11 ministères se sont effondrés.
Mais neuf mois plus tard, il semble toujours y avoir un manque de coordination et de leadership. L'absence des ministères pourrait également être due à l'usurpation, réelle ou apparente, du pouvoir par la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d'Haïti (CIRH), la commission de 30 membres dirigé par l'ancien président américain Bill Clinton et le Premier ministre haïtien Jean Max Bellerive.
Il semble qu’il y ait un manque de coordination entre la CIRH et le Cluster Logement également. Un Powerpoint du Cluster Logement obtenu par Ayiti Kale Je en date du 4 octobre finit avec cette proposition – "Dans l'avenir ... la coopération / intégration de S[helter] C[luster] / Système Cluster avec la CIRH?" [notre traduction]
La question posée dans cette présentation indique que jusqu’à présent, "la coopération" et l’"intégration" entre le Cluster Logement et la CIRH n'ont pas encore eu lieu.
Malheureusement, de nombreuses tentatives pour parler avec les autorités gouvernementales haïtiennes – ministères et CIRH – se sont heurtées à des portes closes et des appels téléphoniques sans réponse. Malgré de nombreuses tentatives pour interroger des membres de la CIRH, y compris Priscilla Phelps, "Senior Shelter Advisor " à la Commission sur un contrat de l'US AID, Ayiti Kale Je a été plutôt renvoyé aux hommes d'affaires du secteur privé, membres d’une commission ad hoc créée en Janvier, mais qui, il semble, n’existe plus.
Elle comprenait le banquier Charles Clermont, le ministre du Tourisme Patrick Delatour, qui est également copropriétaire d'une entreprise de construction et de ciment, et Gérald-Emile "Aby" Brun, architecte et hommes d’affaires.
Clermont et Delatour n'ont pas retourné nos appels et courriels, et Brun nous a suggéré d'appeler plutôt le ministère de l'Intérieur. Ensuite il a plaisanté: «Nous sommes tous en train de nous renvoyer la balle, n'est-ce pas?"
Interrogé sur le rôle des ONG, des plans de relogement des résidents du camp et les menaces d'expulsion, Brun a critiqué les ONG pour "protéger les squatters. " Brun est propriétaire d’une partie des terres choisies par le gouvernement pour installer un camp de relocalisation.

Qu'y a-t-il dans ce plan?
Jusqu'à présent, aucun organisme n'a rendu public un plan, mais Ayiti Kale Je a obtenu un document daté du 27 Septembre intitulé «Stratégie de retour et de relocalisation – Draft 5" qui décrit le plan des agences de l'ONU et des Clusters.
Selon des sources au sein du Cluster Logement, le plan a été remis au " gouvernement haïtien », mais on ignore à quels ministères, organismes, commissions ou bureaux.
Le plan prévoit, en vue de la faisabilité:
"[1] Le retour sur lieu d’origine… ; [2] La relocalisation en province d’où ils sont originaires et/ou ils possèdent des terres ...; [3] La relocalisation vers un site planifié, en dernier recours."
Le plan prévoit que "les services de base seront graduellement accessibles dans les quartiers d’origine et diminueront progressivement dans les camps afin de créer un facteur d’attraction vers les quartiers d’origine…"
Afin de pousser les habitants des camps à partir, les agences vont leur offrir aussi ce que l'USAID appelle des "paquets de retour."
Par exemple, un déplacé peut recevoir en espèces (150 US$ pour les personnes dont le logement est en bon état, une moyenne de 1 000 US$ pour ceux qui ont besoin de réparer leurs maisons), un contrat de travail au salaire minimum "argent-contre-travail" pour un mois, des bons scolaires et de la nourriture.
En raison de la surdensité des anciens quartiers avant le 12 janvier, et du fait que certains quartiers sont inadaptés pour le logement, tout le monde ne pourra pas retourner dans les quartiers d’origine. Ces personnes seront relocalisées dans des nouvelles cités, probablement situées sur un terrain de 7, 00 hectares de terres que le gouvernement a déclaré "d’utilité publique" récemment.
Avant la construction de maisons permanentes, les ONG et les organismes prévoient de construire 135 000 "abris transitoires" ou "T-Shelters," qui sont de 12 à 18 mètres carrés, ossature en bois ou en métal, murs de bois ou de plastique, et toit de tôle. Le coût, incluant le transport, les douanes et du travail, est d'environ 1500  à 2500US$ pièce. Les bailleurs de fonds en ont déjà financé  120.000, ce qui signifie que 240 millions de dollars ont été alloués pour ces derniers. Jusqu'à présent, environ 15 000 ont été construits.
 




Une jeune fille marche devant un T-Shelter
– structure métallique avec des murs de plastique –
construit par CHF International et financé par USAID.
Avec autorisation CHF International.

Tous les 135 000 T-Shelters ne seront pas achevés avant septembre 2011, selon un document récent du Cluster Logements. Dans l'intervalle, diverses ONG, comme CHF International , travaillent sur des petits projets de quartier.
Un autre exemple est Habitat for Humanity, qui prévoit de construire des logements pour 50 000 familles dans tout le pays au cours des cinq prochaines années, selon son directeur Claude Jeudy. Mais, a t-il noté, à ce jour il n'existe pas de plan coordonné global qui dit à"chaque acteur ... quel rôle il doit jouer ... s'il y a un plan, je ne l'ai pas vu."
De retour au bureau du Cluster Logement, des cartes murales indiquent quelle ONG s'est portée volontaire pour coordonner la réinstallation dans quelle zone, mais il y a des grands espaces blancs, ce qui signifie qu'il n'y a personne - aucune ONG, aucun organisme étranger ou local, aucune agence des Nations Unies - responsable de la réinstallation des déplacés dans les camps de ces zones.
"On a besoin de plus d’agences dans ces régions", dit Tauscher, en montrant Tabarre et le bidonville Cité Soleil.
Par ailleurs, la grand-mère de Saint-Félix, qui ne peut plus supporter la chaleur sous les tentes, est retournée dans sa maison. Une fissure géante traverse l’un des murs. Un mur autre est tombé complètement. Une feuille de plastique bleu l’a remplacé.
Benjamin n'a pas la même chance. Le tempête du 24 septembre a trempé tous ses biens et a détruit sa tente. Sa famille s’est installée avec un ami, sous une tente étouffante, bondée, poussiéreuse. Les rayons de soleil teintés de bleu brillent à travers les parois en plastique et donnent aux piles de vêtements et de vaisselle une apparence encore plus sordide et triste.


Comment ça se passe-t-il ?
Le plan, qui est seulement vaguement coordonné, et qui n’est pas encore officiel, est décrit dans un document intitulé "Stratégie de retour et de relocalisation." Malgré le fait que le document porte la date du 27 septembre, il semble que les ONG soient déjà en train de l’appliquer depuis ces deux derniers mois.
Interviews, enquêtes sur le terrain et documents internes obtenus par Ayiti Kale Je confirment les grandes lignes du plan, et aussi le fait qu'il n'est pas dirigé par le gouvernement haïtien. Au lieu de cela, les ONG et les agences poursuivent leurs propres projets avec une légère coordination fournie par Cluster Logement de l'ONU. [Voir la Partie 1 pour plus de détails.]
Jusqu'à présent, une série de camps ont été fermés, tandis que dans d'autres, les comités ont signé des accords avec les résidents pour leur départ. Par exemple, dans un camp, le propriétaire du terrain a payé les déplacés 2,500 gourdes (63 US$) par personne, et dans un autre, chaque adulte a reçu un contrat de six semaines de travail à 200 gourdes (5 US$ par jour).
En plus, il y a quelques milliers qui ont quitté les camps spontanés pour des camps planifiés, et environ 15 000 familles ont quitté les camps pour les "logements de transition" ou "T-Shelters" sur leurs propres terres ou des terres louées.
 
Par ailleurs, selon un récent article du New York Times, certains propriétaires impatients menacent d'expulser les déplacés qui occupent leurs terrains. Depuis Mars, 28 065 personnes ont été expulsées des camps, et 144 175 autres sont menacées d'expulsion, rapporte le Times.

Et tandis que l'ONU et d'autres agences humanitaires ont maintes fois demandé au gouvernement haïtien de déclarer un moratoire sur toutes les expulsions, qui sont illégales selon les conventions internationales, le gouvernement semble peu intéressé à défendre les droits des personnes déplacés.
"Je pense que si nous faisons tout notre possible pour améliorer les conditions de vie, en particulier ceux qui vivent dans les tentes, nous devons également soutenir le respect de la propriété privée», a dit Ronald Baudin, ministre de l'Economie et des Finances, et chef du Comité de facilitation pour la reconstruction du centre-ville de Port-au-Prince, Haïti à AlterPresse, un partenaire d’Ayiti Kale Je, à la fin août.
Et donc, il semble, alors que le Cluster Logement attend l'approbation officielle du document de stratégie ci-dessus, que le plan aille de l'avant.

Plan: Le retour sur lieu d'origine - Défi: Qu'en est-il des décombres?
La capitale et les autres villes touchées par le séisme sont encore encombrées par entre 20 millions et 30 millions de mètres cubes de décombres. Jusqu'à présent, seule une petite quantité - les estimations vont de 2% à 10% - a été enlevée. A cause des retards dans le financement, et aussi le fait qu'il n'y a pas d'organisme unique de coordination, l'enlèvement des gravats peut prendre plusieurs années. Un organisme humanitaire a produit une vidéo intitulé "The Rubble Puzzle" (“Le Puzzle des débris”), mais aucune agence ou le ministère n'a encore déterminé la façon de résoudre ce casse-tête.

Evaluation des maisons "rouge," "jaune" et "verte" faite par le TPTC


Plan: Le retour sur llr ieu d'origine - Défi: Qui va financer la réparation des maisons “jaunes” ou le déblaiement des maisons “rouges”?
Selon le dernière décompte de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) et du ministère des Travaux Publics (TPTC), il y a environ 50 000 logements qui ont été marqués "rouge" et doivent être détruits et déblayés, et 54 000 à 64 000 autres marqués "jaune", ce qui signifie qu'ils doivent être réparés. Qui va payer pour et coordonner ces deux projets massifs de travaux publics? Au 24 septembre, les ONG ont seulement environ 15% des fonds nécessaires pour les réparations, selon Gehard Tauscher, coordinateur du Cluster Logement.

Plan: Reloger les familles dans 135 000 T-Shelters - Défi: Où mettre les abris?

Les T-Shelters prévus (rouge) et complétées (vert). Notez que Léogane est prévu de recevoir plus que Port-au-Prince. Un membre du personnel Cluster Logement, qui a demandé de ne pas être identifié, a déclaré à Ayiti Kale Je que les ONGs préfèrent y travailler parce que "il est plus facile de traiter la question des terres."

Actuellement, il y a plus de 300 000 familles dans les camps. Selon l'OIM, 159 749 familles étaient locataires de leur domicile avant le 12 Janvier. Les autres familles se disent propriétaires de leurs terres. Les ONG ne veulent pas donner un T-Shelter à un bénéficiaire qui n’a pas de titre de propriété ou un contrat d’affermage.
Cependant, le système foncier d'Haïti est "un désordre complet depuis 200 ans", selon Bernard Etheart, expert sur les questions foncières haïtiennes et directeur de l'Institut National de la Réforme Agraire (INARA).
Depuis l’Independence, divers dictateurs se sont accaparé, ont vendu et donné des terres à leurs familles et leurs alliés. Haïti n’a pas de système de cadastre.
Les ONG sont donc confrontées à des gens qui disent qu'ils «possèdent» la terre où ils vivaient mais qui n'ont pas de titre propre ou, s'il s'agit d'un bon morceau de terre, "il y a habituellement trois ou quatre personnes qui produisent un titre", a dit Deborah Hyde du Cluster Logement de Léogane.
Dans le cas des locataires, avant qu’un T-Shelter ne soit installé sur une parcelle de propriété, une famille aura besoin de produire un bail d'au moins un an et, idéalement, trois ans. Les responsables du Cluster Logement ont dit que les ONG accompagnées par les autorités locales, sont en train de négocier des contrats mais il y a 159 749 familles locataires…
Un Powerpoint daté du 4 Octobre et préparé par le Cluster Logement semble déplorer le manque d'action du gouvernement, en notant que "Aucune terre n’a été mise à disposition pour relocaliser les déplacés vers les nouveaux camps et cités [sites planifiés] ; la propriété foncière dans les anciens quartiers est extrêmement complexe; il y a un manque de volonté de prendre des décisions impopulaires."

Plan: Nouvelles maisons plus sécuritaires dans les quartiers mieux planifiés - Défi: Pour l'instant aucun code de construction, manque de financement intégral
Diverses ONG ainsi que le gouvernement haïtien ont parlé de nouveaux aménagements urbains avec des maisons plus sûres et un zonage approprié, et certaines ONG avancent des petits projets pilotes. Mais des centaines de milliers de familles ont besoin de logements et le financement n'est pas en place. En outre, le Ministère de la Planification n'a pas encore produit le nouveau code de construction que les ONG attendente. La plupart des ONG répugnent à concevoir et à construire avant de voir le code. Un directeur d’ONG a déclaré à Ayiti Kale Je : "Maintenant, ils disent «Novembre »” pour son achèvement.

Plan: Aménager des nouvelles cités sur les 7 000 hectares de terres - Défi: zone actuellement dangereuse
En raison de sa proximité avec les montagnes dénudées sujettes à des glissements de terrain et à des inondations, les 7000 hectares de terres déclarées “d’utilité publique” situées au nord de la capitale ne sont pas adaptées pour l’installation des logements jusqu'à ce que certains travaux de génie civil et de modification soient faits.
"Ils ont des plans pour des camps principaux, mais l'évaluation de la région montre que ce n'est pas si facile", a dit Tauscher.
Il ajoute que la terre n'est pas non plus prête d'un point de vue juridique.
"La déclarer d’utilité publique est une étape, mais les propriétaires doivent être indemnisés, vous le savez, de sorte que c’est plus complexe aussi du côté de la propriété des terres”,  dit-il.
Des centaines de personnes ont monté des tentes et des cabanes sur le terrain depuis l'annonce du gouvernement.
 




Des centaines de personnes ont monté des tentes et des cabanes sur le terrain
depuis l'annonce du gouvernement. UN Habitat.


Plan: Centraliser la planification et l'exécution
Ce 12 octobre, neuf mois après le tremblement de terre, il semble toujours qu'aucun organisme d’État ou ministère ne coordonne un plan d'ensemble pour «le retour et la relocalisation." [Voir la Partie 1 pour plus de détails]
Pour aggraver les choses, les prochaines élections ajouter un autre défi.
"Je ne m'attends pas à des décisions importantes avant les élections et je ne m'attends pas non plus à ce que ces décisions soient prise par le nouveau gouvernement quel qu’il soit dans les premières semaines de son installation", a dit Tauscher.
En plus, en novembre la Croix-Rouge remettra la coordination du Cluster Logement à l'UN Habitat, un organisme des Nations Unies. Mais un document interne du 28 septembre présenté dans une réunion de “Cluster Coordination” au nom du Bureau des affaires humanitaires (OCHA) par Tania Bernath, qui aide à coordonner le système de Cluster, indique que l'UN Habitat n’a pas le profil de l’emploi.
"Il est difficile de comprendre comment un transfert du Cluster Logement à l’UN Habitat aura lieu. Ils effectuent des tâches complètement différentes et leur approche est différente. UN Habitat a démontré une capacité presque nulle à coordonner peut-être la partie la plus importante de la réponse. Ce n'est pas non plus clair qui est chargé de coordonner les maisons jaune, vert et rouge ... "

Le plan sera t-il efficace?
Récemment, Dr. Paul Farmer, co-fondateur du Partners in Health/Zanmi Lasante, et adjoint de l’envoyé spécial des Nations Unies pour Haïti, s'est adressé au groupe parlementaire "Black Caucus" du Congrès américain.
Parlant de la crise humanitaire en Haïti, Farmer a noté que "En tant que médecins, nous savons que ce qui s'est passé le 12 Janvier est décrit avec justesse comme un « attaque aiguë sur une maladie chronique ».... Les problèmes auxquell nous faisons face aujourd'hui sont de longue date, bien qu'ils aient été beaucoup aggravés par la pire catastrophe naturelle à frapper le monde durant les derniers siècles."
En 2009, Haïti est classé 149ème sur 182 pays dans l'Indice de Développement Humain des Nations Unies - calculé en prenant en compte l'espérance de vie, l'alphabétisation, l'accès à l'éducation, à la santé, à l'eau potable, le PIB par habitant et d'autres indicateurs. Plus de 70 pour cent des Haïtiens vivent avec moins de 2 dollars par jour.
En 1980, avant que le gouvernement haïtien augmente de façon drastique les tarifs douaniers qui protégeaient les paysans d'Haïti contre les importations alimentaires étrangères, environ 750 000 personnes vivaient dans la région de Port-au-Prince. Aujourd'hui, il y en a près de 3 millions, principalement dans les bidonvilles et les taudis qui montent à l’assaut des collines. Les gens ont afflué vers la capitale en raison d'un système agricole en crise, d'un manque d'infrastructures et de services dans d'autres parties du pays, du chômage massif et d'autres problèmes économiques et sociaux.
Le "Stratégie de Retour et de Relocalisation" [voir ci-dessus], avec ses 135, 00 T-Shelters, des incitations en espèces et même les quartiers éventuels prévus, ne permettra pas de relever ces défis structurels sous-jacents.
"Les ONG n'ont pas une solution aux problèmes du pays", a dit Sanon Renel, organisateur communautaire. Renel est un membre de FRAKKA, le Front de Réflexion et d'Action sur la Question du Logement qui est composé des comités des camps, des groupes de droits humains et autres.
En effet, Haïti a récemment été qualifiée la "République des ONG," mais des centaines – et selon certains estimations, des milliers – d’ONG ont été présentes en Haïti au cours des trois dernières décennies, mais elles n’ont pas résolu la misère et d'autres problèmes qui affectent le pays et ses habitants.



Graphique montrant "l'aide humanitaire', le maintien de la paix et le développement pour Haïti.
Notez que dans les trois cas, une certaine quantité de cet argent reflue vers le pays donateur.
Une grande partie de l'aide, enpassant par les ONG, ne va pas à l'Etat haïtien non plus.
Haïti a reçu 175 millions
de dollars en 2008. Source: OECD Aid to Fragile States: Focus on Haiti



"Les ONG fournissent certains services minimes", a poursuivi Renel. "Si elles n'étaient pas là, plus de gens seraient morts. Mais elles ne sont pas la réponse. Nous avons besoin de plus qu'une solution à court terme. Nous avons besoin d'une autre sorte d'État: Un État qui serve la majorité."
Dans un article écrit juste après le tremblement de terre, Alex Dupuy, professeur haïtien à l'Université Wesleyan aux Etats-Unis, a acquiescé, soulignant que la quantité élevée de morts est dûe à "l'insuffisance des infrastructures, la construction de logements inférieurs, et le mépris de longue date pour les besoins de base et les droits de la population."
Dupuy jette le blâme carrément sur les "classes dominantes économiques et politiques" haïtiennes ainsi que sur "les gouvernements étrangers et les acteurs économiques qui ont des intérêts de longue date en Haïti, principalement ceux de pays avancés – les États-Unis, Canada, et France – et de leurs institutions financières internationales (IFI) – la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire international, la Banque Interaméricaine de Développement. "
Il écrit qu’Haïti "doit rompre avec les politiques prônées par les grandes puissances et les institutions financières internationales qui se sont révélées désastreuses pour l'économie haïtienne. » Et Dupuy ajoute sa voix à celles - à l'intérieur et à l'extérieur du pays - appelant le peuple haïtien "à se mobiliser comme il l’a fait en 1990 pour changer le statu quo. "


Merci à Ayiti Kale Je
Source: http://haitigrassrootswatch.squarespace.com/ayiti-kale-je-kreyl/
Date de parution de l'article original: 12/10/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2299




Lundi 8 Novembre 2010


Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS


Publicité

Brèves



Commentaires